‹ Les dernières années de Marie-Antoinette [microform]Chapitre 17 sur 105 · LA SEMAINE SAINTE DE · texte numérisé non relu

LA SEMAINE SAINTE DE

La semaine sainte de 1791 devait redoubler les angoisses religieuses de Louis XVL L'infortuné monarque allait comparer à l'époque troublée où il vivait les temps heureux, tranquilles, où sa dignité de roi, sa conscience de chrétien, n'avaient rien à souffrir, où il jouissait du bien suprême, la paix du cœur, et où les cérémonies de l'Église, les chants de la liturgie, au lieu de lui apporter des inquiétudes, même des remords, ne lui donnaient que des joies et des consolations. Il regrettait sa bien-aimée chapelle de Versailles et cette harmonie qui existait jadis entre le trône et l'autel, aujourd'hui également menacés. 11 cherchait des yeux les prêtres d'autrefois, et se perdait dans son souci comme dans un abîme. Les offices lui rappelaient sa situation douloureuse. La couronne d'épines le faisait songer à son propre diadème. Ce roi, dont le palais était devenu une prison, ne pouvait-il pas s'appliquer à lui-même les paroles qui se disent à la messe du dimanche des Rameaux, après le graduel : « Mon Dieu ! mon Dieu ! jetez les yeux sur moi! Pourquoi m'avez-vous abandonné? Mon Dieu ! je crierai vers vous durant le jour, et vous ne m'écouterez pas. Je crierai pendant la nuit, et vous garderez le silence. Tous ceux qui me voyaient se sont moqués de moi. Ils ont secoué la

MARIE-ANTOINETTE AUX TUILERIES

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tête en disant : Il a mis sa confiance dans le Seigneur. Que le Seigneur le délivre, qu'il le sauve ! >

La semaine commença mal. Le dimanche des Rameaux fut un jour de trouble, d'agitations. Hélas ! la trêve de Dieu n'existait pas même pendant la semaine sainte. La discorde ne se reposait point. L'église des Théatins, que des catholiques avaient louée à la municipalitépour y faire célébrer le culte par des prêtres fidèles à Rome, fut envahie par des gens qui fouettèrent une jeune fille, et attachèrent sur la porte deux balais en sautoir, avec une inscription annonçant le châtiment préparé à tout prêtre ou à toute personne qui oserait s'introduire dans l'église. Le maire Bailly fit ôter les balais et l'inscription, mais il ne put dissiper l'attroupement. La populace demeura jusqu'à six heures devant l'église, prête à se jeter sur quiconque tenterait d'y pénétrer. La même fermentation se manifesta aux Tuileries, dans la chapelle royale. Un grenadier de la garde nationale y déclama avec fureur contre les prêtres non assermentés qui approchaient encore de Louis XVL Le soir, des discours incendiaires furent prononcés dans tout

Paris.

Le lendemain lundi, le roi, qui relevait d'une maladie assez sérieuse, avait l'intention de se rendre à Saint-Cloud, pour y prendre une semaine de repos, et y remplir avec tranquillité ses devoir^ religieux. La Fayette et Railly avaient été les premiers à lui en donner le conseil. C'était d'ailleurs pour lui une occasion de taire Texpérience de sa situation présente, et de constater s'il était encore libre, lui qui avait donné la liberté à son royaume. L'événement allait lui prouver qu'il était esclave. Le bruit se répandit dans la foule que ce voyage cachait des idées de contre-Révolution. Le roi, disait-on, cachait dans son château des prêtres réfractaires, et communiait de leur main, en secret, au lieu de se rendre à sa paroisse, Saint-Germain-l'Auxerrois. Les meneurs ajoutaient que le bois de Boulogne étaient rempli d'hommes qui portaient des cocardes blanches, et que trois mille aristocrates se préparaient à enlever le roi, qui, dans quinze jours, serait au

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