‹ Les dernières années de Marie-Antoinette [microform]Chapitre 57 sur 105 · UN MINLSTERE DE T !U) LS JOURS · texte numérisé non relu

UN MINLSTERE DE T !U) LS JOURS

lui. Mais dès qu'il a quitté l'Assemblée, ses ennemis, n'étant plus intimides par sa présence, redoublent leurs attaques. Trois ou quatre députés, sortant de la salle, vont à lui, et, fendant la presse, lui disent avec émotion : « Ils font le diable là-dedans ; ils voudraient bien vous envoyer à Orléans (c'est là où siège la haute cour et ou le duc de Brissac est incarcéré). — Tant mieux, reprend Dumouriez, j'y prendrai des bains et du petit lait, et je m'y reposerai. > Cette boutade fait sourire la foule, et le ministre, entrant dans le jardin des Tuileries, dit aux députés qui le suivent : « L'impression de mon mémoire est une maladresse de mes ennemis qui me ramènera tous les bons citoyens. A présent que vous êtes ivres et tous, vous venez d'élever aux nues une infâme perfidie de Roland. > 11 se rend ensuite au château. Louis XVI le complimente de sa fermeté, mais en même temps refuse d'une manière absolue de donner sa sanction au décret sur les prêtres.

La situation, loin de se détendre, s'aggrave. Pétion agite, par ses émissaires, le peuple des faubourgs. Le soir, Dumouriez écrit une lettre au roi pour lui annoncer qu'on redoute des rassemblements, une émeute. Louis XVI croit que c'est là un mensonge du ministre, et lui écrit : « Xe croyez pas, monsieur, qu'on parvienne à m'ellrayer par des menaces, mon parti est pris. > Tout le plan de Dimiouriez repose sur l'hypothèse de l'acceptation par le roi du décret relatif aux prêtres. Du moment où Louis XVI refuse de sanctionner ce décret, Dumouriez ne crcjit pas pouvoir rester au ministère. 11 écrit une nouvelle lettre, pour supplier le souverain de donner sa sanction, et lui annoncer qu'en cas de relus les ministres seront obligés de se retirer. Le lendemain, i5 juin, le roi les reçoit dans sa chambre. « Ltes-vous toujours, dit-il à Dumouriez, dans les mêmes sentiments de votre lettre d'hier au soir : — Oui, sire, si Votre Majesté ne se laisse pas toucher par notre tidélité et notre attachement. — Lh bien ! dit Louis XVI d'un air sombre, puisque votre parti est pris, j'accepte votre démission, j'y pourvoirai. > Dumouriez n'est plus ministre. Il se

3,8 MAlOi -ANTOINETTE ET l/AGONIE DE lA ROYAUTÉ

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représente dans ses Mciimircs c<m\\uc irùs atfc. le hn-mC'nuj < iiuii pas Je quitter une place dan^ereu.e et qm nr lui a procuré qu\ine existence penihle et ai^itée, mais Je voir loute^ ses peuies perdues et le roi livre à la fureur de crueN euiienus el à l'indiscrétion criininelle de laux amis. >

Au lond, Duniourie/. n'inspirait confiance à personne. 11 n'était d'aucun p.arli ; on ne lui savait aucune opinion. 11 setail appuyé sur les .Jacobins et sur la ( iironde, tout en inspirant aux I euillants certaines espérances, lai même temps, il avait Datte le roi, auquel il promettait monts et merveilles, l rop révolutionnaire pour les conservateurs et trop conservateur pour les révolutionnaires, il avait essayé un système de hascule qui iretail plus po.ssihle. I/oinion était indispensable. On ne pouvait pas plaire à la fois au.\ Jacobins et à la cour.

Cependant Dumourie/ avait encore en lui des ressources, et il est fâcheux, pour Louis XVI, de ne pas s'être mieux entendu avec cet homme d'action, qui aurait pu, mieux que personne, tenter un coup d'audace, et faire intervenir alors l'armée, comme elle devait intervenir quelques années plus tard. Dumourie/ aimait l'argent et les honneurs ; la royauté avait encore pour lui un faraud pre.sti.ge, el il s'était servi de la KevoluluMi comme d'un moyen, non comme d'un but.

Si Louis XVI avait eu Ihabilete de patienter encore quelques jours, peut-être serait-il venu à bout de dillicultés qui, -.i i^raves qu'elles fussent, n'étaient point absolument inextricables, il ne choisit pas adroitement l'heure de la résistance. C'était trop tard ou trop tôt. Le renvoi de Dumourie/ fut une faute. ( hiel moment choisissait Louis XVI pour se priver des ressources de son ministre? Le moment où, battu en brèche par les (uiondins, exaspéré de la conduite de Roland, déf^oûte des pro,L;rés de l'anarchie, Dumouriez allait être, par la force des choses, rejeté du coté des réactionnaires. Le camp de vin-t mille hommes, s'il avait été confié à des mains sures et si les fonds secrets avaient été utilement employés, pouvait devenir le noyau d'une résistance

UN MINISTÈRE DE ikOl.s .lolivS

monarchique, la l'ayelte e! se^ partisans devenaient conservaleuis. jjilre La l'a\elte el Dumourie/, l'accord n'était pas impossible. Louis X\ I se pressa trop. La révolle de sa conscience se produisit à un mausais moinenl. Pourquoi, s'il en voulait \enir à ce rc/o, si juste, si hoiinéle, mais si inlemj^eslif, avait-il tait, sans y être lorcé, tant de concessions, cpii de\enaient inexplicables? Lu rejetant les olJres de Dumourie/, la reine se pri\a peul-elre de runique apjnii qui lui restait encore. (?elui qui sauva la l'ranct', d.iiis les dehies de l'Argonne, eùl peutêtre, s'il aVviil obtenu la conliance entière de Louis X\'l et de Maiie-.Antoinelle, sau\e le roi et la ro\auté.

