‹ Les dernières années de Marie-Antoinette [microform]Chapitre 42 sur 105 · P\RIS AL COMMENCEMENT DE · texte numérisé non relu

P\RIS AL COMMENCEMENT DE

trouilles d'infanterie; gentilshommes en habit français, avec la tète poudrée, l'épée au côté, le chapeau sous le bras, les escarpins et les bas de soie ; démocrates aux cheveux courts et sans poudre, avec le frac anglais et la cravate américaine; sans-culottes en haillons, avec le bonnet rouge, comme tout se remue, comme tout s'agite!

lui avril 1792, savez-vous quel est l'incident qui fait la distraction de cette foule ? c'cNt le début de la nouvelle machine, de la machine à la mode, de la guillotine. Le 2?, un individu coupable de viol l'inaugure. Les gens sensibles se félicitent du supplice adouci dans lequel ils se plaisent à voir un grand progrès de l'humanité. On porte aux nues le docteur Guillotin, l'excellent docteur philanthrope. On baptise de son nom sa machine, qu'on appelle guillotine, comme on appela turgotines les voilures publiques établies par Turgot.

Quel enthousiasme, quel engouement pour cette guillotine, déjà si fameuse, et qui va l'être bien davantage ! Les rédacteurs du Moniteur déclarent dans un accès de lyrisme qu'elle est digne du siècle dans lequel on va vivre. La vérité, c'est qu'elle facilite, accélère la tâche du bourreau. Les massacres finiraient par dégoûter la foule. Les lenteurs du gibet déplairaient à son impatience. Vive donc la guillotine 1 s'écrient les sans-culottes, qui ont sans doute le pressentiment de tout ce qui va se passer. 'Voilà le théâtre de l'Ambigu qui joue un ballet-pantomime : les Quatre Fils Aymon, où tout Paris accourt pour voir les têtes des quatre preux tomber à la fois au milieu des vociférations sous la machine du bon docteur. Prudhomme, dans son journal des Révnlutions de Paris, propose, dès le 27 avril, cette inscription vraiment prophétique pour la machine nouvelle :

Et la garde qui veille aux barrières du Louvre N'en défend par les rois.

On la chante sur Pair de toutes les chansons en vogue:

24^ MARir:-.\NTOINi:TTF. F.T l'AOONIE DE I.A ROYAUTE

C'est un mécanisme nouveau

D'un ctlel admirable.

Je l'ai tiré de mon cerveau

Sans me donner au diable.

L n décollé de ma façon, La fari vlon daine, La tari dodon.

Me dira : Monsieur, i;rand merci,

Hiribi, A la fa^'on île l'arbari.

Mon ami.

Bénin docteur, c'est \-()iis qui Viwc/. clit, daiis \-()irc beau /èlc humanitaire : « Avec ma machine, je vous fais sauter ki tète d'un coup d'(cnl, et vous ne souHVez point. >

C'est un coup que l'on reçoit,

Avant qu'on sans d>)uie ; A peine on s'en apcrçiMt, Car on n'v \'oit f;outle.

I n certain i-jssoit caché, 'l'ouï à coup cl int b'tché, Fait tomber, Fait sauter.

Fait voier bi létc ; (?cst bieii plus honnête.

Les victimes ne se plainJroni pas. bji atlenJa;it. elles s'amusent de leur futur instrimient île supplice comme d'un jouet. Dans un salon [girondin, on joue à la -uillotine avec un écrcn qu'on lève, et qu'oii fait retomber. Dans d'ele^^inls dîner>, (m apporte au dessert, en guise de plat sucré, une petite ;uiilloline bijou. Une jolie fenuue met sous le couteau une poupée, qui représente tel ou tel adversaire politique. On décapite la poupée le plus proprement du monde, et il en sort quelque chose de roui^e qui sent bon, mie liqueur ambrée, où cb.aque dame s'empresse de parhuuer son mouchoir de dentelles. La -aieté eauloise transformerait le Dics ira' en vaudeville. Pauvre société c,ui passera vite du plaisant au sévère, et qui, conime le l'igaro de Beaumarchais, rit de tout pour ne pas en pleurer !

