‹ Les dernières années de Marie-Antoinette [microform]Chapitre 6 sur 105 · LL SUPPLICE DU MARQUIS DL FAVKAS · texte numérisé non relu

LL SUPPLICE DU MARQUIS DL FAVKAS

L'heure approchait où Louis XVI allait se voir arracher une à une toutes ses prérogatives royales, même le droit de grâce. Dès les premiers mois de 1790, il n'osa point sauver de la mort un royaliste dont le crune avait été un excès de zèle monarchique. La potence du marquis de l'avras lut le prélude de l'échafaud du

roi lui-même.

M. de Favras était né en 1745. Il avait fait la guerre avec distinction, ei sa femme était lille d'un prince d'Anhalt-Schauenbourg. Depuis le commencement de la Révolution, il méditait projets sur projets, pour arracher la monarchie aux périls dont elle était environnée. Son imagination très vive s'exaltait outre mesure, et il se crovait naïvement le futur sauveur du trône. Son plan consistait à enlever le roi, à le conduire à Péronne et à mettre en arrestation La Fayette et Necker. On prétendit qu'il voulait en outre réunir douze mille hommes à cheval dans Paris, et les faire soutenir par une armée composée de vingt mille Suisses, vini^t mille Sardes et douze mille Allemands; mais cela ne fut nullement prouvé, M. de Favras communiqua ses idées à plusieurs personnes de l'entourage de Monsieur, frère du roi. On ne les prit pas au scrieux. Il eut alors l'imprudence de sonder les dis-

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MARIE-ANTOINETTE AUX TUILERIES

positions de quelques officiers de la garde nationale, qui, au lieu deraccueillir favorablement, le dénoncèrent. H fut immédiatement arrêté et envoyé auChâtelet pour y être jugé. Le nom de Monsieur ayant été impliqué dans la dénonciation, ce prince se rendit surle-champ à la Commune de Paris, afin de prévenir, sans perdre un moment, les soupçons qui pouvaient circuler. < Depuis le jour, dit-il, où, dans la seconde assemblée des notables, je me déclarai sur la question fondamentale qui divisait les esprits, je n'ai cessé de croire qu'une grande révolution était prête; que le roi, par ses intentions, ses vertus et son rang suprême, devait en être le chef, puisqu'elle ne pouvait être avantageuse à la nation sans Fêtre également au monarque; enlin, que l'autorité royale devait être le rempart de la liberté nationale, et la liberté nationale, la base de l'autorité royale. > Desapplaudissements universels accueillirent ce discours, et le prince fut reconduit par la foule jusqu'au palais du Luxembourg, où il logeait.

Quant à l'infortuné Favras, tout le monde s'acharnait contre lui. Pendant tout le temps que dura la procédure, la populace ne cessa de menacer les juges et de crier : « A la lanterne !» 11 fallut même que des troupes nombreuses, avec de l'artillerie, fussent constamment en bataille dans la cour du Chàtelet. L'acquittement du baron de Besenval et d'autres personnages impliqués dans les affaires du 14 juillet avait exaspéré la foule. On prétend que La Fayette disait : < Si M. de Favras n'est pas condamné, je ne réponds pas de la garde nationale. > La principale charge contre l'accusé fut une lettre de M. de Foucault, qui lui demandait : < Où sont vos troupes: Par quel côté entreront-elles à Paris ? .le désirerais y être employé. » Gela était bien vague, et l'on ne trouva aucune trace des cavaliers qui devaient faire le prétendu coup de main, aucun indice des armées suisse, allemande et piémontaise, qui étaient censées devoir l'aider. M. de Favras fut cependant condamné à mort. Il entendit son arrêt avec le plus grand calme. < Je vous plains bien, dit-il aux juges, si le simple témoignage de deux hommes vous suffit pour

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