‹ Les dernières années de Marie-Antoinette [microform]Chapitre 52 sur 105 · I.ICENCIII.MKNT DK LA (iAKDI-: CONSTITUTIONNELLE zqS · texte numérisé non relu

I.ICENCIII.MKNT DK LA (iAKDI-: CONSTITUTIONNELLE zqS

les causes malheureuses qui le perdirent, > a dit le comte de Vaublanc, dans ses Mémoires, il faut compter la malheureuse éducation qui l'éloigna de toute espèce d'action militaire. Je me rappelle que, dans les premiers jours du Consulat, après une revue faite par Bonajvirte sur la place des Tuileries, j'en parlai à M. Suard, de l'Académie française, et je lui dis que Bonaparte marchait ainsi qu'il était toujours prêt à se défendre l'épée à la main. — < Kh 1 bien, me répondit naïvement M. Suard, nous pensions dilleremment, nous autres; nous voulions que le roi n'eut rien en lui de militaire, et qu'il n'en portât jamais l'habit. »

A cette anecdote, M. de Vaublanc en ajoute une autre. « Nous eûmes, en 1 792, dit-il, une forte preuve de l'abattement sous lequel peut gémir une âme royale froissée par une si détestable éducation. M. de Narbonne, ministre de la guerre, détermina le roi, avec bien de la peine, à passer en revue trois excellents bataillons de la garde nationale de Paris. 11 était à pied, en bas de soie, avec la bourse noire et les bas de soie blancs. Après la revue, un notaire qui, je crois, se nommait Chaudron, sortit des rangs, et dit au roi : « Sire, la garde nationale serait très honorée de voir 'Votre Majesté porter son uniforme. — Sire, dit aussitôt M. de Narbonne, ayez la bonté de faire cette promesse. A la tête de ces trois bataillons de braves, vous détruirez le repaire des Jacobins. > Le roi, après une minute de réflexion, répondit: < J'examinerai dans mon conseil si la Constitution me permet de porter l'habit de garde national. > Louis XVI laissait se perdre les dernières ressources que la fortune lui accordait encore, et des éléments qui, en d'autres mains, auraient produit des résultats considérables, restèrent stériles.

La garde constitutionnelle, qui, d'après le chiffre réglementaire, devait compter dix-huit cents hommes, monta, d'après Dumouriez, jusqu'à un clfeciif de six mille. L'élément royaliste y dominait. Mais il s'y était introduit un certain nombre de faux frères, qui, par l'appât de quelques assignats, espionnaient leurs chefs, et faisaient des rapports au comité de sûreté publique. Sans

2()r) MARlI'-ANTOINF.TTi: l'T I.'\r,(>NIF \^V. I,\ Iv'OV\UTlt

Joilt

c les L;;irJ(.'s Jii roi n'iipproiix .lient point tout ct.' i.pii se pns^

s;ii

lis coniineiit

lein.inuer .i

lie

loninics il orJi-e

a Ues

royalistes ilévoiiés, li'appronver, pai- exemple, la fêle Je-. Suisse^ de (liiàtciuivicux ? (boniment ii'eiisseiit-ils p.is été iiuiif^nés, quand, en étant de iaction au\ 'l'uileries, ils eiiteiulaient la populace insull^T la famille royale jus^pie soiis les feiièti-e-. du château ?

Rentrés dans leure.iserne de 1 lAole militaire, ils y exprimèrent tro}> haut toute leur iiulii^nation, el leurs paroles, coli^jrtées par hi maU'eilIaiiee, étaient représentées comme les symptiuiies aNant-coureiirs de ipiekpie trame réactionnaire, llnei^arde com-

maiulee par un uuc Ue nriss.:c semlMail aux

Hr

.lacol

^ms une ciios'

intolérahle. Ils n'eurent plus ipTune idée, la chasser des luiie-

ncs, (Hi sa présence leur se

mhlait

assurer ce dont ils avaient le

plus liorrcur: Tordre! Axec la i^arde constitutionnelle, un 'jo.Iui

n eut jvis ete possihle, et, des le mois de mai, le 20 Juin était en

préparation. Les or^^amsateurs a\a!eiU deja leur plan tout fait. Ils lancèrent hahilement dans le pul^lic la nouvelle d'un '•oidisant complot, de je ne sais ^pielle Saintdiartlielemy machinée dans l'ombre contre les patriotes. A les entendre, l'iAole militaire était le centre de la cons|>iration. l ,à était cache, disaient-ils, le drapeau hlanc qui serait le si^ne de ralliement des massacreurs. Lemairede Paris, Petioii, sous pi'etexte de pré\ emr des trouhles, ensoya des mimici|\iu\ qui procédèrent à des perquisitions. Ils ne purent mettre la main sur le drapeau blanc, qui faisait l'objet de leur recherche; mais ils lrou\èrent d hymnes, des chansons monarchiques, des écrits couire-révoluti(Minaires.

