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résignation, et qu'elle a reçu tous les sacrements que la religion lui offrait dans ce moment fatal, avec une connaissance qui lui a permis d'en apprécier les bienfaits, et qui doit lui en assurer l'éternelle récompense. Je ne vous parle pas, Madame, de la douleur du prince, de la reine, de tous les serviteurs de la maison ; jamais douleur n'a été plus vive, mieux sentie et aussi mieux méritée. » Le lendemain, le prince Eugène, toujours malade, adressait cette lettre à sa femme : « Il n'est que trop vrai, ma chère Auguste, que j'ai fait hier une perte irréparable ; quelques heures après le départ de ma lettre, notre pauvre mère a expiré !... Elle a fini comme elle a vécu, avec un calme et une résignation parfaite, et les secours de la religion lui ont été bien utiles. Je ne te parlerai pas de ma douleur ; elle est à son comble, et se conçoit. Ma pauvre sœur est dans un état pitoyable ; ce funeste événement l'a bouleversée. Une véritable consolation pour nous sont les regrets que tout le monde porte à cette femme bienfaisante, qui n'a mis son bonheur en ce monde qu'à faire des heureux, et qui le quitte sans laisser un seul ennemi. Tu partageras ma douleur, ma chère Auguste, car tu aimais bien notre tendre mère, qui t'aimait autant que sa propre fille. »
Depuis le 29 mai, jour de la mort, jusqu'au 2 juin, jour de l'inhumation, les prêtres des communes environnantes passèrent les jours et les
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nuits en prières. Tous les matins on disait dans la chapelle du château des messes auxquelles toutes les personnes de la maison assistaient, avec un recueillement profond. Le corps de l'impératrice, après avoir été embaumé et placé dans un double cercueil de plomb et d'acajou, fut, pendant trois jours, exposé sur un catafalque dressé dans le vestibule du château, qui avait été tendu de noir et transformé en chapelle ardente. Toutes les personnes qui se présentèrent, — et il y en eut plus de vingt mille, — furent admises à jeter de l'eau bénite sur le cercueil. Grands personnages, bourgeois, ouvriers, soldats, paysans venaient de plusieurs lieues, comme pour un pèlerinage.
La voilà donc, la voilcà étendue sur sa couche funèbre, cette femme aimable, sympathique entre toutes, dont le nom est célèbre chez tous les peuples de la terre! Les voilà fermés à jamais ces yeux où rayonnait une flamme si bienveillante et si charmante ! La voilà muette pour toujours cette bouche d'où ne sortaient que des paroles de grâce, de douceur, de bonté !... En contemplant les restes inanimés de celle qui avait été l'impératrice des Français et la reine d'Italie, on songeait au grand rôle qu'elle avait si bien joué dans le monde, et, plus encore, à ses aumônes, à ses bienfaits, aux services qu'elle avait rendus, aux infortunes qu'elle avait adoucies, aux larmes qu'elle avait séchées. Et l'on évoquait les péripé-
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ties, les vicissitudes d'une carrière qui avait duré juste un demi-siècle. On pensait à la Martinique et à l'habitation patriarcale des Trois-Ilets, au faubourg Saint-Germain et aux derniers beaux jours de l'ancien régime, à l'âge d'or de la Révolution et à son âge de fer, à la Terreur et à la prison des Carmes, au Directoire et aux merveilles de la première campagne d'Italie, aux jours radieux du Consulat, à l'entrée solennelle aux Tuileries, aux splendeurs du sacre, aux fêtes de la cour, aux chants de victoire, aux Te Deum, au prestige d'une monarchie incomparable^ puis aux amertumes du divorce, aux désastres de la France, à l'invasion, aux douleurs patriotiques de Joséphine, à ses souffrances, à son agonie, à sa mort. Quel contraste entre tant de scènes si variées, si bruyantes, et le silence éternel ! Toutes les dernières années, heureuses ou malheureuses, semblaient reparaître devant ce cercueil, et la morte, sur sa couche funéraire, était comme l'image de la France vaincue et terrassée.
Les obsèques eurent lieu le 2 juin i8i4dans l'église de Rueil, réparée depuis quelques années déjà par les soins et la générosité de la défunte, qui avait témoigné le désir d'y être inhumée. L'impératrice-reine, la compagne de l'homme qui avait été un moderne César, un nouveau Charlemagne, était portée non point sous les voûtes de quelque magnifique et vaste cathédrale, mais dans une pauvre et modeste église de vil-
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lage, de cette église dont les cloches produisaient une si grande impression sur l'âme de Bonaparte, quand il se promenait dans les allées du jardin de la Malmaison. Alors, il s'arrêtait, pour que le mouvement de ses pas ne lui fît rien perdre d'un retentissement qui le charmait. « Cela me rappelle, disait-il à son secrétaire, les premières années que j'ai passées à Brienne. J'étais heureux alors!...)) Puis la cloche se taisait, et il reprenait le cours de ses rêveries gigantesques.... Le contraste entre tant de grandeurs évanouies et cet humble sanctuaire avait quelque chose qui attendrissait. Des funérailles plus majestueuses auraient été moins touchantes et moins belles. Rien ne convient à la mort comme la simplicité. Le cortège sortit par la grande grille de la Malmaison, et suivit la route de Paris jusqu'à Rueil. Le prince Eugène, encore malade, avait été dans l'impossibilité d'assister à la cérémonie funèbre. Le deuil était conduit par les deux jeunes fils de sa sœur, le prince Napoléon et le prince Louis, celui qui devait être un jour Napoléon IIL Les coins du drap mortuaire étaient portés par le grand-duc de Bade, par le marquis de Beauharnais, beau-frère de la défunte, par le comte de Tascher, ancien sénateur, et par le comte de Beauharnais, père de la grande-duchesse Stéphanie de Bade. L'empereur de Russie et le roi de Prusse s'étaient fait représenter. Une foule innombrable suivait pieusement le corbillard. Tout le