LES FUNÉRAILLES
long de la marche, du château à l'église^ des tambours recouverts de crêpes, faisaient entendre des roulements lugubres, auxquels se joignait le son des cloches de tous les villages environnants. Dans les courts intervalles où les chants religieux cessaient de retentir, on n'entendait que des sanglots. On eût dit que les vieillards pleuraient une fille; les personnes d'un âge moyen une sœur, les petits enfants une grand'mère. On distinguait dans le cortège, à côté des plus illustres personnages français et étrangers, vingt jeunes filles vêtues de blanc, qui chantaient des cantiques, et portaient les bannières des confréries de la paroisse, entre une double haie formée par des soldats russes et par des gardes nationaux. Deux mille pauvres fermaient la marche. Les paysans des environs étaient tous venus rendre un dernier hommage à celle qui avait reçu d'eux et qui a conservé le nom de « la bonne Joséphine.» Ils se tinrent à la porte de l'église, beaucoup trop étroite pour contenir une si grande multitude. Ce fut le clergé de Notre-Dame de Paris qui officia. On chanta une grand'messe en musique, et l'offrande fut très abondante, en souvenir de la femme qui avait été si charitable. Jamais obsèques n'avaient été plus imposantes. On eût dit que toute la France, la France envahie et meurtrie, brisée et désolée, entonnait le psaume lugubre: « Du fond de l'abîme, j'ai crié vers vous: Seigneur, Seigneur, écoutez ma voix. De profundis
SgÔ DERNIÈRES ANNEES DE L^IMPERATRTCE JOSEPHINE
clamavi ad te, Domine^ Domine exaudi orationem meam.» Jamais le Dies ira n'avait retenti d'une manière plus terrible. Il était venu, en effet, le jour de colère, ce jour qui avait réduit l'Empire en ce)idres. Dies ira f dies illa^ solvet sœcluni in f avili a. Une émotion profonde avait saisi la foule, quand, à l'élévation, le bruit des tambours et le son des clairons retentirent. Chacun courbait la tête, en méditant et en priant.