‹ Les dernières années de l'impératrice JoséphineChapitre 22 sur 51 · ÉPILOGUE 4o · texte numérisé non relu

ÉPILOGUE 4o

de vaincre ou de mourir, et à qui le destin réservait non pas la victoire, mais la mort.

Napoléon, avant de partir pour la fatale campagne qui devait finir par Waterloo, voulut visiter la Malmaison, où Joséphine était morte, il y avait un an. Hortense, qui n'avait pas eu la force d'y retourner depuis ce jour funesse, l'y reçut. Il arriva, suivi de M. Mole, de M. Denon et du général de Labédoyère. Dès qu'il entra dans le vestibule, il manifesta la plus vive émotion. Puis il se promena une heure dans le jardin avec Hortense. N'aurait-il pas pu dire comme le chantre de la Tristesse d'Olympio :

O douleur ! j'ai voulu, moi, dont l'âme est troublée, Savoir si l'urne encor conservait la liqueur. Et voir ce qu'avait fait cette heureuse vallée De tout ce que j'avais laissé là de mon cœur!...

D'autres vont maintenant passer où nous passâmes. Nous y sommes venus, d'autre vont y venir, Et le songe qu'avaient ébauché nos deux âmes, Ils le continueront sans pouvoir le finir.

Car personne ici-bas ne termine et n'achève; Les pires des humains sont comme les meilleurs, Nous nous réveillons tous au même endroit du rêve. Tout commence en ce monde, et tout finit ailleurs.

Napoléon regardait les plantes que Joséphine avait fait venir des cinq parties du monde, les arbres qui durent plus que les royautés et les empires. Il prenait un triste plaisir, pendant cette douloureuse et poétique promenade, à

parler de la femme qui avait été la compagne de ses beaux jours. — « Pauvre Joséphine, s'écriait-il, à chaque détour de ces allées, je crois la revoir. Sa mort, dont la nouvelle est venue me surprendre à Tîle d'Elbe, a été l'une des plus vives douleurs de cette funeste année 1814. Elle avait des faiblesses, sans doute. Mais celle-là au moins ne m'aurait jamais abandonné. » Après avoir parcouru les jardins, l'empereur rentra dans le château, où il fit très silencieusement un très court déjeuner dans la salle à manger du rez-dechaussée. Il contemplait la place où Joséphine avait l'habitude de s'asseoir en face de lui, et tristement il méditait. Il voulut tout revoir : la bibliothèque où il avait tant lu, tant travaillé; la salle du conseil des ministres, où il avait pris de si graves résolutions; le salon où Joséphine était si aimable, si gracieuse ; la galerie où l'on faisait de si bonne musique italienne. Il monta au premier étage, rempli de souvenirs intimes, et au seuil de la chambre où il avait tant aimé Joséphine, et où avant de mourir, elle s'était écriée, pensant toujours à lui :« Napoléon, l'île d'Elbe, Marie- Louise ! » il dit à Hortense, qui le suivait : — « Ma lille, je veux entrer là seul. » Et, en effet, personne n'accompagna l'empereur dans cette chambre où la morte invisible aux yeux, était présente au cœur.

L'empereur regarda longtemps le lit où Joséphine avait rendu le dernier soupir, elle qui avait

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