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mari, en 1784, les lettres de noblesse qu'elle sollicita si ardemment à celte époque, peut-être serait-elle devenue sincèrement royaliste ! Mais restée, malgré elle, dans les rangs de la bourgeoisie, elle en conserva et en personnilia jusqu'à sa dernière heure les rancunes, les petitesses et les colères. (Quelle figure ferait-elle à Versailles ou même aux l'uileries ? Dans le milieu des grands seigneurs et des grandes dames, la fière bourgeoise serait déplacée ; elle étoufferait. C'est pour cela surtout qu'elle s'attacha aux nouvelles idées, i^lllese dit qu'avec la royauté elle ne serait jamais que peu de chose, tandis qu'avec la république elle pourrait être tout. Son mari eut beau être le ministre du roi, elle se montra chaque jour plus irréconciliable à l'égard de la monarchie, et Roland, par suite des conseils qu'elle lui donna, fut semblable à un pilote dont toute la pensée consisterait à faire sombrer le navire, dùt-il {^erir lui-même en même temps que tout l'équipage, (^hose triste à dire! la communauté des souffrances ne parviendra même point à désarmer la haine de M'"" Roland contre Marie-Antoinette, (^est dans sa prison, à la veille de monter ellemême sur l'échafaud, qu'elle écrira à propos de Louis XVI et de la reine : < Il fut entraîné par une étourdie joignant à l'insolence autrichienne la présomj'>tion de la jeunesse et de la grandeur, fivresse des sens et l'insouciance de la légèreté ; qui, elle-même, était séduite par tous les vices d'une cour asiatique, auxquels l'avait tro[^ bien préparée l'exemple de sa mère. > Ah ! pourquoi n'ont-elles pas elfacé des lignes si cruelles, les larmes que M"" Roland versait à flots sur les pages où elle écrivait, et dont on trouve encore la trace sur le manuscrit de ses Mémoires? Pourquoi n'eut-elle pas plus de compassion pour des maux dont elle-même soutfrait si cruellement ? Pourquoi ne s'associa-t-elle point à la douleur de Marie-Antoinette séparée de ses enfants, quand elle-même écrivait en parlant de sa tille Eudora: « Bon Dieu ! je suis j^risonniêre, et elle vit loin de moi ! Je n'ose même la faire venir pour recevoir mes embrassements ; la haine poursuit jusqu'aux enfants deceux que la tyrannie persécute, et le mien
o M AIMF-AN'rOINF.TTF FT I.'ACriN'II- DF FA lU^AFT^:
parait à peine dans les riie> avec ses oii/e ans, sa (if^iirc virginale et ses beaux clievenx hlnncls, ^jue l\c> ëlre^ apostés ou séduits par le mensonf;e, le (ont remarquer comme le rejeton d'un conspirateur. Les cruels! conime ils savent bien déchirer le c<eiu- d"uiie
mère 1 >
Ah ! pourcjuoi ces deux femmes lurent-elles des adversaires politiques ? Toutes deux sensibles, artistes, ayant dans Pâme un tonds inépuisable de poésie et de tendresse, elles étaient nées jtour des émotions douces, et non pour d'horribles catastrophes. Oui aurait pu, à Taurore, leur prédire une si éj^ouvantable nuit ? Comme Marie-Antoinette, M"'" Koland aimait la nature et les arts. I^lle comjM'enait le charme pénétrant et profond de la campagne. Idle dessinait, elle jouait de la harjK', du violon, de la f^uitare, elle chantait. « On ne sait pas, écrivit-elle quelques instants avant de mourir, combien dans la solitude et le malheur la musique procure d'adoucissements, ni de combien de séductions elle peut sauver dans la prospérité. » Idle avait chanté les mêmes romances que la reine. Les mêmes poètes les avaient inspirées, attendries toutes les deux.