Dumourie/ eut avec Louis X\'I une dernière entrevue, le iS juin. Le roi le recul dans sa chambre. II avait repris son air de bonté, el quand l'ancien ministre lui eut reprêsenlé les comptes de la dernière quinzaine, il le felicilvt de la netteté de ce travail, luisuite, la conversation sui\ante s"en.;af;ea : < \'ous aile/ donc joindre l'armée de Luckner r — ()iii, sire, je cjuitle a\ec délices cette ail relise ville ; je nai cpiun regret : xous y êtes en dan:;er. — Oui, cerlamemenl. — I di bien! sire, nous ne pouvez plu.s imai'jnei- que je sous paile iv)ur quekiue intérêt personnel ; une lois eloifj,iie de \otie conseil, je ne vous approcheriii J^lus ; c'est par hdelilé, cest par rattachement le j^lus pur que j'ose encore une dernière lois vous suj^plier, pour l'amour de votre [Mine, jM)ui- Notre salui, pour celui de N'otre couronne, de votre auf^usle épouse, de nos intéressants entants, de ne pas j-iersister dans la luneste resolution d'a|q'>liquer Notre rc/o aux Jeux décrets, (x'tte obstination ne servira a rien, el vous nous perdrez. — Ne nreii |\ii le/ plus, mon |\u li csi pris. — Ali ! sire, vous m'avie/ dit la même chose lorsque, dans celle même chambre, devant la reine, vous me donnâtes Notre parole de les sanclionner. — .l'ai eu tort, el je m'en rcj^'iis. — Sire, je ne vous Nerriii plus ; pardonnez-moi ma franchise ; j'.ii cinquante-trois ans et de l'expérience, (?e n'est ["«as alors que vous aNe/ eu lorl, c'est à j^esent. On abuse votre conscience sur le décret des [^rêlres, on vous conduit à hi i^uerre

makii:-antoini:tti: v/v i AfîDNii: di-: i.a KOVA^Tl^

' lut,

civile, vous ctc> sans torcc, voii^ siiccombcrc/, ci l'histoire, tout

en vous plaii^nant, vous rcproLlicra d'avoir cause les malheurs

de la l'Yance. Je crains encore plus, pour vous, vos amis que vos

ennemis. — Dieu m'est témoin que je ue veux que le bonheur de

la l'Vance. — Je n'eu doule pas, sire; mais vous devez com[ne a

Dieu non seulement delà [nireté, mais aussi de l'usai^e éclairé de

vos intentions. Vous croyez sauver la relif^ion, vous la perdez.

Les prêtres seront massacrés, votre couronne vous sera enlevée.

I^eut-étre même vous, votre épouse, vo^ enfants... > L émotion

empêcha Dumouriez de continuer. Il avcUt des larmes dans les

yeux. 11 baisa respectueusement la main de Louis X\l, qui

pleurait aussi, et pendant un instant ils gardèrent tous deux le

silence. < Sire, reprit Dumouriez, si tous les i'rançais vous

connaissaient comme moi, tous nos maux seraient bientôt hnis.

Vous désirez le bonheur de la l''rance? bdi bien! il exi-e le

sacrifice de vos scrujniles... Vous êtes encore le maître de votre

sort. Votre âme est pure, croyez un homme e.xempt de passions

et de préju^^és, et qui vous a toujours dit la vérité. —Je m'attends

à la mort, répliqua tristement Louis XVI, l't je la leur pardoimc

d'avance. Je vous sais i^ré de votre sensibilité. Vous m'avez bien

servi ; je vous estime, et, s'il vient un temps plus heureux, je

vous en donnerai des j-)reuves. > A ces mots, le roi se leva,

pensif, et alla se placer à une fenêtre au bout de la chambre.

Dumouriez ramassa lentement ses papiers, pour se donner le

temps de composer son visai,^ ; il ne voulait j^as, au moment où

il sortirait, laisser apercevoir son tremble aux personnes qui

étaient à la porte. « Adieu lui dit le roi avec bonté, soyez

heureux ! »

Ln sortant, il rencontra son ami Laporte, l'intendant de la liste civile. 'l\)us deux, qui se voyaient aussi pour la dernière fois, s'enfermèrent alors dans une chambre. < 1 u m avais conseillé de demander ma retraite, dit Laporte ; j'en avais l'intention ; mais j'ai changé de résolution; mon maître est en danger, je partagerai son sort. — Si j'etaib attaché comme t(^i au

UN MINMS'IKRE H F TROIS JODKS

3ai

service j^ersonnel du roi, rej^rit Dumouriez, je penserais et j'agirais de même ; j'estime tnu dévouement, je t'en aime encore daviinlage ; chacun de nous est lidêle à sa manière : toi, à Louis; moi, au roi des i'rançais. l^uissions-nous un j(nir tous les deux nous leliciter avec lui de son bonheur ! > Puis les deux amis, après s'être embrassés en pleurant, se séparèrent.

