XIV
a ealerie c
leD
lane.
11 y a\ail dans l'intérieur du palais un bataillon, les deux ardes montante et descendante et deux com]\ii;nies de t;endar-
fl
342 MAIUK-ANTOINKTTK HT I.AOONIF. D!'. LA ROYAUTF:
nicric. Mais comme ces troupes ne recevaient aucun ordre, elles se sont débandées, on ont fraternisé avec les a^sailhints. l'omt d'obstacle ; point de résistance ; personne pour détendre les appartements. Les assaillante, qui ont porte à bras ime pièce de canon jusqu'au premier éta-e, pénétrent dans la salle des Cent- Suisses, dont les i^ortes ne sont ni barricadées, ni fermées. Ils entrent aussi tacilement dans la pièce suivante, la salle des (iardes. Mais lorsqu'ils veulent continuer leur marclie et entrer dans la troisième pièce, l'antichambre du Uoi ou (bjl-de-l'xL'ul, ils sont obliL;és de s'arrêter devant la porte de cette salle, qui est fermée à clef. Cet obstacle les exaspère. Dn des panneaux de la porte sera bientôt brisé.
(Kiand l'invasion a commencé, où était l.ouis XVI: 11 se tenait, avec sa famille, dans sa chambre à coucher, qui communique avec le grand cabinet, et qui a vue sur le jardin. M. Acloque, chef de la deuxième léi^ion de la i;arde nationale et royaliste iidèle, accourt par le petit escalier de la cour des Princes ju.squà la chambre du roi pour lui rendre comice de ce qui se passe. 11 trouve la porte fermée ; il frappe, il se nomme, demande avec instance qu'on le laisse entrer ; 011 ouvre. 11 conseille à Louis X\ 1 d'aller se montrer au peuple. Le roi, que nul péril n'a jamais ellrayé, n'hésite pas à suivre cet avis. La reine veut accomp.i^ner son époux ; mais on s'y oppose, et on Tentraîne de force dans la chambre du dauphin, qui est voisine de celle de Louis XVI. Plus heureuse que la reine, — ce sont ses propres expressions, — Madame Lli.sabeth ne trouve personne qui l'arrache d'auprès du roi. i'dle s'attache aux pans de l'habit de son frère. Kieii ne peut
l'en séparer.
Louis XVI passe dans le faraud cabinet, puis dans la chambre du Lit de parade, et il entre dans !'( bal-de-Pxeuf, ou bientôt il va recevoir la foule. 11 a auprès de lui en ce moment Madame Idisa. beth, trois ministres (MM. de Ueaulieu, de Lajard, Terrier de Montcieb, le vieux maréchal de Mouchy, le chevalier de Canolle, M. d'Hervilly, M. (iuinguerlet, lieulcnant-colonel de la gendar-
i.'iN\AsioN ors Ti' ni" RI F. s
mcrie à j^ied, et M. de X'ainlrais, autre ollicier de gendarmerie. (hielqiies grenadiers de la garde nationale arrivent ensuite, en passant par le grand cabinet et la chambre du Lit de parade. Le roi s'écrie: « A moi ! quatre grenadiers de la garde nationale! > [}n des grenadiers dit : « Sire, n'ayez jnis peur. > — « Je n'ai pas }UMir, ré[v)nd le roi, mette/ la main sur mon c^eur; il est pur et tranquille. > lu, prenant la main du grenadier, il l'appuie avec lorce sur sa poitrine. Le grenadier est un tailleur qui se nomme Jean Lalaniie. Plustard, sous la Terreur, par arrêt du i > messidor an 11, il sera condamne à mort, pour avoir, dira la sentence, € mamtesté le caractère d'un bas valet du tyran, en se vantant, dcN'aiit [plusieurs cito\ens, de ce qu.' Lapet lui a\ait pris la main, et, la portant sur son C(eur, lui avait dit: « Sentez, mon ami, s'il jxilpite, »
