IV
MAKli; AN i<)lM:rri- dans la JOURNLL du 2<) JUIN
I.oiiis XVI venait de rentrer Jans sa chambre à coucher. La loule, après avoir .luilté la salle de Idai-de-B.uuf, s'en allait par la chambre du Lit de parade et par le ^rand cabinet du roi, appelé ausM salle du Conseil. \a\ entrant dans cette dernière pièce, un spectacle imprévu la ir.ippa. Derrière la i^rande table, elle aperçut la reine, Madame Idisabeth, le dauphin, Madame
Royale.
Comment la reine était-elle là : (,)ue s"etait-il passé? A quatre
heures de Taprès-midi, lorsque Louis XVI, allant au-devant de la
sédition, avait quitte sa chambre pour se rendre dans la salle de
l'd'al-ded^vuf, Marie-Antoinette, nous l'avons déjà dit, avait
lau de^ ellorls acharnes pour le suivre, \\. Aubier, se tenant
devant la porte de la chambre du roi, avait empêché la
reine d'en sortir, i^n vam criail-elle : < Laisse/-moi passer, ma
place est près du roi, le veux le joindre et périr avec lui, s'il le
îaul. > ^\. Aubier, par dévouement, désobéissait. CejKMidant la
reine, dont le couraj^e doublait les forces, eut renversé devant
elle ce lidcle serviteur, si un chevalier de Saint-Louis, ^\. Rou-
i;eville, n'était venu aussi se placer devant la porte, j^our fermer
le passade, ils supi^lièrent Marie-Antouiette, au nom de son salut,
au nom de celui du roi, de ne point s'exposer inutilement aux poignards, et, appuyés par le ministre des affaires ctran^^ères. ils Tentrainèrent, pour ainsi dire de force, dans la chambre du dauphin, voisine de celle du roi. MM. de Choiseul, d'Haussonville et de Saint-Priest, aidés par quelques grenadiers de la garde nationale, la lirent ensuite passer avec ses enfants dans le grand cabinet du roi, appelé aussi salle du Conseil, parce que c'était là que se réunissait le conseil des ministres.
La princesse de Lamballe, la princesse deTarente, la marquise de Tourzel, les duchesses de I.uynes, de Duras, de Maillé, la marquise de Laroche-Aymon, M"" de Soucy, la baronne de Mackau, la comtesse de (îinestous, se tenaient aux côtés de la reine. Près d'elle étaient aussi le ministre Chambonas, le duc de Choiseul, les comtes d'Haussonville et de Montmorin, le vicomte de Saint-Priest, le marquis de Champcenetz et le général de Wittenghoif, commandant de la 17' division militaire. La reine et ses enfants se placèrent dans l'embrasure d'une fenêtre, ayant devant eux, en guise d'abri, la vaste et lourde table du conseil des ministres.
En même temps, au rez-de-chaussée, les appartements de Marie-Antoinette et sa chambre à coucher étaient envahis. Quelques gardes nationaux essayaient en vain de les défendre. On leur cria : « Vous allez vous faire égorger ! » Écrasés parle nombre, ils virent enfoncer à coups de hache la porte de la première pièce, où étaient rangés, derrière des paravents, les lits des gens de service de la reine ; ils virent ensuite les envahisseurs entrer dans la chambre à coucher, défaire et retourner le lit de Marie-Antoinette, s'y vautrer, en criant : « Nous voulons lAutrichienne, morte ou vive î > ?
Cependant la reine était toujours dans la salle du Conseil, d"où elle entendait l'écho des vociférations qui retentissaient dans la salle de l'Œil-de-Bœuf, où se tenait Louis XVI, et dont elle n'était séparée que par la chambre du Lit de parade. Vers sept heures du soir, elle vit arriver Madame Elisabeth, qui, après