Dumouiiez n'avait plus qu'une idée : fuir cette ville où il avait vu tant d'intrigues, subi tant de déceptions. Il emportait dans l'àme un grand fonds de mélancolie. Lui d'ordinaire si gai, si brillant, d'humeur si gauloise et si rabelaisienne, le pouvoir l'avait rendu triste. Sa vie ministérielle lui laissait une impression de répugnance, d'amertume. < 11 faut, a-t-il dit, ou un jxUriotisme à toute cpreuxe, ou une ambition insatiable, j^^our asj^irer, quelque j\irt que ce soit, à ces jMaces orageuses, environnées de pièges et de calomnies. On n'y découvre que troj^ que les hommes ne méritent pas la peine qu'on se donne jMjur les gouverner. > Le K^ juin, il écrivit à l'Assemblée pour demander l'autorisation de se rendre à l'armée du Nord. < J'ai trente-six ans de services tant militaires que diplomatiques et vingt-deux blessures, disait-il dans sa lettre ; j'envie le sort du vertueux (jouvion, et je m'estimerais très heureux si un boulet de canon pouvait réunir toutes les opinions sur mon compte. > 11 ne retourna plus ni au château, ni à l'Assemblée, ni dans aucun endroit où il aurait pu rencontrer des ministres, des députés ou des gens de la cour. Le 26 juin, il partit j^our l'armée, la regardant comme « le seul asile où un honnête homme pût encore être en sûreté. Au moins la mort s'y présentait sous l'aspect attrayant de la gloire >. 11 laissait dans la capitale « la consternation, la méliance, la haine, qui perçaient au travers de la frivolité des malheureux Parisiens >. Avec une intuition digne d'un homme de génie, il prévoyait le cercle vicieux dans lequel devait tourner l'histoire de France, et il devinait qu'allant à la licence, on retournerait fatalement à la servitude, parce « qu'il est impossible de soutenir la liberté avec ungouver-

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nement absurde, fonde sur la barbarie, la terreur et la subversion de tous les principes nécessaires au maintien des sociétés humaines >. Deux ans plus tard, en 1794, il écrira dans ses Mémoires : « Le serpent se reploiera sur lui-même. Sa queue, qui est l'anarchie, rentrera dans sa gueule, qui est le despotisme. >

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Dumouriez, en se retirant du ministère, a laissé à ses successeurs un fardeau beaucoup trop lourd pour leurs épaules et sous lequel ils succomberont. Les nouveaux ministres Lajard, Terrier de Montciel, Chambonas, sont des hommes à peu près inconnus n'appartenant à aucune opinion tranchée, qui ne résisteront pas à l'orage ; d'ailleurs, ils n'en ont pas le moyen. Le système politique en vigueur a livré Paris sans défense à la sédition. D'après les lois nouvelles, le pouvoir exécutif n a d'action directe dans aucune des communes de France pour y maintenir l'ordre public. Un ministre ou une administration départementale qui prendrait une mesure de police ou donnerait un commandant à la force armée serait en état de prévarication. La faculté de prévenir ou de réprimer le désordre est exclusivement attribuée à l'autorité municipale qui, à Paris, est ainsi composée : un maire, 16 administrateurs, un conseil municipal de 3-2 membres, un conseil général de (j6 notables, un procureur général et ses 2 substituts. Le conseil général comprend non seulement les 96 notables, mais le maire, les 16 administrateurs, les 3-2 conseillers municipaux, le procureur gênerai et ses 2 substituts. Ce corps de 148 membres est le redoutable pouvoir qui s'appelle la

Commune de l'aris. 11 ne se compose pas enliùrement de taclieux, et dans la yarde nationale il y a des bataillons pleins de dévouement pour la monarchie constitutionnelle. Mais le maire de Pans, c'est Pétion; le procureur général de la Commune, c"est Manuel ; le substitut de Manuel, c'est Danton. Les mouvements séditieux trouveront toujours dans ces trois honmies des inspirateurs, des

complices.

i;insurrectionest d'ailleurs organisée et embrigadée. Fdle a ses cadres, ses oftlcicrs, ses sergents, ses soldats, sa stratégie, ses plans de bataille. Les cabarets lui servent de corps de garde, les taubourgs de casernes, les bonnets rouges et les carmagnoles d'uniformes. Les agitateurs lui distribuent gratuitement le vin, labiére, l'eau-dc-vie. Les Jacobins et les Cordeliers n'ont qu'à donner un signal à l'émeute, et l'émeute sort de terre. La mine est chargée, ifne s'agit que d'y m.ettre le feu. Les Girondins sont d'accord avec les Jacobins. Lxaspéré. par le renvoi des trois ministres de cette opinion, ils veulent intimider la cour par un tumulte populaire et forcer ainsi le malheureux souverain à sanctionner les deux décrets sur la déportation des prêtres et sur le camp des vingt mille hommes. Déjà le peuple manifeste son agitation par des' menaces et des rumeurs étranges. Le.^ plus violentes motions se préparent au club des Jacobins : on veut établir une minorité en supposant dans le roi une aliénation mentale ; on veut renvoyer la reine en Autriche ; les plus modérés parlent de supprimer l'armée, de casser l'état-major de la garde nationale, d'enlever au roi le droit de veto, de faire nommer une Assemblée constituante. Les conciliabules révolutionnaires se multiplient à l'infini. La division de Paris en quarante-huit sections est un aliment perpétuel de désordre. L'assemblée de chaque section s'est transformée

en club.

