MARIE-ANTOINETTE DANS I.A JOURNÉE DU .0 JUIN
avoir héroïquement partage les dangers du roi, trouva le moyen de la rejoindre. .< Le^ députés qui étaient venus, a-t-elle écrit à M""" de Raigecourt, le :-! juillet, 'étaient venus de bonne volonté. Une vraie députation arriva, et engagea le roi à rentrer chez lui. Comme on me le dit, et que je ne voulais pas me trouver rester dans la foule, je sortis environ une heure avant lui, je rejoignis la reine, et vous jugez avec quel plaisir je l'embrassai. > Madame Elisabeth fut donc, dans le.-, périls, et auprès de Louis XVI, et auprès de Marie-Antoinette.
Après avoir été volontairement exposée à toutes les angoisses de l'invasion de TCKil-de-Bœuf, la courageuse princesse était près de la reine, dans la salle du Conseil, quand la foule, venant par la chambre du Lit de parade, y arriva. La horde y défila, portant ses écriteaux barbares, comme autant d'étendards féroces. « Il y en avait un, a dit M"' Campan, dans ses Mémoires, qui représentait une potence à laquelle une méchante poupée était suspendue; ces mots étaient écrits au bas : < Marie-Antoinette à la lanterne ! » Un autre était une planche où on avait fixé un cœur de b(euf, autour duquel était écrit : « Cœur de Louis XVI. > Enfin un troisième offrait les cornes d'un bœuf avec une légende obscène. > Des grenadiers royalistes du bataillon des Eilles-Saint- Thomas se tenaient près de la table du conseil, et protégeaient la reine. Marie-Antoinette était debout, ayant à la main sa fille. Devant elle était le dauphin, assis sur la table. Au moment où le défilé commença, une femme jeta sur cette table un bonnet rouge, en criant qu'il fallait le placer sur la tête de la reine. M. de Wittenghoif, d'une main que l'indignation faisait trembler, prit le bonnet, le suspendit un moment sur la tête de Marie-Antoinette, et le remit aussitôt sur la table. Alors on entendit crier : « Le bonnet rouge au Prince Royal ! Des rubans tricolores pour le petit Veto : > i:t les rubans étaient lances près du bonnet phrygien. On c.ria : < Si tu aime.. la nation, place le bonnet rouge sur"latète de ton fils. > La reine fit signe décéder à la volonté delà multitude, et la coiffure révolutionnaire couvrit la tète blonde de l'enfant.
Quelles humiliations pour la malheureuse mère! (hielle souffrance pour cette reine si liùre, si ma^^nanime ! l'.h quoi ! le bonnet des galériens a etlleuré la tête de la lille des Césars, et voici maintenant qu'il souille le front de son lils ! Le langa-e des halles retentit sous les voûtes séculaires du château. Comme rinfortunéc sou\eraine expie ses triomphes d'autrefois! Où sont les ovations et les apothéoses, les carrosses d'or et de glace, les entrées solennelles dans la ville pavoisée, au son des cloches et des fanfares? Que reste-t-il des journées éblouissantes, où, déesse plutôt que femme, la reine de France et de Navarre apparaissait, dans un nuage d'encens, au milieu des Heurs et de la lumière? Cette belle et bonne souveraine, dont un sourire, un regard, un signe de tête, la moindre marque d^attention étaient regardés comme une précieuse récompense, comme une faveur suprême, par les grandes dames, les grands seigneurs, qui s'inclinaient si respectueusement de\ant elle, voilà comme on la traite, voila les coutumes, le langage des courtisans nouveaux ! là cependant, Marie-Antoinette est majestueuse encore. Même dans cette scène horrible, devant les fenmies ivres, devant les faubouriens déguenillés, ce don de plaire qui kù est particulier ne l'abandonne pas. De loin, on la maudit ; de près, on est subjugué juir son charme. Ses plus farouches ennemis éprouvent une émotion involontaire. Une jeune lille vient de l'appeler Autrichienne : < Vous m'appelez Autrichienne, reprend-elle, mais je i,uis la femme du roi de France, je suis la mère du dauphin ; je suis Française par tous mes sentiments d'épouse et de mère. Jamais je ne reverrai le pays où je suis née. Je ne puis être heureuse ou malheureuse qu'en France. J'étais heureuse quand vous m'aimiez.)» Troublée parce doux reproche, la jeune lille s'attendrit : « Pardonnez-moi, dit-elle, c'est que je ne vous connaissais pas, je vois bien maintenant que vous n'êtes pas méchante. » Fne femme, en passant, s'arrête devant la reine, et se met à sangloter: « Qu'a-t-elle donc, dit Santerre et pourquoi pleure-t-elle ? » Et il la pousse par le bras en disant: « Faites-la passer, elle est ivre! > Le même