‹ Les dernières années de Marie-Antoinette [microform]Chapitre 55 sur 105 · F F. S ANGOISSES 1^ E FOUIS \VI · texte numérisé non relu

F F. S ANGOISSES 1^ E FOUIS \VI

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qu'elle était trahie dans son entourage, et la reine semblait convaincue. Quand il fut oblige de lui montrer à la pendule que Theure du conseil était sonnùe, elle le congédia de l'air le j^lus allable.

S'il faut en croire M"" Campan, qui, elle aussi, a raconté cette entrevue, l'impression de Marie-Antoinette n'aurait guère été bonne. < Un jour, dit M"'" Campan, je trouvai la reine extrêmement troublée ; elle me dit qu'elle ne savait plu.s ou elle en était; que les chefs des Jacobins se faisaient ollrir à elle par l'organe de Dumouriez, ou que Dumourie/, abandonnant le paru de^ Jacobins, était venu s'ollrir à elle; qu'elle lui avait donné une audience ; que, seul avec elle, il s'était jeté à ses pieds, et lui avait dit qu'il avait enfoncé le bonnet rouge jusque sur ses oreilles, mais qu il n'était ni ne pouvait être Jacobin ; qu'on avait laisse rouler la révolution jusqu'à cette canaille de desorganisateurs, qui, n'aspirant qu'après le pillage, était capable de tout, et pourrait donnera l'Assemblée une armée formidable, prèle à saper les restes d'un trône déjà trop ébranlé. En parlant avec une chaleur extrême, il s'était jeté sur la main delà reine, et la baisait avec transport, en criant : < Laissez-vous sauver. > La reine me dit que l'on ne pouvait croire aux protestations d'un traître; que toute sa conduite était si bien connue que le plus sage était sans contredit de ne point s'y her. »

Cependant, le péril croissait sans cesse. On ne fermait pas même les grilles des Tuileries. Les colporteurs d'écrits ignobles, de satires sanglantes contre la reine, débitaient leur marchandise infâme dans le jardin, jusque sous les fenêtres du château; et l'Assemblée nationale, qui siégeait à côte et qui entendait tout cela, l'Assemblée nationale, terrorisée par les Jacobins et par les hommes à pique, n'osait même pas blâmer de pareilles turpitudes. Le 4 juin, un député jusqu'alors inconnu, qui se nommait Ribes citait à la tribune ces titres d'articles du jcnirnal de Freron, rOrak'ur du Peuple : < Le porc-épic couronné, animal constitutionnel qui agit inconstitutionnellement. — Crimes de M. Capet depuis la Révolution.— Décréta rendre pour empêcher la reine découcher avec le roi. — La Tigresse royale séparée de son digne époux

pourser\ir d'otage. » «. Levez-vous donc ! s'écriait le député indigné. Il en est tcmp^ encore. Dites avec moi : « (jucrre aux traîtres 1 ju^nce des « factieux! > et la patrie est sauvée! » Kibcs prêchait dan.s le désert. L'Assemblée haussait les épaules, et le traitait de fou. I-^' 11 juin, un autre député, AL Delsaux, disait à la tribune : < Hier au soir, à sept heures et denne, je passais dans le^ Tuilerie^, jaj^erçus un orateur qui, monte sur une chaise, l\irlait avec beaucoup de \-ehemeiKe. Je me mêlai dans la foule, et j'entendis la lecture d'un libelle où l'on provoque hautement l'assassinat du roi. Ce libelle est intitulé : La cliulc de ridu/e des 1-iLineais. On y lit : « Ce monstre emploie ^on pouNoir et ses trésors à s'oj^poserà notre regénération. Nouveau (Jiarles IX, il veut porter à la I^-aiice la désolation et la mort. Va, cruel, tes lorlaits auront un terme. Damiens fut moins coupable. Il fut puni des plus horribles torture.-, j^our avoir voulu délivrer la lYance d'un monstre, lu toi, doiit l'attentat e.^t vingt-cinq millions de fois j^liis grand, (jii te laisse l'impunité. Mais tremble, tyran, il est parmi nous des Sc(evola. > L'Assemblée nationale écoutait, et ne prenait aucune mesure. Le desordre matériel et le désordre moral ne connaissaient j^lus de frein. L'anarchie avait je ne sais quoi de féroce et d'epileptiqLie. Jamais la presse n'avait été plus immonde et jMus forcenée. Celait comme un torrent de boue, de sang et de hel. On reculait les bornes derinvecti\e et de l'outrage. « Vous me voyez désolée, dirait la reine à Dumouriez, devant Louis X\'I, je n'ose pas me mettre à la tenétre du côté du jardin. Hier au soir, pour prendre l'air, je me suis montrée à la fenêtre du cote de la cour. Un canonnier de garde m'a apostrophée d'une manière gro^^iêre, en ajoutant : < (^ue j'aurais de plaisir à avoir ta tète au bout de ma baïonnette ! » Dans cet affreux jardin, d'un C(")ie on voit un homme, monté sur une chaise, lisant à haute voix des horreurs C(3ntre nous; d'un autre, c'est un militaire ou un abbé qu'on traîne dans un bassin, en l'accablant d'injures et de coups; pendant ce temp.^-là, d'autres jouent au ball(;n, ou se pr(^mênent tranquillement. Ah ! quel séjour ! quel jvuple ! »