Ne nous rappelle-t-il pas le caractère de la châtelaine du Petit-
'l'rianon ce |^assaf;e si féminin des Mcnioircs de M Koland :
€ je me souviens toujours de l'ellet sini^ulier que |M-oduisit sur moi un bouquet de violettes à Noél ; j'étais, lorsque je le reçus, dans cette situation d'âme qu'apporte souvent unesaison favorable au sérieux de l'esprit ; mon imaf^ination sommeillait, je pensais froidement et je ne sentais f^uère ; tout à coup, la couleur de ces violettes, leur parfum délicat vinrent frapper mes or.i^anes ; ce fut un réveil à la vie... \]nc teinte de rose se répandit sur Thori/on du jour? > Ne conviendrait-il pas à .Marie-Antoinette, ce cri de M'"* Holand dans sa captivité : < (hiand pourrai-je respirer l'air pur et ces suaves exhalaisons cpii plaisent tant à mon c<eur r > l'A la fille de la faraude Marie-Thérèse n'aurait-elle jxis pu s'écrier, elle aussi, comme la lille du f^raveur Philipon : « Adieu ! mon enfant, mon époux, mes amis. Adieu ! soleil, dont les rayons
M;\Klh AiNTOiNETTK KT M A h \ M F ROLAND
brillants portaient la sérénité dans mon àmc, comme ils la rappelaient dans les cieux ! Adieu ! campagnes solitaires, dont le spectacle m'a si souse'it enuie. >
Ces deux femmes qui sentaient m vivement, qu- ne durentelles pas souffrir à cette époque, qui IcUsait delà Irance un enter? bdles, qui a\aient cru toutes deux à l'amélioration du f;enre humain, au retour de l'a.^e d'or sur la terre, quel sera leur réveil après des son-es si séduisants: On sera aussi injuste, aussi méchant, aussi cruel pour la républicaine que pour la reine. IJle aussi, on l'abreuvera de calomnies et d'outra.^es. On l'insultera, elle aussi, de la manière la plus féroce et la plus lâche. Sous les fenêtres mêmes de son cachot, elle entendra les colporteurs crier: « La -rande \ isite du Père Duchesiie à l.i ciloyeniu Koland dans la prison de l'Abbaye, pour lui tirer les vers du ne/. > L'ii^noble journaliste l'app^'llera « vieux sac de contre-révolution ». Il lui dira, avec ses jurons habituels : * Pleure tes crimes, \ieille t;uenon, avant que tu les exj^ies sur l'echalaud '. > La femme de Louis XVI et la femme de Koland mourront à vinut-trois jours de distance: l'une le i(') octobre, l'autre le S novemhre lycjx l-:iles partiront de la même prison, de la Concier^^erie, pour être conduites sur l.i même place, la place Louis X\\ et pour y avoir la tête tranchée par le couperet de la même -uilloline. La bourgeoise, qui a\ait ete si )alouse de la reine, ne pourra plus se l^laindre. Si la vie des deux femmes a ete dillerente, elles auront du moins la même mort, et l'exécuteur des hautes (eiivres du régime de l'ei^alité, le bourreau, ne fera i-oinl de disiiiiction entre les deux victimes, entre la souveraine véritable, la reine de Irance et de Navarre, et la souveraine A'uw jour que le Père Duchesne, aussi insolent pour ruiieque pour l'autre, ne dési-nait plus autrement que sous le sobriquet de la reine ( .oco.
T. A ni.ciAKA riox m: (ii'i:in<i
I,c Ilot nnnrchuiuc montait sans cesse, et les o|niniistes.
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Petion, dans un calme heat, s'ohstinaieiil à iermer
les yeux pour ne le point xoir
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jeliors, une telle série Llaf^ilations et de sec(
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larchaient si vite.
le drame ;ivait des scènes si variées, si violentes, que l'événement
hlié le lendemain. Les clameurs de la lèle des
lIu
jour était ou
Suisses de Château vieux avaient à peine cesse ipTon entendait les cris de la loule sahunit l.ouis X\l, qui venait de déclarer la guerre ii l'Autriche.
