‹ Les dernières années de Marie-Antoinette [microform]Chapitre 21 sur 105 · I.A JOURNEE nu 20 JUIN · texte numérisé non relu

I.A JOURNEE nu 20 JUIN

le courant de la journée. A onze heures du matin, la reine assista à la messe, et, en sortant de la chapelle, elle ordonna que sa voiture fût prête pour une promenade à cinq heures du soir. Madame Royale (la future duchesse d'Angouléme) aconsigné dans une relation curieuse les impressions qu'elle ressentit pendant les heures qui précédèrent le départ. « Toute la journée, dit-elle, mon père et ma mère me parurent très agités et occupés sans que j'en susse les raisons. Après le dîner, ils nous renvoyèrent, mon frère et moi, dans une chambre, et s'enfermèrent seuls avec ma tante. J'ai su depuis que dans ce moment-là ils l'informèrent du projet qu'ils avaient de s'enfuir. > A cinq heures du soir, Marie-Antoinette alla se promener avec ses deux enfants et deux dames de sa suite dans les jardins de Tivoli, au bout de la Ghaussée-d'Antin. € Pendant la promenade, ajoute Madame Royale, ma mère me prit à part, me dit que je ne devais pas m'inquieter de tout ce que je verrais, et que nous ne serions jamais séparées pour longtemps, que nous nous retrouverions bien vile. Mon esprit était bouché, et je ne compris rien du tout à t(^ut cel.i. File mCiibrassa, et me dit que si ces dames me demandaient p-Miuiioi fciais si agitée, je devais dire qu'elle m'avait groiulee, ci q\\^ i m cîais raccommodée avec elle. Nous rentrâmes a se; ! Iicuri -. le rclouniai chez moi, bien triste, ne comprenant rien du tout .1 ce que ma mère m'avait dit. J'étais toute seule. Ma mère a\ ait engage M"* de Mackau d'aller à la visitation, ou elle allait souvent, et ellea\'ait envoyé à la campagne la jeune personne qui était d'ordinaire avec moi. »

G'est maintenant le comte de Provence, le futur Louis XVllI, qui va nous rapporter son dernier entretien avec Louis XVI. Monsieur devait partir aussi dans la nuit et se rendre en Belgique, d'où il avait l'intention de rejoindre le roi. Dans la soirée il vint aux Tuileries avec sa femme pour prendre part au souper royal et recevoir les ordres de Louis XVI. Les deux frères, qui croyaient se revoir dans le courant de la semaine, allaient se quitter pour toujours.

Avant de souper. Monsieur causa quelques instants avec sa sœur. Madame Flisabeth, qui n'avait été informée du projet de

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fuite que dans l'après-midi. < Je la trouvai tranquille, a dit le comte de Provence, soumise à la volonté de Dieu, satisfaite, mais sans explosions de joie, aussi calme, en un mot, que si elle eût été instruite du projet depuis un an. Nous nous embrassâmes bien tendrement. P:nsuite, elle me dit : « Mon frère, vous avez de < la religion, permettez-moi de vous donner une image, elle ne ^ peut que vous porter bonheur. > Je l'acceptai comme on peut bien le croire, avec autant de plaisir que de reconnaissance. Nous causâmes quelque temps de la grande entreprise, et, sans me laisser aveugler par ma tendresse pour elle, je dois dire qu'il est impossible de raisonner avec plus de sang-froid et de raison qu'elle le fît; je ne pouvais m'empécher de Padmirer. >

Le comte de Provence descendit ensuite dans l'appartement de la reine. Comme il embrassait sa belle-sœur avec effusion : * Prenez garde de m'attendrir, s'écria Marie-Antoinette, je ne veux pas qu'on voie que j'ai pleuré. Ensuite, le prince et sa femme soupèrent avec le roi et Madame Elisabeth. Ni les uns ni les autres ne se doutaient que c'étaient là le dernier repas qu'ils devaient prendre ensemble. Ils restèrent à causer tous les cinq jusqu'à près de onze heures du soir. Quand le moment de se quitter fut venu, Louis XVI, qui n'avait pas encore fait part à son frère de l'endroit où il se dirigeait, lui déclara qu'il se rendait à Montmédy, et lui ordonna de se rendre lui-même à Longwy, en passant par les Pays-Bas autrichiens. Puis les deux frères se dirent au revoir, avec l'espérance que, dans quatre jours, ils se retrouveraient en lieu de sûreté.