« .Messieurs, sauve/ le roi ' > s'écrie Madame LIisabeth. ('.'■pendant la toulc est toujours dans la salle voisine, la salle des (iardes. \\\\c Iraj-^pe à coups redoublés t.le hache et de crosse de iusil la pi>v\c qui donne de cette salle dans l'antichambre de Louis X\'l, ou (Lil-de-l'xeul . Louis XVI n'est donc plus séparé des assaillants que par une cloison. Il ordonne d'ouvrir. La toule se précipite. « .Mexoici, dit Louis X\'l a\ec calme; je ne me sLUs jamais éloigné de la (Constitution. »
« — (atoNcns, dit alors Acloque, reconnaisse/ votre roi, respecte/-le, la loi xous l'ordonne. Nous périrons tous }">lutôt que de souffrir qu'il lui soit porté la moindre atteinte. > \L de Canolle crie: « Vis'e la nation ' \'i\-e le roi ! > Ce cri n'est jv)int répété. On supplie .Madame Idis.ibeth de se retirer. « Je ne quitterai pas le roi, répond-elle, je ne le quitterai pas. > Les persoiuies qui entoureni Louis .XVI jont au sou\'erain un rempart de leur corps. La toule de\ient immense. On propose au roi de monter sur une banquette, dans l'embrasnre de la croisée centrale, qui a vue sur la coiir. D'autres banqnetles sont placées de\'ant lui. On y ajoute une t;ible ; Madame Idisabe'h se j-'Iace sur la banquette de la croisée voisine, avec M. de ALu-silly. La salle est ]^leine. Hurlements,
atroces menaces, grossières insultes retentissent. On crie: < A bas le veto! au diable le veto! Le rappel des ministres patriotes! Qu'il le signe, ou nous ne sortons pas d'ici I > Le boucher Legendre s'avance. Il demande à parler. On lait silence, et, s'adressant au roi : < Monsieur. » dit-il. A cette appellation inusitée, Louis X\'I fait un geste de surprise. * Oui, monsieur, reprend Legendre; écoutez-nous; vous êtes fait pour nous écouter.. Vous êtes un perfide. Vous nous avez toujours trompés, vous nous trompez encore ; la mesure est à son comble, et le peuple est las de se voir votre jouet. > L'insolent boucher, se disant le mandataire du peuple souverain, lit ensuite une prétendue pétition, tissu de récriminations et de menaces. Louis XVI écoute cette lecture avec un sang-froid impassible. II répond simplement : € Je ferai ce que la Constitution et les décrets m'ordonnent de faire. > Le tumulte recommence. C'est une pluie, c'est une grêle d'insultes.
Quelques individus prennent Madame Elisabeth pour Marie- Antoinette. Son écuyer, M. de Saint-Pardoux, se jette entre elle et les furieux qui crient : Ah ! voici FAutrichienne, il nous faut l'Autrichienne! > et les détrompe en la nommant. < Pourquoi, lui dit la courageuse princesse, ne pas leur laisser croire que je suis la reine ? Vous auriez peut-être évité un plus grand crime ? » Et, détournant de la main une baïonnette qui louche presque sa poitrine: < Prenez garde, monsieur, dit-elle avec douceur; vous pourriez blesser quelqu'un, et je suis sûre que vous en seriez fâché. > Les cris redoublent. Le désordre devient terrible. C'est à grand'peine que quelques grenadiers de la garde nationale préservent l'embrasure de fenêtre où Louis XVI, toujours impassible, se tient debout sur une banquette. Il y a dans la foule des gens inoffensifs, de simples curieux, il y a même des hommes honnêtes, qui ont sincèrement pitié du roi. Mais il y a aussi des tigres, il y a des assassins. L'un d'eux, armé d'un bâton, à l'extrémité duquel tient une lame d'épée, veut percer le cœur du roi. Les grenadiers parent le coup avec leurs baïonnettes. Un fort de