UNE VISITE DE L'ASSEMBLÉE NATIONALE
fois, les députés venaient à une audience royale sans être en habit de cour. N'était-ce point là le signe des temps ? Les huissiers ouvrirent les deux portes par lesquelles on entrait dans la chambre du Lit (la future salle du Trône), Les officiers des cérémonies, marchant à droite et à gauche du président, introduisirent l'Assemblée. Le roi la reçut, assis dans un fauteuil. 11 n'ôta son chapeau qu'à l'entrée, et pendant les révérences du président, M. Fréteau, conseiller au Parlement, qui, malgré ses opinions avancées, devait mourir surl'échafaud, comme le roi lui-même. M. Fréteau prononça un discours où se trouvaient les phrases suivantes:
€ L'affection du peuple français pour son monarque semblait ne pouvoir s'accroître depuis ce jour mémorable où sa voix vous proclama le restaurateur de la liberté. 11 lui restait. Sire, un titre plus touchant à vous donner, celui de meilleur ami de la nation. Henri IV l'obtint des habitants d'une ville dans laquelle il avait passé sa jeunesse. Les monuments de l'histoire nous apprennent qu'il signait de ces mots : « Votre meilleur ami > les lettres qu'il leur écrivait. Ce titre. Sire, c'est la France entière qui vous le doit. On a vu Votre Majesté, tranquille au milieu des orages, prendre pour elle seule la chance de tous les hasards, essayer d'y soustraire par sa présence et ses soins ses peuples attendris ; on l'a vue renoncer à ses plaisirs, à ses délassements, à ses goûts, pour venir, au milieu d'une multitude inquiète, annoncer le retour de la paix, resserrer les nœuds de la concorde, rallier les forces épuisées de ce grand empire. Qu'il nous est doux. Sire, de recueillir les bénédictions ; dont nous environne un peuple immense pour vous en olfrir l'honorable tribut. Nous y joignons l'assurance d'un zèle toujours plus actif pour le maintien des lois, pour la défense de votre autorité tutélaire. >
Le roi n'était pas préparé à cette visite de l'Assemblée nationale.
« Messieurs, répondit-il avec émotion, je suis satisfait de l'attachement que vous m'exprimez. J'y comptais. J'en reçois avec une grande sensibilité le témoignage. >
MARIE-ANTOINETTE AUX TUILERIES
L'Assemblée manifesta ensuite le désir de présenter ses respects à la reine. Le roi permit à tous les députés de traverser son cabinet (salon Louis XlVi, pour se rendre, par la galerie de Diane, à l'appartement de Marie-Antoinette. Les huissiers ouvrirent donc les deux battants de la porte qui conduisait de la chambre du Lit au cabinet du Roi, et les députés passèrent tous, en faisant une profonde révérence à Louis XVI, qui s'était placé près de cette porte.
A l'extrémité de la galerie de Diane, sur la droite, était le sommet d'un escalier qui conduisait, du rez-de-chaussée au premier étage, jusqu'aux appartements occupés autrefois par la femme de Louis XIV et désignés sous le nom d'appartements de la Reine. Ils comprenaient cinq pièces ayant vue sur le jardin et adossées à la galerie de Diane. C'est là que Marie-Antoinette reçut la visite de l'Assemblée. La reine, qui n'en avait pas été prévenue, était en ce moment à sa toilette, et se disposait à jouer en public. Le désir de ne pas faire attendre les députés la décida à leur donner audience sur-le-champ, sans être en grand habit. Elle se plaça sur son fauteuil, dans son grand cabinet, et les officiers des cérémonies introduisirent l'Assemblée, comme ils avaient fait chez le roi. Le maître des cérémonies, M. de Nantouillet, qui publia le compte rendu de cette visite, fait remarquer que la reine, recevant toujours les corps constitués de la même manière que le roi, aurait pu ne pas se lever à l'entrée de l'Assemblée, et que ce fut une marque particulière d'égards que Sa Majesté voulut lui donner en se levant, et en disant un mot sur ce qu'elle n'était pas en grand habit.
< Madame, dit le président, le premier désir de l'Assemblée nationale, à son arrivée dans la capitale, a été de présenter au roi le tribut de son respect et de son amour, l^lle n'a ipu résister à l'occasion si naturelle de vous offrir ses sentiments et ses vœux. Recevez-les, madame, tels que nous les formons, vifs, empressés et sincères. Ce serait avec une véritable satisfaction que l'Assemblée nationale contemplerait dans vos bras cet illustre enfant, le