Cependant, le parti modéré n'a plus d'espoir qu'en La Fayette. La Fayette est l'ami de la liberté, mais il est en même temps l'ami de l'ordre. Il se regarde comme le fondateur de la nouvelle monarchie, de la royauté consthutionnelle ; mais il sent que, par

cela même, il a des de\-oirs envers le roi. S'il méprise les réactionnaires qui font, plus ou moins haut, des vœux pour le succès de l'étranger, il n"a pa^ moins horreur des Jacobins, qui déshonorent et compromettent le régime nouveau. Tel est le double sentiment qu'il exprime dans une lettre qu'il adresse à l'Assemblée nationale. File est datée du camp retranché de Maubeuge, le 16 juin 1702, an quatrième de la Liberté. «. Pouvez-vous vous dissimuler, y est-il dit, qu'une faction, et, pour éviter les dénominations vagues, que la faction jacobine a causé tous les désordres ? C'est elle que j'en accuse hautement. Organisée comme un empire à part dans sa métropole et dans ses affiliations, aveuglément dirigée par quelques chefs ambitieux, cette secte forme une corjVM'ation distincte au milieu du peuple français, dont elle usurpe les pouvoirs en subjuguant ses représentants et ses mandataires. (]'est là que, dans des séances publiques, l'amour des lois se nomme aristocratie, et leur infraction patriotisme; là les assassins de Desilles reçoivent des triomphes: les cris de Jourdaii trouvent des panégyristes; là le récit de l'assassinat qui a souillé la ville de Metz vient encore d'exciter d'infernales acclamations. > Dans sa lettre, La Fayefe se met courageusement en scène : € Quant à nioi, messieurs, qui épousai la cause américaine au moment même où les ambassadeurs me déclarèrent qu'elle était perdue; qui, dès lors, me x"ouai à une persévérante défense de la liberté et de la souveraineté des peuples ; qui, le II juillet i78(), en présentant à ma patrie une déclaration des droits, osai lui dire : < P(jur qu'une nation soit libre, il suffit qu'elle veuille 1 être, > je viens aujourd'hui, plein de confiance dans la justice de notre cause, de mcj^ris pour ks lâches qui la désertent, et d'indignation contre les traîtres qui voudraient la souiller ; je viens déclarer que la nation française, si elle n'est pas la plus vile de riini\'crs, peut et doit résister à la conjuration des rois qu'on a coalisés contre elle. > l'.n même temps, le général fait l'éloge enthousiaste de ses soldats : < Ce n'est pas sans doute au milieu de ma brave armée que les senti-

mcnts timides sont permis. Patriotisme, énergie, discipline, patience, confiance mutuelle, toutes les vertus civiques et militaires, je les trouve ici. Ici les }^rincipes de liberté et d'éi^alite sont chéris, les lois respectées, la propriété sacrée ; ici Ton ne connaît ni les calomnies, ni les factions. >

Enveloppant dans une même accusation les révolutionnaires et les réactionnaires, La I ayette tait cette réllexion : < ()uelle remarjuahle conformité de Iant;ai;e, messieurs, entre les tactieux que l'aristocratie avoue, et ceu\ qui usurpent le nom des patriotes. Tous veulent renverser nos lois, se réjouissent des désordres, s'élèvent contre les autorités que le peuple a conférées, délestent la garde nationale, prêchent à Tarmée l'indiscipline, sèment tantôt la méfiance et le découragement. » La l-ayette conclut dans ces termes : « Que le pouvoir royal soit intact, car il est garanti par la Constitution; qu'il soit indépendant, car cette indépendance est un des ressorts de notre liberté; que le roi soit révéré, car il est investi de la majesté nationale; qu'il puisse choisir un ministère qui ne porte le joug d'aucune faction; que, s'il existe des conspirateurs, ils ne périssent que par le glaive des lois; eniin que le règne des clubs, anéanti par V(nis, iasse place au règne de la loi ; leurs maximes desorganisatrices, aux vrais principes de la liberté; leurs fureurs délirantes, au courage calme d'une nation qui connaît ses droits et qui les défend ! >

La lettre de La Fayette est lue à l'Assemblée nationale, dans la séance du icS juin. Les nobles pensées qu'elle exprime produisent d'abord une impression favorable. Des applaudissements nombreux retentissent. La (Gironde est un instant déconcertée ; mais elle se sent soutenue par les Jacobins qui garnissent les tribunes, et bientôt elle reprend l'ollensive. « Que sont les conseils d'un général d'armée, dit Vergniaud, si ce ne sont des lois ? > Guadet soutient que la lettre ne peut être qu'apocryphe. « Lorsque Cromwell, dit-il, tenait un tel langage, la liberté était perdue en Angleterre, et je ne puis me persuader que l'émule de Washington veuille imiter la conduite de ce protecteur. Nous n'avons plus de

Constitution, si un général peut nous donner des lois. » L'allusion àOomwcll vient de prodiure son ellet. La lettre, au lieu d'être imprimée et envoyée aux quatre-vingt-trois départements, est simplement soumise à l'examen d'une commission.

(]ej>endant, l'opinion jniblique s'est émue. Ln sentiment de réaction se manifeste contre les .lacobins. Le roi pourrait en profiter et s'appuyer utilement sur La layette, sur l'armée, sur la garde nationale. Mais pour cela, il faudrait patienter encore quelques jours. Louis \W\ se pressera trop. Sa résistance sera, comme ses concessions, maladroitCN et inopportunes. Sans avoir combiné ses moyens de défense, sans s'être concerté avec La l^'ayette, sans avoir aucunes troupes à ^a disposition, il appose son re/o, le i() juin, aux deux fameux décrets, et se jette ainsi tête baissée dans le piège qui lui est tendu. La Révolution, qui le guette, ne laisse point échapper sa proie, l'allé ne donne pas à La Fayette le temj^s d'arriver, et, sans perdre une minute, elle organise l'insurrection pour le lendemain. L'arbre royal a été si violemment secoué, qu'il ne faut plus, s'imagine-t-elle, qu'une dernière secousse pour l'abattre et le déraciner.