Ali fond, le roi ne voulait pas la guerre, mais le courant helruiueiix était devenu irrésistible. La cour de Vienne se montrait intraitable. Idle détendait aux princes jm)ssiss
ionnes de Lorraine
et d'Alsace de recevoir les indemnités que la brance leur ollrait, en échanf;e de leurs droits leodaux, et les menaçait de laire casser par la Diète île Hatisbonne les traités particuliers qu'ils auraient pu contracter à cet éf;ard. Les électeurs de Trêves, de (:ol()f;neet
de May ence favorisa ien
t hautement les levées de soldats qui lai
saient les princes cm
ii;rés et payaient même des subsides j-iour
284 MARIE. ANTOINf'.TTE HT L'AGONIE DE LA ROYAUTÉ
l'entretien de ces troupes. Ils refusaient de reconnaître les ambassadeurs otficiels de Louis XVI, tandis qu'ils reconnaissaient publiquement les plénipotentiaires des princes. On parlait d'assembler à Aix-la-Chapelle un congrès, afin d'intimider l'Assemblée nationale. Le successeur de l'empereur Léopold, François II, qui avait pris, avant son élection à l'empire, le titre de Roi de Bohême et de Hongrie, témoignait les dispositions les plus martiales. L'Autriche, qui avait envoyé quarante mille hommes dans les Pays- Bas et vingt mille hommes sur le Rhin, venait de signer un traité d'alliance avec la Prusse, < pour mettre un terme aux troubles de France >. Dumouriez pressait vivement la cour de Vienne de s'expliquer. Elle fmit par remettre au marquis de Xoailles, ambassadeur de France, une note courte, sèche et dure, réglant les conditions au prix desquelles la paix pourrait être conservée. Ces conditions étaient le rétablissement de la monarchie française sur les bases de la déclaration royale du 23 juin 178^), et, par conséquent, la restauration de la noblesse et du clergé comme ordres, la restitution des biens de l'Fglise, celle des terres d'Alsace aux princes allemands, avec tous leurs droits de souveraineté et de féodalité, enfin la remise d'Avignon et du Comtat Venaissin au Saint-Siège. « b^n vérité, dit Dumouriez dans ses Mémoires, quand le ministère de Vienne aurait dormi de suite pendant les trentetrois mois qui s'étaient écoulés depuis la séance royale, et qu'à son réveil, sans autre information, il eût dicté cette note, il ne pouvait pas proposer de conditions qui fussent plus incohérentes avec la marche qu'avait prise la Révolution... Le nouveau pacte social était fondé sur l'abolition des ordres et sur l'égalité des citoyens. Le système financier, qui seul pouvait empêcher la banqueroute, était fondé sur la création des assignats. Les assignats étaient hypothéqués sur les biens du clergé, devenus biens nationaux. La plupart de ces biens étaient déjà vendus. La nation ne pouvait donc accepter ces conditions qu'en déchirant sa Constitution, confondant toutes les propriétés, ruinant ses acheteurs, annulant ses assignats et déclarant la banqueroute. Pouvait-on attendre une
LA DÉCLARATION DE GUERRE
obéissance aussi humiliante de la part d'une grande nation, fière d'avoir conquis sa liberté, et cela pour se remettre sous le joug des nobles qui, ayant abandonné leur roi même, menaçaient de rentrer dans leur patrie pour y porter le fer et la llamme et tous les lléaux de la vengeance ? >
L'Assemblée nationale tout entière raisonna de la même manière que Dumouriez. H n'y eut qu'un cri pour demander la auerre Les (îirondins v vovaient la consécration indispensable de la Révolution. Les Feuillants espéraient qu'elle rendrait du crédit au gouvernement, qu'elle serait un utile dérivatif, qu'elle ierait sortir de Paris et des grandes villes quantité d'hommes turbulents qui, laule d'emploi, troublaient l'ordre public. Certains réactionnaires, ctoullant dans leur cœur le sentiment du patriotisme, desiraient également la guerre, mai.-, avec le secret espoir qu'elle serait malheureuse pour les armées françaises, et qu'elle aurait pour résultat le rétablissement de l'ancien régime. D'autre part, les bons citoyens, porter à l'optimisme, et jugeant les autres par eux-mêmes, se disaient que devant l'ennemi toutes les divisions intérieures allaient cesser comme par enchantement, et que la Constitution nouvelle, consacrée par la victoire et par la gloire, donnerait à la patrie les destinées les plus brillantes. Les ministres furent unanimes, l'elùn était universel. Louis XVI, l'eùt-il voulu, ne pouvait plus y résister. Le 20 avril 1792, il se rendit à l'Assemblée. La salle était remplie d'une foule qui comprenait l'importance et la solennité de l'acte qui allait s'accomplir.
