ÉPILOGUE
La triste exilée obéit, mais non sans murmurer, « Cette manière d'agir avec moi, dira-t-elle dans ses Mémoires, me fit pitié. C'était, en vérité, me montrer trop de faiblesse, et me faire croire à trop de force de ma part. Quel effroi devais-je causer pour qu'on passât ainsi par-dessus toutes les lois de la bienséance et de l'humanité! J'excusai pourtant un procédé si peu en rapport avec le bon accueil que j'avais reçu, par considération pour la crainte nouvelle qu'avait dû produire tant d'empressement à la colonne. Mais moi, qui n'avais de crainte que pour la santé de mon fils, et d'occupation que celle de le soigner, je trouvai cruel que les inquiétudes de la politique vinssent encore me chercher au milieu de la solitude et de mes nouveaux tourments. »
Hortense était de bonne foi, quand elle considérait alors toute idée de restauration impériale comme une chimère et comme une invention de la peur. C'était le temps où l'auteur des Chants du Crépuscule, faisant allusion aux frayeurs du pouvoir, s'écriait :
Encor si c'était crainte austère !
Si c'était l'âpre Liberté
Qui d'une cendre militaire
N'ose ensemencer la cité! —
Si c'était la vierge stoïque
Qui proscrit un nom héroïque,
Fait pour régner et conquérir,
Qui se rappelle Sparte et Rome,
Et craint que l'ombre d'un grand homme
N'empêche son fruit de mûrir.
434 DERNIÈRES ANNEES DE l'iMPÉRATRICE JOSEPHINE
Mais non; la Liberté sait aujourd'hui sa force, Un trône est sous sa main comme un gui sur Te'corce, j Quand les races des rois manquent au droit juré. j
Nous avons parmi nous vu passer, ô merveille !
La plus nouvelle et la plus vieille.
Ce siècle avant trente ans, avait tout dévoré.
La France, guerrière et paisible, A deux filles du même sang : L'une fait l'armée invincible, L'autre fait le peuple puissant.
La Gloire, qui n'est pas l'aînée.
N'est plus armée et couronnée, Ni pavois, ni sceptre oppresseur; La Gloire n'est plus décevante, Et n'a plus rien dont s'épouvante La Liberté, sa grande sœur 1
Pour être un grand poète, Victor Hugo n'était pas un prophète véridique, et le gouvernement de Juillet n'avait pas tort de redouter pour la liberté le souvenir de la gloire.
Hortense et Louis-Napoléon, forcés de quitter brusquement la France, se rendirent en Angleterre. La santé du jeune prince s'y rétablit promptement, et il y reçut, ainsi que sa mère, un très brillant accueil. L'aristocratie anglaise eut pour l'ancienne reine de Hollande une courtoisie fort empressée, et la duchesse de Bedfort lui donna une fête magnifique dans son château de Wooburn-Abbey, situé à quarante milles de Londres. Rentrée dans cette ville, la reine Hortense y reçut la visite de sa nièce Amélie, mariée à Don Pedro P^, empereur du Brésil, et le prince