Dès le 16 juin, une demande a été adressée au conseil général de la Commune pour autoriser les citoyens du faubourg Saint- Antoine à se réunir en armes le 20 juin, jour anniversaire du serment du .leu de Paume, et à faire une pétition à l'Assemblée et au roi. Le conseil général de la (Commune a jxissé à Tordre du jour. Les pétitionnaires ont déclaré que, néanmoins, ils se réuniront. Le U), le Directoire du département, qui s'est, dans toutes les occasions, signalé contre les agitateurs, et qui est présidé par le duc de La Kochefoucauld, rend un arrêté qui détend tous les attroupements armés, et enjoint au commandant général et au maire de {^rendre les mesures nécessaires j^our les dissiper. Cet arrêt est signilié à l'Assemblée nationale par le ministre de l'intérieur, le K), dans la séance du soir.

< 11 est intéressant, dit un député, que l'yXssemblee connaisse les arrêts des corps administratifs, lorsqu'ils tendent à assurer la

tranquillité publique. Personne n'ignore que dans ce moment on agite le peuple. Personne n'ignore que le jour de demain est annoncé comme un jour orageux. > Vergniaud réplique: * J'ignore si demain doit être un jour de troubles, mais je ne conçois pas comment M. Becquet, qui est toujours si constitutionnel (on applaudit et on rit), comment M. Becquet, par un renversement de Tordre et des lois, veut que l'Assemblée nationale s'occupe des mesures de police. » Il est cependant donné lecture de Tarrété du Directoire. Mais TAssemblée, loin de l'encourager, n'y lait nulle attention et passe à l'ordre du jour. L^émeute n'a rien à craindre. Dans la même séance, une députation de citoyens de Marseille a été introduite à la barre de l'Assemblée. L'orateur de cette députation s'est exprimé ainsi : < La liberté française est en péril. Les hommes libres du Midi sont prêts à marcher pour la défendre. Le jour de la colère du peuple est enlin arrivé. Ce peuple, qu'on a toujours voulu égorger ou enchaîner, est las de parer des coups. 11 veut en porter et anéantir les conspirations. Il est temps que le peuple se lève. Ce lion généreux, mais courroucé, va sortir de son repos pour s'élancer sur la meute des conspirateurs. > Les tribunes applaudissent avec frénésie. L'orateur continue : < La force populaire fait votre force. Employez-la. Point de quartier, puisque vous n'en avez point à espérer. > Les applaudissements et les cris d'enthousiasme du public des tribunes redoublent. On demande l'envoi du discours aux quatre-vingt-trois départements de France. Un député, M. llouyer, a le courage de s'écrier : < Ce n'est pas avec des discours de factieux qu'il faut instruire les départements. > Un autre député, M. Lecointre- Puyravaux, répond : € Est-il donc étonnant que des hommes nés sous un ciel brûlant aient une imagination plus ardente et un patriotisme plus énergique ? > On vote sur la question de savoir si, oui ou non, le discours des Marseillais sera envoyé aux quatrevingt-trois départements. Le président et les secrétaires déclarent que l'Assemblée s'est prononcée pour la négative. Cela ne fait point l'affaire du public des tribunes. On hurle, on vocifère. On prétend

que l'cprcuve est douteuse. On réclame l'appel nominal. Cette demande fait trembler ceux des députés qui n'osent jamais regarder la Révolution en face. On procède à une contre-épreuve. Et cette foi, l'envoi du discours aux quatre-vingt-trois départements est décrété. Avec une Assemblée pareille, pourquoi l'insurrection hésiterait-elle ?

Les émeutiers du lendemain ont eu un moment d'indécision. L'arrêté du Directoire les avait un peu intimidés. Mais le député Chabot, si célèbre par ses violences au club des Jacobins, s'est empressé de les rassurer. < Demain, leur a-t-il dit, vous serez reçus à bras ouverts par l'Assemblée nationale. On compte sur vous. * Le faubourg Saint-Antoine s'agite. Condorcet dit, en parlant des inquiétudes que les ministres expriment : « N'est-il pas plaisant de voir le pouvoir exécutif demander des moyens d'action aux législateurs 1 Qu'il se sauve lui-même, c'est son métier. > Cette décision ne fait-elle pas penser à l'Évangile de la Passion du Christ ? < Ceux qui passaient par là le chargeaient d'injures, en secouant la tête. Eh bien ! disaient-ils, toi qui détruis le temple de Dieu, et qui le rebâtis en trois jours, que ne te sauves-tu toi-même ? Si tu es le fils de Dieu, descends de la croix. Les princes des prêtres se moquaient de lui, avec les docteurs de la lui : et les sénateurs disaient : 11 a sauvé les autres et il ne peut se sauver lui-même ? S'il est le roi d'Lraél, qu'il descende maintenant de la croix, nous allons croire en lui. » Et le roi Très Chrétien est traité comme le divin maître. Pétion, le maire de Paris, va jouer le nMe de Ponce-Pilate. 11 se lave les mains de tout ce qui arrivera. Il ordonne aux bataillons de la garde nationale de se trouver le lendemain sous les armes, non point pour s'opposer à la marche des colonnes du peuple, mais pour fraterniser avec les pétitionnaires, et pour faire cortège à riuNurrection. Cette mesure équivoque le mettra en règle, il le croit, avec le Directoire du département et avec la populace. A l'un il dit : Je veille, et à l'autre : Je suis avec vous. Les émeutiers comptent sur Pétion, comme l'anarchie sur la faiblesse. C'est