Au dire de Dumouriez, le roi fut très majestueux. « Je viens, dit-il, aux termes de la Constitution, vous proposer formellement la guerre contre le roi de Hongrie et de Bohème. > Il donna ensuite la plus grande attention au rappcnl du ministre des affaires étrangères. Il paraissait, par des gestes de la tète et de la main, en approuver toutes les parties. Il retourna aux Tuileries, salué par des acclamations générales. La guerre fut décidée à l'unanimité, et Dumouriez passa au comité diplomatique, pour
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y travailler à la rédaction du Jôcrct par lequel elle était Je larée.
ecret lut rcikiii cl porté au mi, qui le
A i-lix liciir
c> du soir
ic ^
sanctionna sur-lc-chaiiip.
AiiiM commençait cette ,i.;uerre L^i-antes pie où la l'"ra!ice allait
ri-in-ope, et qui ne devait ce-^er que vini^t-
utter contre toute
trois ans jdu^ tard, par le désastre de Waterloo. (^)ue de batailles, que de soullrances, quelle prodigieuse ellusion de saiii;! l^)ur arriver à quoi ! Au pouit de départ, c'est-à-dire, sous le rapport politique, à la monarchie constitutionnelle; sous le raj^port
territorial, aux limites de lyu'j. (hioi d<>nc! avoir rempli Tlùirope de tumulte et de L^loire; avoir promené ses étendards de Touest à l'est, du nord au midi; avoircampé victorieusement à liruxelles, à Milan, à Venise, à Kome, à Naples, au Caux', à l'.erlm, à Ma-
drid,
a V lenne,
oscou ; avoir reculé les bornes de la vaillaii
ce,
de rhéroïsme, de Tesprit de sacrilice, pour se retrouver, après tant d'ellorts, juste au point où Ion était avant la lutte! Oh! que la sagesse humaine est courte, que les prévisions de l'homme ortel sont trompeuses, et combien sont stériles les agitations les republiques et des monarques ! < Certainement, a dit i)uurie/, si Tempereur et le roi de Prusse avaient pu prévoir que la l'Yance j^ouvait résister à toute l'Iùn-ope, ils ne se fussent pas mêlés de ses querelles intérieures; ils eussent traite ses émii^rés avec conqvission, mais sans conliance ; ils eussent re-
mo
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u a la manière Ir
anch
e et
dét
sans détour Je négocier du
ministre, la Révolution se fût achevée sa
s cruautés, riùir(j|>e
serait restée en pai.v e
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rance serait heureuse. )• ()ue de tri:
tessc au fond de l'histoire, et quelle disproportion entre les sacn lices de l'homme et leurs résultats ! La Révolution était faite
l'outes les libertés nécessaires avaient et
é conquises. Les pri\i-
lL\^es n'existaient plus. Animé d"intentions excellentes, Louis XVI aurait été, avec des sujets saiies, le meilleur des souverai
ns con-
stitutionnels. Pourquoi ce long malentendu entre lui et son peuple : Pourquoi, d'un côte, cette attitude insensée de l'émigration, qui scrnblait prendre à tâche de donner raison aux révolutionnaires ?