LA SEMAINE SAINTE DE
milieu des Autrichiens. Les journalistes écrivaient : « Patriotes, aux armes!... La bouche des rois est l'antre du mensonge!... Une furie lance ses couleuvres dans le sein de Louis XVI... Roi, tu pars, tu te mets à la tête d'une armée autrichienne. Mais tu t'y prends trop tard. Nous te connaissons, grand restaurateur de la liberté. Si ton masque tombe aujourd'hui, demain ce sera ta
couronne. >
Le lundi saint, 18 avril, à onze heures du matin, Louis XVI montait en carrosse, dans la cour des Tuileries, avec sa femme, ses enfants et sa sœur, pour se rendre à Saint-Cloud. Les gentilshommes qui devaient le suivre étaient le prince de Poix, capitaine des gardes: le duc de Brissac, capitaine des Cent-Suisses; le marquis de Duras et le duc de Villequier, premiers gentilshommes de la Chambre, et le marquis de Eriges, écuyer. Au moment où le roi montait en voiture, le cardinal de Montmorency-Laval se montra un instant à l'une des fenêtres du château. Mis aussitôt en joue par des gardes nationaux, il eut à peine le temps de se retirer. En même temps, d'autres gardes se précipitaient sur la voiture royale, menaçant, portant la baïonnette sous le poitrail des chevaux, et déclarant que ni Louis XVI ni sa famille ne sortiraient des Tuileries. «11 serait étonnant, dit le roi en mettant la tête à la portière, qu'après avoir donné la liberté à la nation, je ne fusse pas libre moi-même ! >
La Fayette, qui était présent à cette scène scandaleuse, lit en vain les plus grands efforts pour obtenir que la voiture pût se remettre en marche. Harangues, menaces, ordres, prières, tout fut inutile. € Tais-toi î lui criait-on; le roi ne partira pas. — Il partira, reprenait le général, il partira, dussé-je employer la force et faire couler le san-. » Mais la résistance continua, et la iorce ne fut pas employée. Pendant cet étrange colloque, le marquis de Duras, qui était descendu de voiture, se tenait à la portière du carrosse royal, l'n -renaJier de la garde nationale l'en arracha. Le dauphin, qui, jusque-là, n'avait montre aucune frayeur, se mit à pleurer, et Louis XVI dut intervenir pour empêch.,'r \\. de
MARIF-ANTOINETTE AUX TUILERIES
Duras d'être plus longtemps maltraité. Après de nouveaux efforts, non moins vains que les premiers, La Fayette dit au roi que sa sortie ne serait pas sans danger. Le malheureux prince s'écria, à trois reprises différentes : « On ne veut donc pas que je sorte? Il est donc impossible que je sorte?... Lh bien, je vais rester. »
La lutte durait depuis environ deux heures, et les injures les plus grossières n'avaient cessé de retentir. Ne voulant pas mettre aux prises une partie de la garde nationale contre l'autre, et ne voulant pas que le seuil des l'uileries fût ensanglanté, Louis XVI se décida à descendre de voiture, et remonta, avec sa famille, dans ses appartements. Il y trouva son frère, le comte de Provence, et, en lui serrant tendrement la main, il cita, non sans mélancolie, le vers d'Hoiace :
Beatus ille qui procui negotiis!
Peu de temps après, des gardes nationaux et des gens du peuple pénétraient dans le château, et inspectaient les appartements, les greniers, les cours, les remises, sous prétexte d'y découvrir les prêtres réfractaires qui, disaient-ils, y étaient cachés.
Après cequi s'était passé dans la journée du lundi saint, chacun put se dire que la royauté n'existait plus que nominalement. Jamais Louis XVI n'avait mieux sondé les abîmes de ses humiliations. Il ne voulut plus en faire partager l'amertume, même par ses fidèles serviteurs, et renvoya plusieurs d'entre eux, afin de leur épargner les avanies dont lui-même était accablé. Il invita les ecclésiastiques qui composaient sa chapelle à s'éloigner de sa personne. C'étaient le cardinal de Montmorency-Laval, grand aumônier de la couronne, Mgr de Roquelaure, évêque de Senlis; premier aumônier du roi; Mgr de Sabran, évêque de Laon, premier aumônier de la reine. Le duc de Villequier et le marquis de Duras, premiers gentilshommes de la (Chambre, reçurent également l'ordre de partir. Marie-Antoinette, sachant que sa dame d'honneur, la princesse de Chimay, modèle de piété et de vertu,