‹ Les dernières années de l'impératrice JoséphineChapitre 40 sur 51 · EPILOGUE · texte numérisé non relu

EPILOGUE

la Malmaison, et sans avoir revu Paris. « Je m'éloignai enfin, a-t-elle dit, de cette France dont le souvenir m'avait toujours été si doux... Une loi cruelle me forçait à renoncer à voir mon pays plus longtemps. L'Italie aussi me devenait fermée, puisqu'elle l'était à mon fils. La Suisse, au moins, me restait encore. La Suisse avait été mon premier asile au moment où l'effroi des puisf?ances alliées poursuivait notre nom ; c'était là que j'avais trouvé un point de repos après nos grands revers. Un des cantons, celui de Thurgovie, avait eu le courage de me conserver, en dépit des menées diplomatiques, malgré les persécutions de tous genres dont j^avais été l'objet de la part de la Restauration. J'avais goûté quelques moments plus calmes au milieu de cette nature si belle, de ces habitants si simples, de ces cœurs si dévoués. Je venais redemander à cette terre paisible une retraite qui ne m'est du moins plus contestée. Après des malheurs plus cruels que ceux qui m'accablaient, lorsque j'y vins pour la première fois, je revis mes montagnes, et je me trouvai livrée enfin à moi-même, avec toutes les blessures de mon cœur. »

L'année suivante, la reine Hortense reçut à Arenenberg la visite de Chateaubriand. Chose étrange, elle avait comme courtisan de son infortune Técrivain qui, en 1814, avait écrit contre Napoléon vaincu la plus violente des diatribes, ce libelle QnÛammé^ Buonaparte et les Bourbons, qui,

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au dire de Louis XVIII, avait valu autant qu'une année à la cause royale. Il fallait que les passions politiques fussent bien apaisées, ou plutôt que la reine Hortense eût beaucoup de charme et de séduction, pour que Chateaubriand trouvât du plaisir à s'asseoir au foyer de la souveraine détrônée. « Le 29 août i832, a-t-il dit dans les Mémoires d' outre-tombe, j'allai dîner à Arenenberg. Arenenberg est situé sur une espèce de promontoire, dans une chaîne de collines escarpées. La reine de Hollande, que Pépée avait faite, que l'épée a défaite, a bâti le château, ou, si l'on veut, le pavillon d'Arenenberg. On y jouit d'une vue étendue, mais triste. Cette vue domine le lac inférieur de Constance, qui n'est qu'une expansion du Rhin sur des prairies noyées. De l'autre côté du lac, on aperçoit des bois sombres, restes de la forêt Noire, quelques oiseaux blancs voltigeant sous un ciel gris, et poussés par un vent glacé. Là, après avoir été assise sur un trône^ après avoir été outrageusement calomniée, la reine Hortense est venue se percher sur un rocher... En étrangers, il y avait M""" Récamier, M. Vieillard et moi. M^^ la duchesse de Saint-Leu (c'est le nom que portait alors la reine Hortense) se tirait fort bien de sa position difficile de reine et de demoiselle de Beauharnais... Le prince Louis habite un pavillon à part, où j'ai vu des armes, des cartes topographiques et stratégiques, choses qui faisaient, comme par hasard, penser au sang

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