‹ Les dernières années de l'impératrice JoséphineChapitre 35 sur 51 · ÉPILOGUE · texte numérisé non relu

ÉPILOGUE

O monument vengeur, trophée indéle'bile, Bronze qui, tournoyant sur ta base immobile, Semblés porter au ciel ta gloire et ton néant, Et, de tout ce qu'a fait une main colossale. Seul es resté debout, — ruine triomphale De l'édifice du géant !

Débris du grand Empire et de la grande Armée, Colonne, d'où si haut parle la renommée ! Je t'aime ; l'étranger t'admire avec effroi, J'aime tes vieux héros, sculptés par la Victoire,

Et tous ces fantômes de gloire

Qui se pressent autour de toi. ... .

Que de fois, tu le sais, quand la nuit sous ses voiles, Fait fuir la blanche lune ou trembler les étoiles. Je viens, triste, évoquer tes fastes devant moi, Et, d'un œil enflammé dévorant ton histoire. Prendre, convive obscur, ma part de tant de gloire, Comme un pâtre au banquet d'un roi.

Le jeune prince n'était pas encore remis complètement de la maladie dont il avait failli mourir à Ancône. La mort de son frère, le chagrin de la défaite, les émotions de tout genre portaient à sa santé une grave atteinte. Au moment où sa mère revenait de Taudience qu'elle avait eue au Palais-Royal, elle le retrouva malade; une forte fièvre l'avait repris, et le médecin ne pouvait dire encore si cette nouvelle crise serait dangereuse. Pendant que le prince était malade, il fut convenu entre le roi Louis-Philippe et son premier ministre qu'Hortense irait à Londres, et que, de là, elle écrirait au roi une lettre qui serait communiquée au conseil des ministres, pour de-

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mander l'autorisation d'aller prendre les eaux de Vichy. La reine Hortense adhéra à cette manière de procéder, mais lorsque M. Casimir Périerlui dit que si plus tard Louis-Napoléon prenait du service dans l'armée française, il n'y devrait pas porter son nom, elle put à peine contenir un mouvement de surprise et de colère. Quand elle rendit compte à son fils de cet entretien : « Quitter mon nom ! — s'écria le prince, — qui oserait me faire une pareille proposition ? Ne pensons plus à rien de tout cela, retournons dans notre retraite. Ah ! vous aviez raison, ma mère. »

Le 5 mai i83i, Louis-Napoléon était encore retenu par la maladie à l'hôtel de Hollande. C'était le jour anniversaire de la mort de l'empereur. Une foule nombreuse, composée surtout de vieux soldats, dont les uniformes usés rappelaient les fastes militaires de l'Empire, se dirigeait, grave et recueillie, vers la colonne Vendôme et déposait pieusement des fleurs et des couronnes au pied du bronze glorieux. Hortense, de ses fenêtres, regardait avec émotion ce spectacle, qui la ravissait, quand tout à coup elle vit entrer dans sa chambre l'aide de camp du roi Louis- Philippe, le général d'Houdetot.

« Madame, dit le général à la reine Hortense, il faut partir à Tinstant; vous ne pouvez demeurer plus longtemps ici ; j'ai ordre de vous le dire; à moins qu'il n''y ait positivement risque pour la vie de votre fils, il faut partir. »

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