ÉPILOGUE
Léopold, destiné à être bientôt le roi des Belges, vint lui présenter seshommages. Le r^ août i83i, le prince de Talleyrand, alors ambassadeur de France en Angleterre, fit annoncer à Hortense, par la duchesse de Dino, qu'il avait reçu l'ordre de lui délivrer à elle et à son fils des passeports, au moyen desquels ils pourraient l'un et l'autre traverser la France pour retourner en Suisse. Le 7 août suivant, la mère et le fils, profitant de cette autorisation, quittaient l'Angleterre, et s'embarquaient pour la France, où ils ne devaient rester que très peu de jours, et où ils évitèrent de rentrer dans Paris. Hortense y aurait craint les imprudences de Louis-Napoléon, qui avait, à cette époque, des instincts révolutionnaires, et qui lui disait : « Ma mère, si nous allons à Paris, et si je vois sabrer le peuple devant moi, certainement je ne résisterai pas, je me mettrai de son côté. »
Hortense goûtait d'autant plus le plaisir de se trouver dans sa patrie que cette joie lui était accordée pour bien peu d'instants. « Depuis seize ans que je vivais en pays étranger, a-t-elle dit, je n'avais parlé ma langue qu'avec les personnes de la société que je voyais. J'étais donc forcée de demeurer indifférente à tout ce qui se passait autour de moi. A présent, pendant mon voyage, je jouissais d'entendre tout ce que disait le peuple dans les villes, les paysans dans les campagnes. Je n'étais plus étrangère ici, et cette idée était
436 DERNIÈRES ANNÉES DE l'iMPÉRATRICE JOSEPHINE
remplie de douceur. Aussitôt arrivée dans une auberge, j'allais à pied avec mon fils ; j'entrais dans une boutique, je m'asseyais, je trouvais du plaisir à causer avec tout le monde. Un autre jour, c'était dans la rue même que j'arrêtais un enfant, que je le caressais, que je questionnais ses parents sur ses études, et dans la campagne un cultivateur sur sa récolte. Je trouvais à chacun de l'esprit, des réparties vives et originales, et j'éprouvais une sorte de satisfaction à m'identifier aux intérêts de tous ceux auxquels j'adressais des questions. »
Sans entrer dans la capitale, la reine Hortense et son fils s'arrêtèrent dans quelques endroits des environs, à Chantilly, à Ermenonville, à Morfontaine, où était l'ancien château du roi Joseph. « A. Saint-Denis, écrit-elle^ j'eus encore des souvenirs particuliers ; c'était sous ma protection immédiate que cette institution de jeunes filles de légionnaires avait été établie. Voilà la seule royauté que j'eusse regrettée. Je n'osai m'y montrer; j'y connaissais encore trop de monde ; mais j'allai dans l'église, et je descendis dans les caveaux; quelques étrangers, curieux comme nous, nous y suivirent. Louis XVIII reposait sous ces voûtes que l'Empire avait fait restaurer pour y placer la nouvelle famille adoptée par la France. »
En 1825, Victor Hugo, alors légitimiste, avait dit, en parlant de Napoléon :