‹ Les dernières années de l'impératrice JoséphineChapitre 34 sur 51 · EPILOGUE · texte numérisé non relu

EPILOGUE

Philippe, qui avait dans le caractère un grand fonds de bienveillance, se montra courtois pour la reine. « Il fut poli, gracieux même, a-t-elle écrit dans ses Mémoires ; il me parla de l'exil de notre famille comme lui pesant sur le cœur. II ajouta : « Je connais toutes les douleurs de « l'exil, et il ne tient pas à moi que le vôtre n'ait « déjà cessé. » Hortense lui exprima la douceur qu'elle trouvait à revoir la patrie; mais elle lui dit qu'elle ne venait pas dans l'espoir d'y rester; qu'elle concevait les positions difficiles comme celle du roi, et qu'il serait juge de l'époque où la France pourrait être ouverte à tous les Français. « Le temps n'est pas loin, reprit Louis- Philippe, où il n'y aura plus d'exilés; je n'en veux aucun sous mon règne. »

Hortense ajoute à ce récit : « Le roi me parla de son propre exil, de la fâcheuse situation où il s'était trouvé, forcé de donner des leçons. Je lui dis que je le savais, et que c'était une gloire pour lui. Je lui appris que mon fils était avec moi. Il s'en était douté, et me recommanda de ne laisser supposer à personne notre arrivée, car il tenait à ce que tout le monde ignorât notre passage. Je lui en donnai ma parole, et je Tai tenue. »

Louis-Philippe témoigna ensuite à la reine Hortense tout le plaisir qu'il aurait à l'obliger, et la pria de lui en indiquer les moyens. « Je n'ignore pas, ajouta-t-il, que vous avez de légitimes réclamations à faire, et que vous en avez

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vainement appelé à la justice de tous les ministères précédents. Ecrivez-moi une note de tout ce qui vous est dû, et que vous enverrez à moi seul. Je m'entends en affaires, et je vous offre de me charger des vôtres. » Il s'excusa de ne pouvoir faire une visite à la reine Hortense, à cause de l'incognito qu'elle devait conserver, et, à la fin de l'audience, il fit venir sa femme, la reine Marie- Amélie, et sa soeur. Madame Adélaïde, a L'air de bonté, de distinction, de simplicité de la reine me plut extrêmement, a dit Hortense. Ma douleur s'épancha davantage dans le sein d'une tendre mère de famille. Je lui racontai toutes mes angoisses pour sauver le seul fils qui me restait; il me coûtait trop de parler d'autre chose que de ce qui remplissait mon âme. La reine me comprenait si bien, ainsi que sa belle-sœur, et leur intérêt était si affectueux, que j'aurais pu me croire au milieu de ma famille. Je me sentais si malheureuse que leurs consolations me firent du bien. »

Ignoré, perdu dans la foule, au milieu de cette ville immense où il devait régner un jour, le prince Louis-Napoléon, des fenêtres de l'hôtel de Hollande, rue de la Paix, contemplait en rêvant, la colonne de la place Vendôme. Il pouvait se redire les beaux vers de Victor Hugo, que les jeunes gens lettrés savaient alors par cœur :

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