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bien là le magistrat qu il faut pour les coups d'État des faubourgs. Un dernier conciliabule a lieu dans la nuit du 19 au 20 juin, chez le brasseur Santerre, le chef de bataillon de la garde nationale du faubourg Saint-Antoine. (3n se sépare à minuit. Tout est prêt. Les chefs de Tinsurrection se rendent chacun à leur poste. Ils réveillent les affidés, ils les distribuent par petits groupes, pour recueillir et pour masser la population ouvrière, à mesure que, le matin, elle sortira de ses demeures. Santerre a déclaré que la garde nationale ne ferait aucune opposition aux émeutiers. € Soyez tranquilles, a-t-il dit aux conjurés, Pétion sera là. > Louis XVI ne se dissimule plus le danger. < Qui sait, dit-il, dans la nuit, à M. de Malesherbes, avec un mélancolique sourire, qui sait si je verrai coucher le soleil de demain : »

xir

C'est le mercredi, 20 juin 1792, le jour anniversaire du serment du Jeu de Paume. Le mot d'ordre est donné. Les faubourgs se rassemblent. Il est cinq heures du matin. Santerre, à cheval, est sur la place de la Bastille, à la tête d'un état-major populaire. L'armcc de lémeute se forme peu à peu. Elle montre d'abord quelque inquiétude. L'arrêté du département qui prohibe les rassemblements en armes a été affiché, et il fait un peu réfléchir les timides. Mais Santerre les rassure. Il leur déclare que la garde nationale n'aura pas l'ordre de s'opposer à leur marche, et qu'on peut être sûr de la complicité de Pétion.

Quand on se met en marche pour se rendre à l'Assemblée nationale, on n'est guère plus de quinze cents. Mais la petite troupe grossit à mesure qu'elle avance. L'itinéraire est la rue Saint-Antoine, les rue de la Verrerie, des Lombards, de la Ferronnerie, la rue Saint-Honoré. Des sapeurs ouvrent le cortège. Vient ensuite un grand peuplier couché sur une voiture. C'est l'arbre de la Liberté. Au dire des uns, on le plantera dans la coui du Manège, en face de l'Assemblée ; au dire des autres, sur la terrasse des Tuileries, devant la grande porte du château. Une musique militaire joue le Ça ira. La troupe insurrectionnelle

le chante en chœur. Point d'obstacle à sa marche. Le torrent grossit sans cesse. Les curieux se mêlent aux bandits. Il y a des hommes en uniforme, et d'autres couverts de haillons, des invalides, des soldats, des gardes nationaux, des ouvriers, des mendiants. Les filles publiques, en robes de soie souillées de boue, se joignent aux contingents des ateliers, des mansardes, des galetas, des repaires de voleurs, et les bardes de chiffonniers aux assommeurs des abattoirs. Piques, lances, broches de cuisine, marteaux de maçons, leviers de paveurs, ustensiles de ménage, l'armement est la bizarrerie même.

Il est midi. La séance de l'Assemblée vient d'être ouverte. A cette heure, le rassemblement, composé d'environ vingt mille individus, débouche dans la rue Saint-Honoré. Le Directoire du Département de Paris demande à être admis à la barre pour un objet pressant, et le procureur général syndic, Rœderer, prend la parole. Ne s'inquiétant ni des murmures des tribunes, ni de rimprobation d'une partie de l'Assemblée, ni des clameurs qui, le soir, s'élèveront contre lui aux Jacobins et aux Cordeliers, il annonce courageusement ce qui se passe. Il rappelle la loi, les arrêtés de la Commune et du Département qui interdisent les rassemblements armés. Il ajoute que, sans de telles prohibitions, ni les autorités, ni les particuliers ne seraient assurés de leur existence. « Nous demandons, s'écrie-t-il, à être chargés de toute notre responsabilité ; nous demandons que rien ne diminue l'obligation où nous sommes de mourir pour le maintien de la tranquillité publique. >

'Veri^niaud monte à la tribune. 11 avoue que l'Assemblée a tort en principe d'admettre dans son sein des rassemblements armés, mais il déclare qu'il regarde comme impossible de refuser à celui qui se présente une permission accordée à tant d autres. Il croit d'ailleurs que la dispersion ne pourrait avoir lieu que par la publication de la loi martiale et par un renouvellement du massacre du Champ-de-xMars. « Ce serait, dit-il, faire injure aux citoyens qui demandent en ce moment à vous présenter leurs

hommages que de leur supposer de mauvaises intentions... Le rassemblement ne prétend sans doute pas accompagner les citoyens qui se proposent de présenter une pétition au roi. Cependant je demande par précaution que soixante membres de l'Assemblée soient chargés de se rendre près de la personne du roi, et de rester près de lui, jusqu'à ce que le rassemblement soit dissipé. >

