MARIE-ANTOINETTE DANS LA JOURNÉE DU 20 JUIN
Santerre subit, lui aussi, l'ascendant de Marie-Antoinette : < Madame, lui dit-il, le peuple ne vous veut point de mal. Vos amis vous trompent ; il n'y a pas à craindre pour vous, je vais vous le prouver en vous servant de plastron. » Ft c'est lui qui, prenant en pitié le dauphin, que la chaleur étouffe, dit: « Otez donc le bonnet nnige à cet enfant, il a trop chaud ! » Ft c'est lui qui hâte le défile, c'est lui qui montre au peuple, en les désignant successivement, les personnes de la famille royale : « Voici la reine, voici son fils, voici sa lille, voilà Madame Elisabeth. »
lùifm, toute la foule passe. La salle est évacuée. Il est huit heures du soir. La reine et ses enfants entrent dans la chambre du roi. Louis XVI, qui les retrouve après tant d'émotions et de périls, les couvre de baisers. Au milieu de cette scène pathétique arrivent des députés. Marie-Antoinette leur montre les traces de violence que les faubouriens ont laissées sur leur j^assage : serrures lorcées, gonds arrachés, panneaux de boiserie enfoncés, meubles brises. i:ile parle des dangers qui ont menacé le roi, des outrages qu'elle-même a reçus. S'apercevant que Merlin de Thionville, un ardent Jacobin, a des pleurs dans les yeux : < Vous pleurez, dit-elle, de xoir le roi et sa famille si cruellement traités par un peuple qu'il a toujours voulu rendre heureux. »
Le républicain répond : < Oui, madame, je pleure sur les malheurs de la mère de famille, mais point sur le roi et la reine; je hais les rois et les reines. > Fn député aborde xMarie-Antoinette, et lui dit d'un ton familier : < Vous avez eu bien peur ? madame, convenez-en ! > — « Non, monsieur, je n'ai point eu peur; mais j'ai beaucoup soulfert d'être séparée du roi, dans un moment où ses jours étaient en danger. Du moins, j'avais la consolation d'être avec mes enfants, et de remplir un de mes devoirs. > — « Sans prétendre excuser tout, convenez, madame, que le peuple s'est montré bien bon. » — « Le roi et moi, monsieur, sommes persuadés de la bonté naturelle du peuple ; il n'est méchant que lorsqu'oa l'égaré. » — < Quel âge a mademoiselle ? > continue le député en montrant .NUidame Royale. — « Idl." a, monsieur
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