EPILOGUE
son, a dit la malheureuse reine ; je tenais à y entrer. C'est de là que Tempereur avait quitté la France pour jamais. C'est là que je fus heureuse d'adoucir par mes soins ces tristes moments où tout l'abandonnait, et où, du faîte de la plus haute des gloires, il tombait dans la plus grande des infortunes. Après Waterloo, je l'y vis encore plein de courage, oubliant son propre malheur, voulant à tout prix sauver la patrie, prédisant tout ce qui allait l'accabler, si elle ne se défendait, et sentant tout ce qu'elle avait encore de force réunie à lui. On le repoussa. On redoutait ce qu'on appelait ses chaînes, et, au nom de la liberté, on se livra à celles des ennemis de la France. . . Il me fut impossible de vaincre l'ordre du nouveau propriétaire, qui avait défendu de laisser voir ce lieu sans billet. Mon neveu avait vendu la Malmaison à un banquier, qui gardait pour lui une portion des jardins, le château, et qui s'était déjà défait de tout le reste. Il était difficile de s'y reconnaître; et pouvais-je me croire au même lieu que j'avais laissé si beau, et où j'étais toujours reçue avec tant de joie, quand l'entrée m'en était aussi cruellement interdite ! »
Hortense rêva longtemps devant la grille de la demeure qui lui était fermée, et ses yeux se remplirent de larmes. Que de souvenirs, tantôt joyeux, tantôt sinistres, elle évoquait: les parties de barre où elle courait, rapide comme Atalante; les bals en plein air, à la pâle clarté de la lune et
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des étoiles; les conversations sous les arbres pendant les beaux soirs de l'été, le dîner sur la pelouse, pour célébrer la victoire de Marengo, puis les visions funèbres, le drame poignant du divorce, Tagonie d'une mère bien-aimée, la méditation silencieuse de Napoléon dans la chambre oia elle avait rendu le dernier soupir! Cette cham^ bre,oh! comme Hortense aurait voulu la revoir, pour s'y agenouiller, pour y prier ! Mais non, elle ne le pouvait pas. Malgré ses supplications, elle restait devant la grille du château, et on refusait de la lui ouvrir. Le portier s'étonnait de l'émotion de cette étrangère, qui jetait sur la demeure dont Fentrée lui était interdite un si profond et si mélancolique regard. N'aurait-elle pas pu dire, comme le poète, dans ce moment si douloureux ?
Dieu nous prête un moment les prés et les fontaines, Les grands bois frissonnants, les rocs profonds et sourds, Et les cieux azurés, et les lacs et les plaines, Pour y mettre nos cœurs, nos rêves, nos amours.
Puis il nous les retire. Il souffle notre flamme. Il plonge dans la nuit l'astre où nous rayonnons, Il dit à la vallée, où s'imprima notre âme, D'effacer notre trace et d'oublier nos noms.
Eh bien ! oubliez-nous, maison, jardin, ombrages ! Herbe, use notre seuil ! Ronce, cache nos pas 1 Chantez, oiseaux ; ruisseaux, coulez ; croissez, feuillages ! Ceux que vous oubliez, ne vous oublieront pas.
Hortense retourna en Suisse, sans avoir visité