La discussion continue. M. Ramond prend la parole après "Vergniaud. Que va-t-il se passer: Que fera la colonne insurrectionnelle r Jetons un coup d'cL-il sur la topographie de l'Assemblée et de ses en^■irons. La salle des séances est le Manège, qui touche à la terrasse des I-\'uillants, et qui est situé sur l'emplacement où sera tracée plus tard la rue de Rivoli, à peu près à l'angle de la future rue de Castiglione. C'est un bâtiment d'environ cent cinquante pieds de longueur. Devant est une cour longue et étroite, qui commence à peu près à la rue du Dauphin. On entre par cette cour, que sépare de la terrasse des Feuillants un mur (qui sera plus tard remplacé par une grille). On entre aussi, à l'autre extrémité, à l'endroit où sera placé plus tard le perron regardant la place \'endôme. Du coté de la cour du Manège, on peut arriver en voiture. De l'autre coté, on ne peut venir qu'à pied, en prenant l'étroit couloir des Feuillants, qui part de la rue Saint-Honoré, en face de la place Vendôme, et qui conduit jusqu'au jardin des l^uileries. Ce passage borde à droite le couvent des Capucins. A gauche est situé le Manège, presque à l'endroit où le passage débouche dans le jardin des Tuileries, par une porte qui vient d'être fermée, et devant laquelle a été braqué un canon et a été placé un bataillon de garde nationale.

Arrivé rue Saint-Honore, à la hauteur des Tuileries, le rassemblement a bien pris garde de ne pas s'engager dans la cour du Manège, où il pourrait être arrêté et désarmé. 11 a préféré suivre la rue Saint-Honore, et prendre le couloir qui, de là, conduit jusqu à l'Assemblée et jusqu'à la terrasse des Feuillants. Trois othciers municipaux, qui se sont rendus dans le jardin âes

Tuileries, ont été, par ce couloir, au-devant du rassemblement, et ont rencontre la tète de la colonne à la porte de TAssemblée^ au moment où M. Ramond est à la tribune, discutant la proposition de Vcrgniaud. Tandis que la tête de la colonne attend l'issue de la discussion, la file avance toujours. L'encombrement devient extrême. On est ^iirle point d'étouffer. Une partie du rassemblement se soustrait à la presse, et se jette dans le jardin du couvent des Capucins, où, pour passer le temps, elle s'amuse à planter Tarbre de la liberté, dans cette terre classique de la fainéantise et de Tii^norancc monacales, comme on dit alors. L'autre partie, celle qui est devant la porte et la grille de la terrasse des Feuillants, s'exaspère. L'aspect du canon pointé devant cette grille et des baïonnettes qui reluisent la met en fureur.

Sur ces entrefaites, une lettre de Santerre parvient au président de l'Assemblée nationale. < Messieurs, dit-il, je reçois une lettre de M. le Commandant de la garde nationale, qui m'annonce que le rassemblement est de huit mille hommes, et qu'il demande à être admis à la barre. > — « Puisqu'ils sont huit mille, s'écrie un député, et que nous sommes seulement sept cent quarante-cinq, je propose que nous levions la séance et que nous nous en allions. > La lettre de Santerre est ainsi conçue : < Monsieur le Président, les habitants du faubourg Saint-Antoine célèbrent aujourd'hui l'anniversaire du serment du Jeu de Paume. On les a calomniés devant vous ; ils demandent à être admis à la barre ; ils confondront une seconde fois leurs lâches détracteurs, et ils prouveront qu'ils sont toujours les hommes du 14 Juillet. > Une grande partie de l'Assemblée applaudit. De l'autre côté s'élèvent des murmures. M. Ramond reprend son discours : « Huit mille hommes, dit-on, attendent votre décision. Vous la devez à vingt-cinq millions d'autres hommes, qui ne l'attendent pas avec moins d'intérêt... Cènes, je ne craindrai jamais de voir les citoyens de Paris au milieu de nous, ou le peuple français tout entier autour de nous. Nul ne voit avec plus de plaisir que moi l'appareil des armes qui sont l'etfroi des ennemis de la liberté ; mais la loi et les

autorités ont parlé. Que les pétitionnaires déposent donc à rentrée du sanctuaire les armes qu'il leur est défendu d'y porter. "Vous devez l'exiger. Ils doivent obéir. >

M. Ramond ne se montra pas longtemps courageux. Passant à la proposition de Vergniaud sur l'envoi aux Tuileries de soixante membres de l'Assemblée : « .l'applaudis, ajoute-t-il, au motif qui a inspire la motion. Mais, convaincu qu'il ne peut y avoir de sujet de crainte pour personne au milieu des citoyens de Paris, je regarde cette proposition comme injurieuse pour eux. >

Cependant, le tumulte redouble à la porte; les pétitionnaires s'impatientent. Guadet prend la parole pour demander qu'ils entrent avec leurs armes. 11 est évident que la Gironde prend l'émeute sous son patronage. Après quelques débats aussi violents que confus, on décide que le président mettra aux voix cette question : Les pétitionnaires seront-ils admis à la barre r Et Ton ne statue pas encore sur cette autre : Les citoyens armés déiileront-ils devant l'Assemblée, après qu'elle les aura entendus ! La première question est résolue affirmativement. Les délégués du rassemblement sont admis à la barre. Ils font leur entrée dans la salle entre une heure et deux heures de l'après-midi.

