ÉPILOGUE 4 I
placé, c'est pour moi un devoir d'appeler sur le sort de celui qui fut l'époux de ma mère, qui fut mon guide dans la carrière des armes et de l'administration, et qui me combla de bontés, l'attention et l'intérêt de Votre Majesté. Sans doute, il est loin de moi d'oser rien demander qui puisse compromettre le repos de l'Europe ; mais il est sans doute des moyens de concilier les intérêts de l'Europe avec les intérêts de l'humanité, et ces moyens, Votre Majesté les trouvera facilement dans son esprit et dans son cœur. » Napoléon avait fait demander au prince Eugène par M. de Las-Cases mille louis par mois pour ses besoins et ceux de ses compagnons d'infortune à Sainte- Hélène. Au risque d'éveiller les susceptibilités des puissances, le prince Eugène, à qui un dépôt de 800,000 francs avait été remis au nom de l'empereur, en 18 14, s'empressa de mettre la somme demandée à la disposition de M. de Las- Cases.
Napoléon, à Sainte-Hélène, pensa souvent à Joséphine. « Un fils de Joséphine, disait-il, m'eût été nécessaire, et m'eût rendu heureux, non seulement comme résultat politique, mais encore comme douceur domestique. Comme résultat politique, je serais encore sur le trône, car les Français s'y seraient attachés comme au roi de Rome, et je n'aurais pas mis le pied sur l'abîme couvert de fleurs qui m'a perdu. Et qu'on médite après sur la sagesse des combinaisons humaines! Qu'on ose
4r6 DERNIÈRES ANNEES DE l'iMPÉRATRIGE JOSEPHINE
prononcer avant la fin sur ce qui est heureux ou malheureux ici-bas ! — L'Autriche était devenue ma famille, et pourtant ce mariage m'a perdu. Si je ne m'étais pas cru tranquille, et même appuyé sur ce point, j'aurais retardé de trois ans la résurrection de la Pologne ; j'aurais attendu que l'Espagne fût soumise et pacifiée. — Ma seule faute dans cette alliance a été vraiment d'y apporter un cœur trop bourgeois. J'avais si souvent répété que le cœur d'un homme d'Etat ne devait être que dans sa tête... Malheureusement ici le mien était demeuré à sa place pour les sentiments de famille, et ce mariage m'a perdu, parce que je croyais surtout à la religion, à la piété, à la morale, à l'honneur de François. Je l'estimais essentiellement. Il m'a cruellement trompé. Je veux bien qu'on l'ait trompé à son tour ; aussi je lui pardonne. » Abandonné par Marie-Louise, Napoléon ne prononçait presque jamais le nom de cette femme ingrate. En revanche, il évoquait sans cesse le souvenir de la compagne de ses beaux jours,, et chaque fois avec attendrissement. « Joséphine, disait-il au docteur O'Méara, était la grâce personnifiée. C'était la plus aimable et la meilleure des femmes. »
Dans sa jeunesse, Napoléon avait rédigé un cours de géographie, qu'il n'avait pas terminé, le dernier nom qui s'y trouvait écrit par lui était le nom de l'île de Sainte-Hélène. C'est là que le