‹ Les dernières années de l'impératrice JoséphineChapitre 19 sur 51 · EPILOGUE · texte numérisé non relu

EPILOGUE

Dans la soirée du lundi 20 mars 181 5 une grande animation règne au château des Tuileries. On dirait qu'une fête s'y prépare. Il y a là tout un état-major de jeunes officiers enthousiastes, une foule de fonctionnaires en uniforme, et de femmes en toilette de bal. Toutes les salles du palais sont éclairées. Du jardin et de la cour on aperçoit les feux des lustres et des candélabres. On attend quelqu'un, et celui qu'on attend, c'est l'empereur. Le matin, c'était encore le drapeau blanc qui flottait sur le dôme des Tuileries. Depuis deux heures de l'après-midi, c'est le drapeau tricolore qui couronne l'édifice. La reine Hortense^ la femme du roi Joseph, la plupart des grands dignitaires de l'Empire sont venus au château pour que Napoléon, quand il va arriver, trouve chacun à son poste.

Pendant l'attente, qui paraît longue, une dame a remarqué qu'une fleur de lis se détache du

SgS DERNIÈRES ANNEES DE l'iMPÉRATRICE JOSEPHINE

grand tapis de la salle du trône. Elle achève de l'enlever. Aussitôt les autres dames se mettent également à l'ouvrage, et, au bout de quelque temps, le tapis fleurdelisé redevient le tapis aux abeilles. Le reine Hortense est dans la joie. Mais aussi elle est dans l'inquiétude. Comment sera-telle reçue par celui qui est à la fois son beau-père son beau-frère, son souverain ? Ne va-t-il pas lui reprocher d'avoir été trop gracieuse pour l'empereur Alexandre, et d'avoir accepté des Bourbons le titre de duchesse de Saint-Leu ? Tout à coup un grand tumulte retentit dans la cour du château. C'est le bruit d'une voiture qui entre. Puis ce sont des acclamations enthousiastes, frénétiques. Le voilà. C'est lui ! c'est l'empereur! Les officiers en demi-solde, dans le délire de l'exaltation, l'arrachent aux mains de Caulaincourt, de Bertrand, et de Drouot, et le portent sur leurs bras, comme sur un pavois vivant, jusqu'au bas du grand escalier. Tandis que Napoléon et les officiers en veulent monter les marches, les fonctionnaires, qui remplissent les salons depuis plusieurs heures, descendent en toute hâte pour saluer l'arrivée de leur maître. De là un double courant qui cause la plus grande confusion. On se presse, on étouffe. Caulaincourt crie à La Valette : « Au nom de Dieu, placez-vous devant l'empereur pour qu'il puisse avancer, » et La Va* lette, avançant à reculons, à une marche de distance du souverain, le précède, et dit avec une

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