\a: i)i:i<mi:u \o\ma: d\ comi r; m: i i lsi;n a iwius

On ;ivait cru jusqu'à présent que le comte de l'ersen n'avait pas re\ii .Marie .\n:<»ine;te depu's le jour où,, au début du voyage de \^u-'.uues, il prit cou é de sa lamille ro}'ale. Lue nou\'elle publicaîiou Li"un îrè> haut intérêt rrou\e que c elait là ime erreur, et que le grand seigneur suédois, \eiUi à Lcuis une dernière lois en lyo'J, y eut plusieurs entretiens avec le rcii et aN'ec la reine. Cette publication a pour titre : J'xli-Ji/s a'i.v }\:picj-s du uraiid luarcclul de SiL'dr. comte JcJii Axel de I-'cr-ai, pubbés par son petit-ne\eu, le baron de l^inc'^<)^^ >troni, co!(.;icl suédois. Le voyage mystérieux du liJele chexali.r J.e Mai'ie-.Vntoinette est im episoj.c qui .i quelque chose de l'ouiane- que, et v|ui mcrite de laisser un >ou\".nir élans i'Iiisîoire.

l"e!-sen et;ùt un J.e cls homme-, dont les sentiments sont d'autant plu^ jU'olonds qu'ils ^aveiU les ca.cher sous un calme en ajq\u'ence imperturbable. Ame brûlante sous mie ecorce de glace, comme di-.ait la baronne A: Korlb, courageux jusqu à la témérité, de\"oué ju-qu'a l'héroïsme, il avait conçu ]M)ur Marie- Antoinelte une de ces amitiés desiiitei'^ssees et arden'es, qui tiennent le milieu entre i"amoiu' et la religion. Près pie aus.si l'rançais que Suédois, il n'oubliait j^oint qu'il avait combattu

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25o MARIE-ANTOINETTE ET L'AGONIE DE LA ROYAUTÉ

en Amérique sous les étendards du roi Très Chrétien, qu'il avait été le colonel d'un régiment au service de la France. Après avoir été le courtisan delà reine heureuse, éblouissante, il fut celui de la reine brisée par la douleur. Il avait fait passer dans rame de son souverain, Gustave III, le sentiment chevaleresque dont lui-même était animé, et il attendait avec impatience Theure où il pourrait, sous les drapeaux de la Suède, accourir au secours de Louis XVI et de Marie-Antoinette. Tirer l'épée pour défendre la reine, c'était sa plus chère ambition. Depuis le voyage de Varennes jusqu'au jour du supplice de Marie-Antoinette, il n'eut plus qu'une pensée : sauver la femme pour laquelle il aurait si volontiers versé jusqu'à sa dernière goutte de sang. Ce fut pour lui une idée fixe dont la trace se trouve à toutes les liiznes de son journal. La figure attristée et mélancolique de Fersen, ce courtisan de l'infortune, cet ami des jours de deuil, est assurément l'un des types célèbres du drame de Versailles et des Tuileries. Cet homme qui, sans la reine martyre, n'aurait guère laissé de trace dans l'histoire, est certain, grâce à elle, de ne pas être oublié par la postérité. C'est ainsi que Marie-Antoinette devait lui rendre en illustration ce qu'il lui donna en dévouement.

A son retour aux Tuileries, après ce voyage de Varennes, qui avait été si fatal, la reine écrivait à Fersen, le 27 juin 1791 : « Rassurez-vous sur nous, nous vivons, » et Fersen répondait : « Je me porte bien, et ne vis que pour vous servir. > Le 29 juin, elle lui adressait une nouvelle lettre, où elle disait : « Ne m'écrivez pas, ce serait nous exposer, et surtout ne revenez ici sous aucun prétexte ; tout serait perdu si vous paraissiez. Nous sommes gardés à vue jour et nuit, cela m'est égal. Soyez tranquille, il ne m'arrivera rien. L'Assemblée veut nous traiter avec douceur. Adieu, je ne pourrai plus vous écrire. >

Marie-Antoinette se trompait, quand elle croyait qu'elle n'écrirait plus. Elle se trompait aussi, quand elle s'imaginait que Fersen, malgré tant de difficultés, tant de périls, ne trouverait pas le moyen de la revoir. La correspondance ne fut pas interrompue.