Un incident malheureux \'int encor

es

La lameiise comte

s se

e ruimneiiîer les soupçons, de l.a .Motte venait de hiire impriim-r à Londres de nouseaux mémoires sur l'aHiure du collier. La reine, pour éviter le scandale, avait fait acheter toute redition par Laporte, l'intendant de la liste civile, et celui-ci avait fait brùler tous les exemplaires à la manufacture de Sèvres. Le comité de surveillance sut, le soir même, que Laporte s'était rendu à

I ICI-NCIl-MI.N r DK I A (.\1M>K CON STI Tlî 1 I < ) N Ni: 1. l.i:

exres a\ec

trop

personnes inconnues, et qu'on y avait livré aux llanuiies, en sa présence, trente balles de pajtier. On parlait eaucoup en ce moment ^Vwn prétendu comité autrichien, où

s élaborait, disait-on, tout un plan de restauration autoritaire, a\ec le concours de rélran^er. On s'écria que les papiers brûlés à la manulactui-e étaient les archixes de ce comité, dont l'ima'M-

nation populaire se préoccupait si vivement. Les dénonciations [^!eu\aient. On manda Laporte et plusieurs autres [u-rsoiines à la

barre du comité de surveilla

ncc

ion déclara ipie le peuple

était environne de C(^mplots. I^a/ire demanda le licenciement de I;

arde du roi, qui était, se d

Ion lui, composée de domestiques

cl emiLirés, de prêtres réfractaires. On prétendait c]ue les soldats, qui avaient reçu du duc de I^rissac des sabres, dont la j^oii^née représentait un coq surmonté d'une couronne royale, parlaient

dans leur caser

ne, en termes injurieux, de l'Assemblée et de la

nation. Us se rejouissaient, disait-on, des échecs que venaient de subir les troupes trançaises à la frontière du Nord, el l'on ajoutait qu'ils avaiein rintention de se porter a vi;i,-t lieues audevant des Autrichiens avec' un drapeau blanc. Les masses, toujours si laciles à tromper, étaient convaincues que la conspiration allait étiater.

L'Assemblée nationale se saisit de In question. Ln orai^eiix débat s'eni;ai;ea dans la séance de nuit du '() mai. « Oiie dexien-

drail la liberté individuelle des citoyen

s, s"ccria .\L l)a\erhout(

SI le

parti doiumant pouvait, en alle-uant de simples suspicions,

qui lui déplairaient, et si les dif-

décréter d iiccusation tous ceux

terents partis, se dominant tour a tour, renversaient successivement, par le moyen de ce dioii illimité d'accusation, et les ministres et tous les tonctionnaues, i>ai- le torrent de leurs intrii;ues ?

\'oU

S Verne/ alors les pro criptioiis des .Marins et des Sylla

C'est \'eri

en elle

•^e qu on allait \oir dans wn .avenir piochain. uid rejMJiulit en é\-o.piant le souvemr des -ardes préto-

riens de (:ali;',ula et de Néron. A la suite de son d

iscours.

As-

semblée rendit le décret suivant

Art

icle premier

La t:arcie

MMNÉHHM

mmÊSSSm

H MARIi: AN TOINE'l 11': l". I I.'AfiONIK Dl'- lA 1^'OVAUTK

sf

)ldcc actuelle Jii roi est licencié'e, et sera sans délai renouvelée

contorniénient aux lois. Art,

Jusqu'à la formation de la

nouve

lie uarde du roi, la iiarde nationale de l'aris fera le ser-

vice auprès de sa personne, ainsi et de même manière qu'i

faisait avant rétablissement de la i^arde du roi. > On discuta

en

suite au sujet de la mise en ace

usât ion de iirissac. La lutte

en

tre 1

i ;:auc

he et la droite fut d\\nc vivacité inouïe, in des

membres les plus hardis delà droite, M. Calvet, donna un libre coursa son indignation. «Le délateur, dit-il, est un scélérat qui enfonce le poignard, et qui ne se montre pas, et Ton n'a connu à Home les délateurs c|ue dans les temps de Sejan et de 'libère, temps, messieurs, que vous me rappelez souvent. » La franche riposta par des cris furieux:* A l'Abbaye ! à TAbbaye ! > — < .le demande, dittuiadet, que i\L Calvel soit envoyé à l'Abbaye pour trois jours, pour avoir osé dire que les représentants du peuple français lui rappelaient les Tibère et les Séjan de Hoirie. » L'Assemblée adopta la motion de ( iuadet, et décida que iM. (>alvet ferait trois jours de prison. M. de Jaucourt menaça (duibot de lui donner cent coups de bâton, et (Ihabot, ce capucin qui avait jeté le froc aux orties, s en expliqua à la tribune. < J'ai cru, dit-il, qu'il était bien lâche, de la part d'un colonel, de proposer des coups de canne à un capucin. > L'Assemblée, après avoir jxissé à l'ordre du jour sur l'incident de l'ancien moine, décréta « qu'il y avait lieu à accusation contre M. (]ossé, dit iirissac, et que les scellés seraient mis à l'instant sur ses jtapiers ».