Le moment du départ approchait. En définitive, la journée s'était bien passée. Point de dénonciation ; point de soupçons graves. Le coucher du roi s'accomplit suivant le cérémonial habituel. Les coutumes du château avaient été scrupuleusement observées. Les ordres aux gens de service étaient donnés pour le lendemain. On ferma les portes à clef. On éteignit les lumières. Les membres de la famille royale s'étaient couchés. Au bout de quelques minutes, ils se relevaient.

LE DEPART

Le moment du départ était venu. Les fugitifs ne devaient pas quitter les Tuileries tous ensemble. 11 était convenu que ce seraient le dauphin et sa sœur, accompagnés de M"" de Tourzel, qui partiraient d'abord. Quelques instants après, le roi, la reine, Madame Elisabeth, sortiraient du château chacun séparément. Vers dix heures du soir, au moment où le comte et la comtesse de Provence étaient encore aux Tuileries, la reine se rendit dans la chambre de sa fille et lui dit de se préparer. Elle lui fit mettre une robe d'indienne brune, qui avait coûté quatre francs dix sous.

La jeune princesse avait auprès d'elle sa première femme de chambre, M""^ Brunier, que Marie-Antoinette instruisit de ce qui allait avoir lieu. « Je désire, dit-elle, que vous nous suiviez. Cependant, comme vous avez votre mari, vous pouvez rester. » M""' Brunier n'hésita pas un instant à répondre qu'elle suivrait partout la reine. Il fut convenu qu'elle serait du voyage, ainsi que la première femme de chambre du dauphin, M""" de Neuville; que toutes deux partiraient, sur-le-champ, dans une voiture spéciale et rejoindraient la famille royale à Bondy.

Marie-.Antoinette passa de la chambre de sa lille dans celle de son fils poLU" le réveiller. < Levez-vous, lui dit-elle; c'est pour

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MARIE-ANTOINETTE AUX TUILERIES

aller dans une place de guerre où vous commanderez votre ré'^iment. > A ces mots, l'enfant sortit du lit, en disant : « Vite, vite, dépéchons-nous; qu'on me donne mon sabre, mes bottes, et partons. » Ce qu'on lui donna, ce n'étaient ni djs bottes ni un sabre, c'était un habillement de petite tille, une robe et un bonnet que la gouvernante des enfants de France, M'" de Tourzel, avait fait faire pour lui en prévision de circonstances qui rendraient un déguisjment nécessaire. Le passeport dont allaient se servir les fugitifs portau que M"" de KorlT était accompagnée de ses deu.x filles. Il fallait donc que le dauphin fût censé être la sœur de Madame Royale. < On habilla mon frère en petite fille, a dit cette princesse, dans sa relation du voyage; il était charmant. Comme il tombait de sommeil, il ne savait pas ce qui se passait. Je lui demandai ce qu'il croyait qu'on allait faire. Il me dit qu'il croyait qu'on allait jouer la comédie, parce que nous étions déguisés. > Étrange comédie, en effet, et qui devait finir par un terrible drame !

Les deux enfants partirent, ainsi que leur gouvernante, M'"' de Tourzel, par Tappa-tement du duc de Villequier. Il y avait devant le château trois cours : la cour des Suisses, qui donnait sur le pavillon de Marsan; la cour Royale, qui donnait sur le pavillon du Centre; la cour des Princes, qui donnait sur le pavillon de Flore. L'appartement de M. de Villequier avait une porte par laquelle on descendait dans cette dernière cour, et, comme il était inhabité depuis que le duc avait émigré, on n'y mettait plus de factionnaire. Marie-Antoinette voulut surveiller elle-même le départ de ses enfants. Elle les conduisit jusque dans la cour des Princes, ce qui était beaucoup s'exposer, ainsi que xMadame Royale en fait la remarque dans sa relation. Au milieu de cette cour un grand fiacre stationnait. Sur le siège était le comte de Fersen, déguisé en cocher. Cette voiture devait conduire les enfants jusqu'à la barrière de Clichy, où les attendait la grande berline destinée au voyage. Le dauphin, sa sœur. M"- de Tourzel, montèrent dans le fiacre, et la reine rentra au château. Le fiacre sortit de la cour des Princes et vint, par la rue Saint-Honoré, au

LE DEPART

petit Carrousel, vis-à-vis de la maiv)n appelée l'huîel de Guaillarbois, près de la rue de rKchelle et de la rue Saint-Nicaise. C'était le rendez-vous où le roi, la reine et Madame Elisabeth, qui devaient quitter les Tuileries à pied et séparément, se proposaient de rejoindre le dauphin et sa sœur.

