‹ Les dernières années de Marie-Antoinette [microform]Chapitre 3 sur 105 · UNE VISITE DE L'ASSEMBLEE NATIONALE · texte numérisé non relu

UNE VISITE DE L'ASSEMBLEE NATIONALE

rejeton de tant de rois tendrement chéris de leurs peuples, l'héritier de Louis IX, de Henri IV, de celui dont les vertus sont l'espoir de la France. Jamais, ni lui, ni les auteurs de ses jours, ne jouiront d'autant de prospérités que nous leur en souhaitons. >

La reine répondit : « Je suis touchée, comme je dois l'être, des sentiments que m'exprime l'Assemblée nationale. Si j'avais été prévenue de son intention, je l'aurais reçue d'une manière plus digne d'elle. > Marie-Antoinette ordonna ensuite au maître des cérémonies d'aller chercher le dauphin. Dès que l'enfant fut arri\e, elle le prit dans ses bras, et le lit \'oir à tous les députés. Les cris de : Vive le roi ! \'ive la reine ! \'ive monsieur le dauphin ! retentirent avec enthousiasme. xMarie-Antoinette fut un moment distraite du sentiment de ses malheurs.

Peu de jours après, elle changea de logement, et, quittant le premier étage, elle s'installa au rez-de-chaussée, où elle eut son cabinet de toilette, sa chambre à coucher, son salon. Quant à Louis X\\, il continua à habiter au-dessus l'appartement désigné, depuis le règne de Louis XIV, sous le nom < d'appartement du Roi>. (^et appartement, qui communiquait avec le grand cabine, (salon Louis XIV), se composait de trois pièces ayant vue sur le jardin : un petit cabinet destiné au premier valet de chambre, la chambre à coucher du souverain et une bibliothèque. Louis X\'I lit loger son lils et sa fille auprès de lui, dans l'appartement désigné sous le n(Mn d'appartement de la Reine, que Marie-Antoinette venait de quitter pour s'installer au rez-de-chaussée. Outre son appartement du premier étage, il prit aussi pour lui trois pièces au rez-de-chaussée, qui étaient situées dans l'angle du pavillon intermédiaire, entre celui de Flore et celui du Centre, et dont l'une communiquait avec le cabinet de toilette de la reine. Chaque matin, après avoir donné les premiers instants de son lever à des actes de dévotion, il descendait par un étroit escalier intérieur, dans son petit appartement du rez-dechaussée, inspectant son thermomètre, puis recevait le bonjour de sa femme et de ses enfants. C'est là qu'il déjeunait ensuite;

aasm

MARIE-ANTOINETTE AUX TUILERIES

un seul domestique le servait alors, et la reine profitait de ce moment pour venir causer avec son époux. C'est de là aussi qu'il pouvait examiner, sans être vu, ce qui se passait dans le jardin, et prêter l'oreille aux propos qui se débitaient jusque sous ses fenêtres.

L'infortuné monarque se faisait encore, maigre tout, les plus grandes illusions. Des manifestations semblables à celle que venait de faire l'Assemblée nationale l'abusaient sur l'extrême gravité de la situation. Il se croyait encore aimé et respecté. Les journées d'octobre même ne l'avaient point guéri de son fallacieux optimisme. Sans doute, la monarchie n'avait point perdu tout son prestige, et l'Assemblée nationale était sincère au moment où elle exprimait à son roi ses sentiments de fidélité. Mais la Révolution marchait toujours. Ainsi que l'a dit M'"^ de Béarn, fille de la gouvernante des enfants de France, elle était comme un de ces grands courants qui entraînent jusqu'aux barques qui essayent de jeter l'ancre.

Page 1