LA i)i:srri'urioN i)i: uoland

La discorde était dans le ministère comme partout. Au début, L's ministres avaient semblé d'accord. Ils dînaient les uns chez les autres, les jours où il y avait eu conseil, c'est-à-dire quatre fois par semaine, ('/était le vendredi que Koland recevait ses collègues à sa table, où sa femme trônait et pérorait. « Ces dîners, a dit Ktiennc Dumont, étaient souvent remarquables par cette gaieté dY^sprit qu'aucune situation n'ôle aux l^'rançais, quand ils sont réunis en société, et qui était naturelle à des hommes contents d'eux et jlattes de leur élévation. Le présent leur cachait l'avenir. On oubliait les soucis du ministère. On s'arrangeait dans ses hôtels, comme pour y demeurer toujours. > Oette espèce de lune de miel politique ne devait pas durer longtemps, l^ientôt tout se gâta. Dumouriez se fatigua très vile des prétentions de M'"" Koland, qui voulait tout savoir, tout voir, tout diriger; et il s'obstinait à ne pas se laisser transformer en un mannequin, dont cette (emme

et les (îirondins eussent tiré les ficelles. M Koland, qui se posait

en puritaine, (il faire des remontrance^ à Dumouriez, au sujet datlaires plus ou moins véreuses, dont lV)nne Carère, directeur aux allaires étrangère-., aurait été le négociateur, cl qui auraient lait gagner une forte somme à M"" d^: Ik-auverl. Lafemmj du ministre

3io MA RIE- AN TOI NETTE ET L'AGONIE DE LA ROYAUTÉ

LA DESTLrrTION DE ROLAND

de l'intérieur en voulait à cette favorite du ministre des alFaires étrangères. « C'était, dit-elle, la maîtresse de I^umouriez, vivant chez lui, où elle faisait les honneurs de sa table, au grand scandale des hommes sensés, des amis des mœurs et de la liberté. Car cette licence de la part d'un homme public, chargé d'affaires d'Iùat, marque trop bien le mépris des bienséances; et M'"' de Heauvert, sœur de Kivarol, très connu sous un mauvais jour, était environnée des suppôts de l'aristocratie, fort peu recommandables à tous égards. > Un soir, après dîner, Roland, <( avec la gravité de son âge et de son caractère >, comme dit sa femme, lit, au sujet de tout cela, une leçon de morale au ministre des allaires étrangères. Dumouriez répondit d'abord en plaisantant, puis témoigna de l'humeur, et parut mécontent de ses hôtes. Dès lors, il ne iit plus que de rares visites au ministère de l'intérieur. Réfléchissant sur cette conduite. M"" Roland dit à son mari : € Sans me connaître en intrigue, je crois que, dans les règles du monde, l'heure doit être venue de perdre Dumouriez, si l'on veut éviter d'être renversé par lui. Je sais bien que tu ne saurais t'abaisser à pareil jeu ; mais il est pourtant vrai que Dumouriez doit chercher à se défaire de ceux dont la censure l'a blessé. Quand on se mêle de prêcher, et qu'on l'a fait inutilement, il faut punir ou s'attendre à être molesté. >

