EPILOGUE
Napoléon, né en 1804, avait épousé, en 1825, sa cousine-germaine, la princesse Charlotte, seconde fille du roi Joseph, et il résidait à Florence auprès du roi Louis. « La révolution de i83o, a-t-elle dit dans ses Mémoires, trouva l'aîné de mes fils au milieu de ses inventions pour l'industrie, qui, faute de mieux, l'occupaient depuis son mariage, et le plus jeune à l'école militaire de Thùnn, où il suivait les cours d'artillerie et de génie. Tous deux semblèrent renaître au bruit des événements de Paris. Quoique séparés, leurs impressions furent les mêmes... Ils me disaient: « La France est enfin libre. L^'exil est fini, la pa- « trie est ouverte ; n'importe comment, nous la « servirons. » — Voilà ce qui remplissait toutes leurs lettres. J'étais loin de partager leurs espérances. »
Après les journées de juillet, on avait écrit à l'aîné des deux princes de venir en France, pour travailler à mettre sur le trône son cousin Napoléon IL II répondit : « Le peuple est seul maître ; il a reconnu un nouveau souverain. Irais-je porter la guerre civile dans ma patrie, lorsque je voudrais la servir au prix de tout mon sang ? » Le prince ne vint pas en France ; mais, malgré les conseils de sa mère, qui aurait voulu le voir calme et prudent, il se rendit en Italie, où la mort du pape Pie VIII (3o novembre i83o) avait été le signal d'une insurrection dans les Romagnes, à Modène et à Plaisance. Professant des
idées libérales, et même républicaines, le fils aîné de l'ancien roi de Hollande rêvait, comme les carbonari, l'abolition du pouvoir temporel des papes et de la domination autrichienne dans la péninsule. Il quitta, le 20 février i83i, sa jeune femme et son père, et alla se mêler aux insurgés dans les Romagnes, avec son frère, le prince Louis-Napoléon, qui prit alors les engagemients dont une des conséquences devait être un jour la guerre d'Italie de iSSg. Les deux princes organisèrent la défense depuis Foligno jusqu'à Civita- Gastellana. Ils s'apprêtaient à faire le siège de cette ville, pour y délivrer des prisonniers d'État, lorsque le roi L-ouis et la reine Hortense essayèrent de les détourner de leurs aventureuses entreprises, en leur représentant que s'ils s'y obstinaient, la France ne prêterait pas aux libéraux italiens l'appui qui pouvait seul empêcher le triomphe absolu de la politique autrichienne. Mais le prince Louis-Napoléon écrivait à sa mère : « Nous avons pris des engagements, nous ne pouvons y manquer, et le nom que nous portons nous oblige à secourir le peuple malheureux qui nous appelle. » Les deux frères s'étaient rendus à Bologne, puis à Forli, au moment même où les Autrichiens entraient dans les Etats pontificaux. La reine Hortense, qui pressentait un grand malheur, accourait, en même temps, dans l'espoir de sauver ses fils d'une lutte inégale et sanglante. Troublée, agitée de funestes présages, elle était