Le roi et la reine, réveillés au milieu de la nuit par la nouvelle de ce décret, en^'aL'èrent Brissac à fuir, et lui en donnèrent le

lieu d

e songer à sa sûreté, il écrivit

oyen. Le duc refusa, et, au

ne lonf^uc lettre à M"" du Ikirry. Louis XVI voulut d'abord opposer son j'do au décret, ce qui était son devoir. Ses ministres l'en dissuadèrent. Ils évoquèrent le souvenir des journées d'Octobre, et le faible monarque, intimidé, sinon po

►ur lui, du

lon-

oins pour .sa famille, tit le sacrifice de sa f^arde constituti iielle, et du brave serviteur qui la commandait. Parlant à un des

I ici.Ncii \i i.NT ni: lA (.Ain)i; constitutionn i:i.ii': k,')

'lUilshommcs ordinaires (\c la chambre du roi, M. d'Aubier

ibl

le di

« .le tremt^le, dit la reine, que la f;arcie du roi ne croie 1 lionneur du corpscomj^romis jtar son désarmement. - - Sans doute, madame, ce corps eût prétéré mourir aux pieds de Vos Majestés. —

()ui, reprit l.i reine, mais le peu de partisans que conserve

le r(

dans r.Assemblée conseillent de sanctionner le décret de licenliemeiit; ne pas suivre leur avis, c'est risquer de les éloif;ner de nous, > La reine parlait encore qu'un homme se présenta en leif;nant de demander l'aumône. < Vous le vove/., dit-elle à à \\. d'Aubier, il n'est ni lieu ni moment où je jouisse être à l'abri

les espions. »

ai ■Je i oiis

ni

ilaire, cuIfc

litulionnelle retourna. {M'isonnière, à l'i^colc e double haie de uarvies nationaux, et on lui

ht rendre ses .inneN. Une soile de lalalité conduisait Louis X\'I

a se désarmer lui-nieme, a eiic louer ses canons, a c

lecl

urer ses

dr.ipeaux, a démanteler ses lorteresscs. lin roulant sur la jKMitc t.itale des concessions, il linissait par perdre jusqu'à sa dignité d'hoiimu- et de roi. il était par. lUse, anéanti par l'Assemblée, qui le traitait en wiincu, en ola^e, et qui friippait tour i» tour les derniers délenseiirs de la monarehie et de l'ordre |niblic. Le sort

Je I,

I Liarde constitutionnelle décourage, i bien c

.les 1

lonnetes ueiis,

pu ne demandaient qii a se devouei

Mai

s comment rester

lideles à un i

hef

pu s ahaiulonnait lui-nieme, et qui ressem

blait

a une \ u lime plus qu a un n »!

l'uil

e!"ies, les royalistes jtiaienl les

■se sentant j^oint soutenusaux \eiix de l'autre c«')té des fron-

tières, et bien des i;ens qui se seraient f^roiipes autour d un monarque eiierf^ique, fuyaient l<»in d'un roi laible, et alhiient

tristement ■•]' issii- les ran:'s il

eini.;i"ation

ouïs

malme les (.oiiNeils vie

umourie/, ne voi

dut

XI s

User de la laculte qui lui l'tait laissée de se former une :;arde nouvelle. Il aima niieiix se livrer aux gardes nationaux, qui étaient pour lui des f;e(")liers, plutôt que des serviteurs. (^)uant au

le I

iissac, < 'U ne prit jms même la peine de lui faire subir

un interrogatoire, et ou I envoya devant la haute cour d

"Or

eaiis,

3oo MARIE-ANTOINF/ITE ET L'AGONIE DE LA ROYAUTÉ

Lorsqu'il fit ses adieux à Louis XVI, le roi lui dit : « Vous allez en prison; je serais bien plus alHigé, si vous nj m'y laissiez moimême. > Quel sera le sort du vaillant et dévoué serviteur, ainsi sacrifié par la faiblesse inexcusable de son maître! 11 ne sortira des cachots d'Orléans que pour être transféré par les Marseillais à Versailles, où, le 9 septembre 1792, il sera assailli par une troupe de furieux, qui investiront les voitures où étaient les prisonniers. Le courageux vieillard résistera longtemps aux assassins; mais, après avoir eu deux doigts coupés, après avoir reçu plusieurs autres blessures, il sera tué d'un coup de sabre, qui lui fracassera la mâchoire, et sa tète sera plantée au bout d'une des piques de la grille du château.

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