‹ Les dernières années de l'impératrice JoséphineChapitre 30 sur 51 · EPILOGUE 42 I · texte numérisé non relu

EPILOGUE 42 I

en route pour Ancône.A la première poste après Foligno, une calèche s'arrêta auprès de sa voiture: «Votre fils, le prince Napoléon, est malade^ il vous demande », lui dit un inconnu. A. Pesaro, elle aperçut avec terreur son second fils, dont le visage portait les traces du plus violent chagrin, et qui se jeta, en sanglotant, dans ses bras. Il venait de perdre son frère^ son meilleur ami. Brisé par les fatigues physiques et morales, le prince Napoléon, ne pouvant survivre à la défaite de ses compagnons d'armes, avait été enlevé en trois jours, par une inflammation de poitrine, le 27 mars i83i. La reine Hortense a dit, en se rappelant cette heure fatale : « Le désespoir d'une mère est éternel. Rien ne le calme, rien ne le diminue. L'unique consolation d'une mère est dans le peu de durée de son existence. Mais, dans ce moment affreux, je me souviens que l'état dans lequel j'aperçus le fils qui me restait, me força seul à rappeler mon courage. 11 fallait le sauver, lui qui perdait le tendre compagnon de sa vie, lui qui voulait mourir aussi. J'ignore encore où j'ai pu trouver la force qui m'a été nécessaire, mais enfin je l'ai eue. »

Hortense pleurait son fils et ne pouvait être consolée. On dit « une veuve », on dit « des orphelins », et il n'y a pas d'expression dans la langue pour désigner la situation d'une mère qui a perdu son enfant. Il semble que cette séparation soit si contre nature, que ce déchirement

soit si horrible qu'il n'y ait pas de mot humain capable de l'exprimer. La malheureuse femme, à qui la mort venait d*enlever l'aîné de ses deux iils, avait les plus grandes craintes pour la vie de l'unique enfant qui lui restait. Il fallut tout le courage, toute la présence d'esprit d'une mère dévouée et intrépide pour le sauver. Accablé de fatigue et de chagrin, le jeune prince était tombé gravement malade à Ancône, et on croyait qu'il allait rejoindre son frère au tombeau. La ville ayant été occupée par les Autrichiens, Hortense, qui était venue soigner son fils, parvint à le dérober à toutes les recherches ; elle fit courir le bruit qu'il s'était réfugié en Grèce, et, bien qu'elle fût logée tout près du commandant des troupes autrichiennes, elle se cacha elle-même sous un nom inconnu, et trompa la surveillance de la police, en dissimulant non seulement sa condition, mais, ce qui était plus difficile, sa douleur. Quand son fils alla mieux, elle trouva le moyen de sortir d'Ancône avec lui. Elle lui fit traverser, à l'aide d'un passe-port anglais, non sans courir bien des dangers, une grande partie de l'Italie, et pour pouvoir le ramener plus facilement dans son asile de Suisse, elle osa braver la loi de proscription qui lui fermait la France.

La reine Hortense et le prince Louis-Napoléon débarquèrent à Cannes, et se dirigèrent sur Paris. « La loi d'exil que je devais respecter, a dit Hortense dans ses Mémoires, n'avait été faite

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