A partir de ce moment, M"' Roland constitua dans le sein du ministère un groupe distinct, composé de son mari, de Clavière, de Servan, qui venait de remplacer de Grave comme ministre de la guerre. Tandis que Dumouriez, Lacoste et Duranton (celui que Louis XVI appelait le bon Duranton) se laissaient toucher par la bonté du roi, et voulaient sincèrement le sauver, leurs trois collègues, inspirés par la haineuse M"" Roland, n'avaient plus qu'une idée : le perdre. « Roland, Servan et Clavière, dit Dumouriez dans ses Mémoires, ne gardaient plus aucune mesure, non seulement avec leurs collègues, mais avec le roi lui-même. A chaque séance du conseil, ils abusaient de la douceur de ce prince, pour le mortifier et le tuer à coups d'épingle. >

Ce fut Servan qui proposa le camp de vingt mille fédérés autour de Paris. Dans sa pensée, ce devait être une sorte d'armée centrale de la Révolution, troupe analogue à cette armée du Parlement anglais aux ordres de Cromwell, qui avait mené Charles ï"" à l'échafaud. « Servan, homme très noir et très ennemi du roi, dit encore Dumouriez, imagina, sans consulter ses collègues, d'écrire au président de rAssemblée, pour lui proposer un décret afin de rassembler autour de Paris un camp de vingt mille hommes. C'était l'époque où la faction de la (îironde était dans toute sa force, ayant à ses ordres les Jacobins, maîtresse de Paris par Petion. ]-A\e voulait détruire peut-être à coups de sabre les I-^euillants, abattre la cour, et probablement commencer l'exécution de son projet républicain. Ainsi, c'est cette faction qui a amené à Paris ces fédérés qui ont fmi par la faire périr tout entière sur un échafaud, affres y avoir fait monter Louis XVI. > Dumouriez s'indigna que le ministre de la guerre eût pris sur lui de proposer un pareil décret, sans même en avoir prévenu le souverain. La dispute à ce sujet fut si vive que, sans la présence du roi, le conseil eût peuî-êire fmi d'une manière sanglante. Louis XVI, navré de tels scandales, résolut de renvoyer les trois ministres qui, au lieu d'être ses soutiens, n'étaient plus que des conspirateurs qui avaient juré sa ruine.

Les angoisses du malheureux monarque étaient arrivées à leur comble, (hiatre conseils se passèrent sans qu'il y apportât les décrets soumis à son examen. L'Assemblée nationale s'impatientait. Les Jacobins étaient frémissants. Enlin le roi se décida à s'occuper dans le conseil du décret relatif au camp des vingt mille fédérés. « Jj pense, dit Dimiouriez, que le décret est dangereux pour la nation, pour le roi, pour l'Assemblée nationale, et surtout pour ses auteurs, dont il sera le châtiment, et cependant mon avis est que vous ne pouvez pas, sire, le refuser. Il a été provoqué avec un'î malice profonde, il a été débattu avec acharnement, il a été décrète avec enthousiasme, tant le monde est aveuglé. Si vous y appliquez votre /v/o, il n'en aura pas moins lieu. » Les

3i2 MAIUI'-ANTOIN r. TTI': I". 1' I/A(iO\ir Di: I \ KOVAUTF^

LA DESTIirilON DF U'OIAND

hésitations de Louis XVI redoublaient. (^)uam au décret relatil aux prêtres, il déclara que jamais il ne consentirait à le sanctionner. (Test le seul jour où Duniourie/ ait vu « le caractère de cette âme douce un peu altéré >.

I\Midant ce temirs, M""" Koland, plus impétueuse, plus vindicative que jamais, écrivait la fameuse lettre, dont le prétendu auteur était son mari, et qui allait a\'oir pour la royauté le retentissement d'un iilas lunéhre.