LE DERNIER VOYAGE DU COMTE DE EERSEN A PARIS 25i

Marie-Antoinette écrivait à F'ersen, après l'acceptation de la Constitution : « Comprenez-vous ma position et le rôle que je suis obligée de jouer toute la journée? Quelquefois, je ne m'entends pas moi-même, et je suis obligée de rélléchir pour voir si c'est bien moi qui parle, mais que voulez-vous r Tout cela est nécessaire, et croyez que nous serions encore bien plus bas que nous ne sommes, si je n'avais pris ce parti tout de suite; au moins gagnerons-nous du temps par là, et c'est tout ce qu'il faut. Je me soutiens mieux que je ne devrais, par la prodigieuse fatigue d'esprit que j'ai sans cesse, en sortant peu de chez moi ; je n'ai pas un moment à moi, entre les personnes qu'il faut voir, les écritures et le temps que je suis avec mes enfants. Cette dernière occupation, qui n'est pas la moindre, fait mon seul bonheur, et quand je suis bien triste, je prends mon petit garçon dans mes bras, je l'embrasse de tout mon C(L"ur, et cela me console dans le moment. >

Fersen, ému et attendri, avait sans cesse dans la pensée ce funeste château des Tuileries, où la reine était si à plaindre. Un irrésistible attrait l'y poussait. Là était, croyait-il, le poste du dévouement et de l'honneur. Il écrivait, le 26 novembre : « Répondez-moi sur la possibilité de vous aller voir tout à fait seul, sans domestique, au cas que j'en reçoive l'ordre du roi ^Gustave 111); il m'a déjà dit quelque chose sur le désir qu'il en avait. > De tous les souverains qui s'intéressaient au sort de Louis XVI et de Marie-Antoinette, c'était Gustave le plus actif, le plus résolu, le plus brave ; c'était le seul dans lequel Marie-Antoinette avait une confiance absolue. File attendait moins de son propre Irère, l'empereur Léopold, et c'était surtout du côté de Stockholm qu'elle tournait les yeux, Gustave ordonna à Fersen de se rendre secrètement à Paris, et, le 22 décembre 1791, il li-ii envoya un mémoire et des lettres qu"il lui donna pour mission de remettre à Louis XVI et à Marie-Antoinette. Il leur conseillait de toutes ses forces une nouvelle tentative d'évasion, mais avec des précautions qui tenaient compte de la leçon de Varennes. Il

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252 MARIF-ANTOINin'TR ET r/A(}ONIE DE LA ROYAUTÉ

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lit que \c< membres Je la famille royale [\irlissent séparément et déi^Liisés, et que Louis X\'l, une fois sorti de so

)yaume, lit appel à Tintervention d'im coni^rès. Dans la lelire du roi Lie Suéde à Marie-Antoinette se IroLisait le jxissage sui\'ant : < ,1e j^i'ie \'otre Majesté de bien considérer que ce n'est cpie par des remèdes xioleiits qu'on i^uérit des maux xiolents, et

c|ue si la modéi'ation

le coui'ant de la \ie conmiune est une

\ertu, e

Ile d

evienl souxenl \h

quanu on

U^lMiaue

a cnose

publique. I.e roi de F>ance ne peut rétablir son royaume qu'e rentrant dans ses anciens droits ; tout autre remède est illusoire ; tout autre terme ne lerait quCuNrir la porte à J.ts discussions sans lin qui ne ieraient qu"aui;menter la confusion au lieu de la terminer, ("/est a\'ec l'épée qu'on a ra\i au roi ses droits; c'est avec l'épee qu'il tant les lui reconquérir. .Mais je m'ari'éte ; je dois e souN'enir que je parle à une princesse qui, dans les {dus terribles

instants de sa \ie, a montre le coura,L;e le plus mtrepide. >

rersLii o!

nt

b-'-'iiis \\ I la peiani-,si,)n de rcmj->lir la

mission que lui confiait (iusta\e un nom supposé, avec un passe

parlii de Stock'iolm, sous

port

de cour

Je 1

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arri\a ^ans encomi^re a

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