Cependant, le coucher du roi venait d'avoir lieu suivant le cérémonial ordinaire. Louis X\'I s'était immédiatement relevé. Il avait mis une perruque pour se déguiser, et il s'était revêiu du costume sous lequel, pendant le voyage, iKompiait se faire passer pour le sieur Durand, intendant de la baronne de Kortf. Accompagné de M. de Valory, il sortit tranquillement du château parla plus grande porte, celle du pavillon du Centre. Les factionnaires ne le reconnurent pas. On le prit pour un des nombreux individu^ qui tous les soirs, à la même heure, c'est-à-dire vers minuit, quittaient les Tuileries après le coucher du roi.

La reine et Madame Elisabeth sortirent, l'une après l'autre, par la porte de l'appartement du duc de Villequier. Marie-Antoinette portait une robe brune en forme de tunique. l-:ile avait pour coiffure un chapeau noir à la chinoise, garni d'une longue dentelle ser\ant de voile. AL de Moustier lui donnait le bras, et c'était M. de Malden qui donnait le bras à Madame Llisabeth.

Pendant ce temps, le fiacre où se trouvaient le dauphin et sa sœair, avec leur gou\ernante, stationnait au petit Carrousel, devant l'hôtel de Guaillarbois. « Mon frère, a dit Madame Rovale, était couché dans le fond de la voiture, sous les robes de M"" de Tourzel. Nous vîmes passer M. de La Fayette, qui était au coucher de mon père : et nous restâmes là à attendre au moins une grande heure, sans savoir ce qui se passait. Jamais le temps ne m'a paru plus Icng... Enfin, au bout d'une heure, je vis une femme qui tournait autour de la voiture. J'eus peur qu'on ne nous découvrir; mais je fus rassurée envoyant que le cocher ouvrait la portière, et que c'était ma tante. >

Quelques instants après, L juis XVI arriva. Il ne manquait plus que la reine. Chaque minute de raard était pour les fugitifs

MARIE-ANTOINETTE AUX TUILERIES

LE DÉPART

une angoisse inexprimable, lis se disaient que Marie-Antoinette avait sans doute été reconnue, et comme, à aucun prix, ils ne seraient partis sans elle, ils se croyaient déjà forcés de renoncer au voyage.

La reine n'avait point été reconnue, mais elle avait perdu son chemin. Le vaste emplacement qui sépare les Tuileries du Louvre, et qui forme aujourd'hui l'une des plus belles places de l'iùirope, était alors un labyrinthe dans lequel s'entre-croisaient une foule de rues : rue du Carrousel, rue Saint-Nicaise, rue de Rohan, rue de Chartres, rue Saint- l'homas-dii-Louvre, rue des Orties, etc.

La reine s'égara dans ce dédale. Llle venait d'être saisie d'une grande frayeur, en voyant paraître la voiture du général La Fayette, qui sortait des Tuileries, où il avait fait ses dernières rondes, après avoir assisté au coucher du roi. L'apparition d'un spectre n'aurait pas plus effrayé Marie-Antoinette. Plusieurs laquais entouraient le carrosse de tiambeaux allun:és qui jetaient une lumière si grande que la fugitive, persuadée que le général allait la reconnaître, quitta tout éperdue le bras de M. de Moustier, et s'enfuit du côté opposé. M. de Moustier essaya de la rassurer, en la priant de remarquer que les Ifambeaux placés entre elle et les yeux de M. de La Fayette éblouissaient les yeux de celui-ci, de telle taçon qu'il ne pouvait la reconnaître.