« La lettre, a dit M Koland, lut tra

Le«

im trait, comme a

peu prés tout ce que je faisais de ce .^enre, car sentir la nécessité, la convenance d'une chose, concevoir son hon cllet, désirer de le produire et jeter au moule l'objet dont cet elfet devait résulter, n'étaient pour moi qu'une même o[KTation. > Cette lettre, véritable réquisitoire contre le roi, ressemblait bien plutôt au discours d'un clubiste ou à un article de journal qu'à l'épître d'un ministre

à son souverain. On

y trouvait les jMirases suivantes : « Sire.

l'état actuel de la !""rance ne peut subsister loni^temps; c'est un état de crise dont la violence atteint le j>lus haut déféré; il faut qu'il se termine par un éclat qui d«»it intéresser Votn; Majesté, autant qu'il importe à tout l'empire... Il n'est plus temps de re-

culer. La révolution est faite dans 1

es es

prit-

elle s

acl

lèvera

au pri.x du sani; et sera cimentée par le sani;, si la sa-esse ne pré-

vient pas des malheurs qu'il est encore possi

ble d

éviter... j'incore

quelque délai, et le peuple contristé verra dans son roi T. uni et le complice des conspirateurs. .Juste ciel ! aurie/.-voiis frappé d'aveuglement les puissances de la terre, et n'auront-elles jamais quedes

e sais une le

aniiaiie aus-

conseils qui entraînent à leur ruine ! .1 tère de la vérité est rarement accueilli prés du tr(')ne; jesaisaussi que c'est parce qu'il ne s'y fait presquejamais entendre queles révolutions deviennent nécessaires; je sais surtout que je dois le tenir à Votre Majesté, non seulement connue citoyen soumis aux lois, mais comme ministre honoré de sa confiance, ou revêtu des fondions qui la suj^posent >. La même lettre contenait Tapolo-ie des deux décrets et menaçait clairement Louis X\'I,

s il

pposait son l'cln^ des horreurs d'une f;uerre civile, qui dévelop-

perjut « cette somhre ener.^ie, mère u

es vertus e

es crimes,

toujours funeste à ceux qui l'ont [M'ovoquee ! > M'"" Roland n'annonçait elle pas ainsi les prochains massacres de septembre et les forfaits dont elle-même serait bientôt l'une des victimes les plus

ce le

bre

Koland envoya d'abord l;i lettre au roi, en lui promettant

inistre et le

qu'elle resterait éternellement ensevelie entre le souverain. Mais Koland, que sa vaniteuse femme engageait toujours au bruit et à Teclat, ne tint pas cette promesse. Au conseil

sui

\ant, le i i luin, il donna lecture de la lettre.

-e roi,

dit

Dumourie/, écouta avec une patience admirable cette impudente diatribe, etditavecle plus grand sang-froid : « Monsieur Koland, vous m'avez déjà envoyé Notre lettre; ainsi il était inutile de la lire au conseil, puisqu'elle devait rester un secret entre nous deux. > Le lendemain matin, i j juin, Dumourie/ fut appelé au château. 11 trousa le roi dans sa chambre en compagnie avec la reine. « Ooye/.vous, monsieur, lui dit Marie-.Antoinette, que le roi doive supporter plus longtemps les menaces et les insolences de Koland,

et les fourberies de Ser\an et de ("laviere

Non, madame, re-

prit-il

en suis m hgne ; | admire

i jxUience uu roi, e

ose le

supplier de changer entièrement son ministère, (hi'il nous renvoie sur-le-champ, et q\\"\\ choisisse des hommes qui ne soient censés d'aucun parti. — (!e n'est pas là mon intention, dit Louis XV\. Je veux que vous restiez, ainsi que Lacoste et le bonhomme Duranton. Kendcz-moi ce ser\ice de me débarrasser de ces trois factieux insolents., car ma patience est à bout. -

a chose est

dangereuse, sire, mais je rexéctiter.ù. > I)

umouriez mettait poui

conc

lit

ion à son maintien iiu ministère la sanction (.

les d

eux C

ié-

rets. Le soir même, il v eut encore conse

il des ministres. Koland

Servan et Claviere y lurent plus insolents et plus aigres que de )utume. Lou's XVI leva la séance a\ec un mélange de mécon-

tentement et de di:jnile

Le soir du même |our(i2 juin), à huit heures. M"" Koland

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