Leur orateur est un nommé Huguenin qui, quelques semaines plus tard, présidera le conseil de la commune, pendant les massacres de Septembre. Dans un discours déclamatoire, il compile toutes les tirades, toutes les menaces, tous les outrages qui courent les rues. < Nous demandons, dit-il, que vous pénétriez la cause de l'inaction de nos armées. Si elle dérive du pouvoir exécutif, qu'il soit anéanti. Le sang des patriotes ne doit point couler pour satisfaire l'orgueil et l'ambition du perfide château des Tuileries. > Les tribunes applaudissent avec enthousiasme. L'orateur continue. < Nous nous plaignons des lenteurs de la haute cour nationale. Qu'attend-elle pour appesantir le glaive de la loi sur la tète des coupables ?... Les ennemis de la patrie s'imaginentils que les hommes du 14 Juillet soient endormis ? S'ils ont paru l'être, leur réveil ^era terrible... Il n'est plus temps de le dissi-

mulcr, l'heure est arrivée, le sang coulera, et l'arbre de la liberté que nous allons planter lleurira en paix. > Les applaudissements du public des tribunes redoublent. Huguenin s'exalte jusqu'à la fureur. « L'image de la patrie, s'écria-t-ii, est la seule divinité qu'il soit permis d'adorer. Cette divinité, si chère aux Français, trouverait-elle jusque dans son temple des rctractaires à son culte ? En existerait-il ? Qu'ils se nomment, les ami.s du pouvoir arbitraire ! qu'ils se fassent connaître ! leur place n'est point ici! Qu'ils purgent la terre de la liberté ! Qu'ils aillent à Coblentz rejoindre les émigrés! Là, leurs cœurs s'épanouiront, ils distilleront leurs venins, ils machineront, ils conspireront contre leur patrie. > L'orateur conclut en demandant que les citoyens en armes défilent devant l'Assemblée. C'est en vain que Stanislas de Girardin s'écrie : < Les lois n'existent donc plus ? > L'Assemblée capitule. Les citoyens armés sont introduits. Vingt mille hommes vont défiler dans la salle des séances. Une douzaine de musiciens ouvrent la marche, et s'arrête vis-à-vis du fauteuil du président. Puis on voit apparaître les deux chefs de la manifestation : Santerre, roi des halles, idole des faubourgs, et Saint-Huruge, le transfuge de l'aristocratie, le marquis démagogue; Saint- Huruge, enfermé à la Bastille pour ses dettes, ses scandales, et délivré par la Révolution; Saint-Huruge, l'homme à la haute stature, à la force d'Hercule, qui est l'émeutier par excellence, et dont la voix de Stentor domine les mugissements de la multitude. Le public des tribunes tressaille de joie; il trépigne en les apercevant tous deux, Santerre et Saint-Huruge, le sabre en main, les pistolets à la ceinture. La musique joue le Ça ira^ chant national des bonnets rouges. Est-ce une orgie, une scène de carnaval ? 'Voyez ces haillons, ces costumes bizarres, ces garçons bouchers qui brandissent leurs couteaux, ces femmes déguenillées, ces filles publiques qui sont ivres, qui dansent, qui vocifèrent ; respirez cette odeur de vin et d'eau-de-vie, regardez les enseignes, les bannières de l'insurrection, les trophées ambulants, la table de pierre où sont inscrits les Droits de l'Homme, les

cnteaux ou on ht : < A bas le Veto ! Le peuple e.t las de soufTrir • La hberte ou la mort ! Tremble, tyran ! > La potence ou est suspendue une poupée qui représente Marie-Antoinette; la cu-

otte en lambeaux surmontant la légende à la mode: < Mvent les Sans-Culottes ! >, le o.ur sanglant, plante au haut d'une pique, avec l'inscription : < Cœur d'aristocrate >. Le deiile u.i commence vers deux heures de l'après-midi, ne finira qu'un' nJu avant quatre heures. A ce moment, Santerre reparaît à la barre ou 11 dit : < Les citoyens du faubourg Saint-Antoine sont venus vous expnmer leurs vœux ardents pour le salut de la patrie Ils vous pnent d'agréer ce drapeau en reconnaissance de Tamitie gue vou. avev hen voulu leur témoigner. > Le présidem repond : < L Assemblée nationale reçoit votre oUVande; elle vous invite à commuer de n.archer sous l'égide de la loi, sauve:^arde de la patrie. > Lt, sans se préoccuper des dangers que va courir le roi Il levé la séance à quatre heures de l'après-midi.

.^{'''''"^"•' ^^" ^^''""'^ Les citoyens en armes remreront-ils paisiblement cheveux: Ou non contents de leur promenade à Assemblée, en feront-ils une autre au château des Tuileries > Quels sont les préparatifs qui ont ete laits pour la défense ! Dix bataillons garnissent la terrasse qui est en face du palais. Deux autres sont placés sur la terrasse du bord de l'eau, quatre du coté Ju Carrousel. 11 y a deux compagnies des gendarmes devant la Por e de la cour Royale; quatre sur la place Louis XVi pour garder le passage de rOrangerie, vis-à-vis la rue Saint-Florentin. 1 y aurait peut-être la des éléments sérieux de défense. Mais Louis X\ I est un souverain qui ne se d.knd pas. Deux officiers municipaux, MM. Boucher-Saint-Sauveur et Mouchet, viennent e se relire auprès de lui : . Mes collègues et moi, lai a dit AL Mouchet, avons remarque avec peine que les Tuileries avaient ete fermées à l'instant ou le cortège s'est présente. Le peuple comprime dans le passage des Feuillants, a témoigne d^aulani plus de mécontentement qu'il a vu. par leguichct, du monde dans le jaruin. Nous-mêmes, sire, avons été très aliectes de voir du

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