Dans sa frayeur, la reine se trompa de route, et se perdit au milieu des rues qui environnaient le Carrousel. Au lieu de prendre à gauche, elle prit à droite, et se dirigea du côté du pont Royal, par une nuit profonde, et sans savoir où elle allait. M. de Moustier ne pouvait la guider, et ne retrouvait pas non plus le chemin. Il fallut se résoudre à le demander à une sentinelle du pont, puis revenir sur ses pas, repasser sous les guichets du bord de l'eau, longer la cour des Princes, la cour Royale, la cour des Suisses, pour arriver enlin au coin de la rue de l'Échelle, devant l'hôtel de Guaillarbois, où stationnait le liacre dans lequel étaient enfermés les autres fugitifs.

Se voyant enfin tous réunis, après de telles angoisses, ils re-

mercièrent la Providence. La p(jrtière du liacre sj referma. M. de Fersen, qui servait de cocher, fouetta les chevaux et gagna la barrière de Clichy, où Ton devait retrouver les trois gardes du corps et la grande berline dans laquelle le voyage allait s'effectuer.

On était dans la nuit la plus courte de l'année. Le jour commençait à poindre. Il était environ deux heures du matin. On eut d'abord de la peine à découvrir l'endroit où était la berline, et Louis XVI descendit du fiacre, ce qui inquiéta beaucoup sa famille. Lnlin M. de Fersen revint avec la berline. Les portières des deux voitures ayant été placées l'une contre l'autre, le roi, la reine, leurs deux enfants. Madame Flisabeth et M'"<= de Tourzel passèrent du liacre dans la berline. Le fiacre fut laissé sur la route, san,^ personne pour le garder. La berline était attelée de cinq chevaux. Va domestique de M. de Fersen la conduisait en postillon. M. de Fersen lui-même monta sur le siège, ainsi que les deux gardes du corps, ALM. de Moustier et de Malden. Le troisième, M. de Valory, était parti à cheval, pour préparer les relais à Bondy. « Allons, hardi ! menez vite ! > cria M. de Fersen au postillon.

Les chevaux galopèrent à fond de train. On arriva très promptement à Bondy, où l'on relaya. M. de Fersen y prit congé de la famille royale. Il devait, le lendemain, partir pour Bruxelles; mais, auparavant, il voulut rentrer à Paris, afin de s'assurer par lui-même que la fuite delà famille royale y était encore ignorée. Quand il y arriva, en plein jour, il alla à l'Hôtel de Ville, à la mairie, à l'état-major de la garde nationale. Tout lui parut calme dans ces trois endroits : il en conclut qu'il n'y avait encore aucun soupçon. Pendant ce temps, Louis XVI et sa famille poursuivaient tranquillement leur route, et le voyage, qui devait si mal finir, commençait bien.

PARIS Lli 21 JUIN 1791

A Paris, la nuit du 20 au 21 juin s'était passée très tranquillement. Personne ne soupçonnait que le roi n'était plus dans sa capitale, et même aux Tuileries il n y avait ni doutes ni soupçons. Suivant son habitude, le médecin du dauphin entra, le matin, vers sept heures, dansTappartement du jeune prince, pour prendre de ses nouvelles. II trouva la chambre vide. Il se rendit alors dans l'appartement de Madame Royale, où il pensait que le prince pouvait être. Ne voyant ni la sœur ni le frère, il commença à être mquiet. L'alarme se répandit. On s aperçut que les chambres du roi, de la reine, de Madame Elisabeth, étaient désertes aussi. On courut aussitôt en prévenir M. de La Fayette, qui d'abord ne voulut pas le croire. La nouvelle circula bien vite dans Paris. On sonna le tocsin. Les tambours battaient la générale. Le peuple, se croyant trahi, s attroupa autour des Tuileries, de l'Hôtel de Vi'lle, de l'Assemblée nationale. La Fayette, qui se rendait en toute hâte au château, puis à l'Assemblée, fut assailli en chemin par des gens qui menaçaient de le massacrer. Cependant l'Assemblée venait de se réunir. Elle était présidée par Alexandre de Beauharnais, le mari de la future impératrice Joséphine. 11 annonça la fuite de la famille royale.

