JOSÉPHINE AU COMMENCEMENT DE
Le i^'' janvier 1808, l'empereur Napoléon, revenant d'Italie, arriva aux Tuileries, à neuf heures du soir. Joséphine se jeta dans ses bras, et lui souhaita tendrement la bonne année. Mais à la joie qu'elle éprouvait de revoir son époux se joignait la crainte qu'il lui inspirait. A l'abandon et à la- confiance des anciens jours avait succédé l'intimidation. Sous la menace du divorce, l'impératrice ressemblait à la sujette plus encore qu'à la femme de l'empereur. Elle lui donnait les noms de Sire et de Majesté. Elle n'approchait de lui qu'avec une frayeur respectueuse. Depuis le jour où, dans l'automne de 1807, lors du voyage à Fontainebleau, elle avait reçu de Fouché le conseil de demander spontanément le divorce, elle n'avait pas eu un seul instant de repos. Avec la perspicacité qui la caractérisait, elle s'était dit à elle-même qu'un ambitieux comme Fouché ne se serait jamais avisé d'aborder une question
10 DERNIÈRES ANNEES DE l'iMPÉRATRTCE JOSEPHINE
aussi délicate, s'il n'avait eu la certitude qu'en agissant ainsi il entrait dans la secrète pensée de son maître, dont il devançait les désirs.
En apparence, rien n'était changé dans la vie de l'impératrice : sa cour était aussi nombreuse, aussi brillante que par le passé ; les courtisans avaient pour elle les mêmes respects, le même empressement, les mêmes adulations. L'hiver était très animé. Paris n'avait jamais eu plus d'éclat. Chaque soir, dans le monde officiel, c'étaient des réceptions, des dîners de gala^ des concerts, des fêtes magnifiques. On continuait à admirer la bonne grâce de l'impératrice, qui faisait admirablement les honneurs des Tuileries, et cependant, au milieu de tant de pompes et de splendeurs, sa vie était un perpétuel supplice. Elle était couronnée depuis trois ans à peine, et déjà elle se sentait sur le point de descendre de ce trône, où elle avait trouvé tant de soucis. Les trois années qui s'étaient écoulées depuis le sacre avaient toutes, malgré leurs prospérités éblouissantes, été remplies d'alarmes, de trouble et d'inquiétude. Ces trois années avaient été marquées par des guerres gigantesques, où Joséphine, anxieuse, savait que Napoléon jouait le tout pour le tout. Pendant ce laps de temps, il n'avait jamais été fidèle à sa femme, et, sans compter deux amours qui pouvaient passer pour des passions, |
l'un en France et l'autre en Pologne, il avait eu de nombreux caprices, qui avaient fait souffrir