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LES ANGOISSES DE LOUIS XVI

Mécontent des hommes et des choses, mécontent des autres et de lui-même, Louis XVl avait Tesprit et le cœur dcchirés par des tortures morales qui ne lui laissaient plus de repos. 11 commençait à rougir des concessions qu'il avait faites, et à se repentir d'avoir obéi à des conseils pusillaPiioics. Pourquoi n'aNait-il point su être roi ? Pourquoi, dès le début de la Rc\olution, navait-il placé à Paris que des garnisons insuflisantes ? Pourquoi avaitil laissé prendre la Bastille, encouragé Témigration, licencié ses gardes du corps? Pourquoi ne s'etait-il pas opposé aux premières persécutions contre ri^glisc : Pourquoi avait-il fait semblant d'approuver des actes et des idéjs dont il avait horreur: Pourquoi, jetant le doute, le désespoir dans lame de ses serviteurs les plus dévoues, avait-il fait planer sur son caractère, sur sa politique, des équivoques déplorables ? Ces penséeslà venaient l'assaillir comme autant de remords. Le sentiment monarchique et l'honneur militaire se réveillant en lui, il sondait avec amertume toute la profondeur de Tabîme dans lequel son irrésolution l'avait précipite. En voyant ce qu'il était, il se rappelait douloureusement ce qu'il avait été, et constatait par la plus cruelle expérience ce que la faiblesse avait pu faire d'un roi

3o2 MARIE-AN iOINKTTK ET L'AGONIE DE LA ROYAUTÉ

Très Chrùticn, d'un lilsaînc de rftglisLsd'uii héritier de Louis XIV. Il sont^eail à tant de braves ^ens victimes de ses fautes politiques, obli^^és, à cause de lui, de suhir la ruine, l'exil ; à tant de royalistes

lidùres,'inciuiccs, a caii.c Je lui, de la prison et du supplice. Il son-eait aux crimes qui se rciiouvclaiciU sans cesse, aux massacres de la (ilaciere, à riminmitc de .Inurdan coupe-tetes, a 1 uicarceralinii de Brissac. Voilà ce quecesl, se disail-il en lui-même, que d'avoir laissé persécuter la reli:;ion, d'avoir cru que, Tautel une lois ébranle, le troue pourrait rester snlide. l'A il se reprochait amèrement d'avoir sanctioiuié, à la Un de lycjo, bor^^anisalion civile du cleri^e, et de s'être amsi attuv la censure du souverain pontife. 11 voulait en (inir avec les concessions, mais il comprenait parfaitement que c'était bien tard pour résister, et qu'a mouis de circonstances imprévues et uiesperees il était irrévocablement

perdu.

(^ue faire": Par quel moyen remonter le courant? Où trouver un point d'appui quelconque: i-'allait-il essayer un coupde force? Si le malheureux roi était seul, il le tenterait peut-être. Mais il craignait, en ai^issant ainsi, de compromettre sa femme, ses

enfants.

L'Assemblée nationale, comme pour pousser à bout l'infortuné monarque, adoptait deux décrets qui le frappaient au ceiir. D'après le premier, vote le 19 mai, tout ecclésiastique ayant refusé le serment à la constitution civile du cierge pouvait être déporté, sur la simple demande de vingt citoyens du canton où il résidait. D'après lesecond, voté le 8 juin, un camp de 20,000 ledérés, recrutés dans tous les cantons du royaume, devait être rassemblé devant Paris, < pour ôter, était-il dit dans Tun des considérants, tout espoir aux ennemis de la chose publique qui trament des complots à Tintérieur. >

On avait trop compte sur la patience du roi. 11 ne pouvait se décider à sanctionner les deux décrets, à déporter des ecclésiastiques dont il honorait la conduite. Dumourie/,tout en le suppliant de céder, le rendait plus triste encore, en lui demandant

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