MARIE-ANTOINETTE AIX TUILERIES

L'Assemblée, calme et grave, prit sans hésitation toutes les mesures d'urgence, manda les ministres à sa barre, expédia des courriers dans les départements, avec ordre aux fonctionnaires publics, aux gardes nationales, aux troupes de ligne, d'arrêter toute personne sortant du royaume. M. de Laporte, intendant de la liste civile, remit au président une proclamation que Louis XVI avait laissée en partant, et dont il fut donné lecture à rassemblée. < Français! disait le souverain, dési riez-vous que l'anarchie et le despotisme des clubs remplaçassent le gouvernement monarchique sous lequel la nation a prospéré pendant quatorze cents ans ? Désiriez-vous voir votre roi comble d'outrages, privé de sa liberté, pendant qu'il ne s'occupait que d'établir la vôtre?» Louis XVI, dans le même document, énumérant tous ses griefs : attentats des journées d'octobre, incommodité du séjour des Tuileries, insuffisance de la liste civile, licenciement des gardes du corps, atteintes portées aux droits de la couronne, obstacles opposés au départ pour Saint-Cloud, obligation d'assister, le jour de Pâques, à la messe paroissiale d'un curé intrus. « Français ! et vous, Parisiens! disait le roi en terminant, vous, habitants d'une ville que nos ancêtres se plaisaient à appeler la bonne ville de Paris, méfiez-vous des suggestions et des mensonges de vos faux amis. Revenez à votre roi, il sera toujours votre père. Quel plaisirn'aura-t-il pas à oublier ses injures personnelles et à revenir au milieu de vous, lorsqu'une Constitution qu'il aura acceptée librement fera que notre sainte religion sera respectée, que le gouvernement sera établi sur un pied stable ! »

L'Assemblée, après avoir entendu cette lecture, passa froidement à l'ordre du jour, et se mit à continuer la discussiori du projet de Code pénal.

De son côté, M. de La Fayette s'était rendu à l'Hôtel de Ville, pour y combiner, avec les officiers municipaux et le conseil de la Commune, les moyens capables de faire découvrir quelle route la famille royale avait pris. On eut l'idée de mander au plus vite tous les voituriers de Paris. L'un d'eux avait conduit jusqu'à

PARIS LE 21 Jl'IN 1701

Bondy les femmes de chambre, M'"'~ de Neuville et Brunier. Il avait beaucoup vu, beaucoup entendu, et ce fut sans doute son rapport qui donna l'éveil sur la direction que les fugitifs avaient prise, et décida le général La Fayette à envoyer deux de ses aides de camp sur leurs traces. Les deux ofliciers partirent en toute hâte. L'avance que le roi avait sur eux était très grande, et l'on ne pensait pas qu'il leur fût possible de le rejoindre.

Au surplus, il n'y avait guère que le peuple qui désirât sincèrement l'arrestation et le retour de la famille royale. Sa fuite ou, pour mieux dire, sa délivrance comblait de joie les royalistes fidèles; et, d'autre part, les révolutionnaires, orléanistes ou républicains en étaient aussi satisfaits. Ainsi que le marquis de Ferrières l'a remarqué dans ses Mémoires, < les orléanistes attendaient de la sortie du roi hors du royaume, et des mouvements qui en seraient la suite infaillible, que le peuple de Paris et les constitutionnels, furieux de se voir trahis, se jetteraient par nécessité entre les bras du duc d'Orléans, et lui oHViraient la couronne. » Tandis que les partisans de ce prince allaient partout en répétant que la fuite de Louis XVI était une véritable abdication, un anéantissement légal du contrat passé entre la nation et le monarque, les républicains, qui, bien que peu nombreux encore, commençaient à lever la tête, brisaient sur les enseignes l'écusson et les chiffres royaux. Ils se félicitaient de voir que, malgré l'absence de monarque, les choses suivaient leur train accoutumé, que les ouvriers allaient à leur ouvrage, que les voitures roulaient dans Paris, que, le soir, aucun théâtre ne faisait relâche. Ils disaient que la France gagnait à la fuite de Louis XVI la suppression delà liste civile, une économie de trente millions par an.

Les démagogues faisaient tout ce qu'ils pouvaient pour exciter les passions populaires, non seulement contre le roi, mais contre La Fayette, contre Bailly, qu'ils accusaient tout haut de complicité dansl'évasion, et qu'ils qualifiaient de traîtres. Camille Desmoulins écrivait dans son journal : « Le mardi 21 juin, on apprend que le roi et toute sa famille ont pris la fuite. C'est à onze heures du soir

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