‹ Les dernières années de Marie-Antoinette [microform]Chapitre 5 sur 105 · PARIS A LA FIN DE · texte numérisé non relu

PARIS A LA FIN DE

teurs, et conclut, applaudi par les uns, critiqué par les autres, en proposant des motions incendiaires.

Dégoûté de cette scène, le comte de Ségur s'en va, et se rend au jardin des Tuileries. Il fait un temps superbe. La terrasse, les allées sont remplies de promeneurs paisibles. Les plus jolies femmes de Paris font admirer leurs parures et leurs charmes. La satisfaction est sur tous les visages. On dirait que c'est un jour de fête. M. de Segur quitte les Tuileries et parcourt les Champs-Elysées. Là, tout e^t trouble. Ou aperçoit une multitude d'hommes en armes. Ce sont d'anciens soldats aux gardes françaises, qui, pour exécuter un projet de révolte, se rendent au grand carré, lieu projeté de leur reunion. ALais La Fayette, prévenu de leur rassemblement, accourt, avec quelques bataillons de la garde nationale, et les désarme.

Le soir, pour se distraire des souvenirs de la journée, M. de Ségur va à l'Opéra. Pour celte lois, il est tenté de s'imaginer que, jusque-là, il a fait un songe. ()ui ne se croirait à l'époque la plus heureuse et la plus calme? Voyez cette atlluence de spectateurs, ce charmant ballet, ces décorations magnifiques; reconnaissez dans les loges tout ce qu'il y a de plus distingué à la cour et à la ville. Regardez les œillades de ces femmes à la mode, qui manient si bien l'éventail. Ecoutez cette musique enchanteresse, qui dissipe les inquiétudes et les soucis. Quelle éclaircie dans le ciel sombre. Sur le volcan, autour du cratère, d'où les flammes et les laves vont jaillir, encore que de prairies, que de gazons et que de fleurs !

Dans le tableau de Paris, à la fin de 1789, la cour ne tient pas une place brillante. On dirait que la royauté, qui doute d'ellemême, s'etface volontairement et se fait petite. Chaque jour, elle perd un peu plus de son prestige. Les rayons du soleil royal, jadis si éclatants, palissent. < On ne soupçonnerait pas qu'il y a une cour à Paris. Tout est dans le plus grand calme. Il n'est question ni de chasses, ni de bals, ni de comédies, ni de concerts. L'économie ressemble a l'épargne, et certainement Voltaire ne dirait

MARIE-ANTOINETTE AUX TUILERIES

pas aujourd'hui (lo décembre 1789) : Que la cour de Louis est V orgueil de Paris V >

Cependant, il y a encore jeu les dimanches, dîner en public les mardis et les jeudis, et tous les nobles présents à Paris se rendent assidûment au château. Il y a même nombre de gens qui, Tannée précédente, n'auraient jamais osé prétendre figurer à la cour, et qui cherchent, sous prétexte de zèle pour la cau^e royale, à devenir les familiers des Tuileries. Mais le palais emprunte aux événements un caractère de tristesse profonde. Avec ses tapisseries fanées, ses voussures endommagées par le temps, son aspect délabré, il présente un ensemble de choses jadis brillantes, maintenant moisies, qui rappellent à la fois les grandeurs et la décadence de la monarchie. La famille royale n a plus qu'à certaines heures la liberté de se promener dans le jardin. Alors le public en est exclu. Le roi est lâché, disent grossièrement quelques soldats. Et pourtant, si ébranlée qu'elle soit, la royauté, avec un monarque plus habile, aurait encore de grandes ressources. Trahie plus par elle-même que par la faiblesse et l'incapacité de ses défenseurs, elle se soutient encore, et il faudra trois ans à Louis XVI pour consommer une déchéance dont il est le principal ouvrier.

< Correspondance secrète sur Louis XVI et Marie-Antoinette. Manuscrit de la Bibliothèque impériale de Saint-Pcicrsbourg, publié par M. de Lcscure, 2 vol. chez Pion.

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