‹ Les dernières années de Marie-Antoinette [microform]Chapitre 64 sur 105 · MARIE. ANTOINETTE DANS LA JOURNÉE DU 20 JUIN · texte numérisé non relu

MARIE. ANTOINETTE DANS LA JOURNÉE DU 20 JUIN

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l'âge où Ton ne sent que trop l'horreur de pareilles scènes ! > D'autres députés entourent le dauphin. On le questionne sur divers objets, notamment sur la i^^éographic et la nouvelle division territoriale de la France en départements et en di.^tricts. La justesse de ses réponses enchante ses interlocuteurs.

Unoliicier de chasseurs de la garde nationale entre dans la chambre du roi. Getotiicier a montré le plus grand zèle à garantir les jours du souverain, et a eu l'honneur d'être blessé à ses côtés. On le félicite. Le dauphin s'en aperçoit. « Comment, dit-il, se nomme ce garde qui a si bien défendu mon père : » — < M(Miseigneur, répond M. Hue, je ne le sais pas; il serait llatté si vous le lui demandiez vous-même. » Le prince court faire sa question à l'officier. Celui-ci, en termes respectueux, refuse de faire une réponse. Alors M. Hue insiste. « Je vous prie, s'écrie-t-il, dites votre nom ? » — <c Mon nom, reprend Tofficier, je dois le taire ; malheureusement pour moi, c'est le même que celui d'un homme exécrable. > Le fidèle royaliste a le même nom que l'individu qui a fait, il y a un an, arrêter la famille royale à Varennes. 11 s'appelle Drouet.

Le temps du repos est enfin arrivé. 11 est dix heures du soir. Certains individus disent encore : « On nous a amenés pour rien ; mais nous reviendrons, et nous aurons ce que nous voulons. > Cependant, l'orage a cessé ; voici le calme. La foule a évacué le château, les cours, le jardin. La séance du soir de l'Assemblée nationale se termine à dix heures et demie. Pétion y a dit : € Le roi n'a eu aucunement à se plaindre des citoyens qui ont défilé devant lui. Il s'en est exprimé avec les députés et les magistrats. > La municipalité, ayant obtenu les honneurs de la séance, a traversé la salle au milieu des applaudissements. Lnfin, au moment où les députés allaient se séparer, après une journée si troublée, l'un d'eux, M. Guyton-Morveau, a parlé ainsi : < La députation qui nous a précédés vous a sans doute annoncé que tout était rentré dans la tranquillité. Nous sommes restés quelque temps auprès du roi ; nous n'avons rien vu qui pût faire craindre

le moindre trouble. Nous avons invite le roi à prendre du repos. 11 a chargé un ollicier de la garde nationale d'aller visiter les postes. L'officier est venu lui rendre compte qu'il n'y avait plus personne dans le château. Sa Majesté nous a témoigné le désir de rester seule; nou> l'avons quittée, et nous pouvons vous assurer que tout est calme. »

\a: i.i:\i)i:main di) 20 juin

Le 21 juin, dans la matinée, il y avait encore quelques attroupements Jc\'ant le palais des Tuileries. V.n se réveillant, le dauphin lit à la reine cette question ini^énue : «( Maman, est-ce encore hier ": > Ilelas! oui, c'était encore hier, ce devait être toujours hier jusqu'aux catastrophes de la un du drame. 11 y avait juste un an. jour pour jour, que la famille royale avait quitté furtivement Paris pour le fatal voyage dont Vârennes fut le terme. (]e souvenir revenait à l'esprit de Marie-Antoinette, et, se rappelant les premières stations de son calvaire, l'infortunée souveraine se disait qu'elle n'était qu'au début de ses humiliations et de ses douleurs. Ses lèvres n'avaient fait que tremper dans le bord du calice. 11 lallait le boire jusqu'à la lie.

Cependant les visiteurs se succédaient aux 'l'uileries pour apporter au roi et à sa famille des consolations et des témoii^nages de lidelité. (^uand parut le maréchal de Mouchy, ce respectable vieillard fut reçu avec les éi^ards que méritait sa noble conduite de la veille. Lorsque, au moment de l'invasion, l.ouis XVI, pour ne pas irriter la foule, avait donné à tous ses fidèles gentilshommes l'ordre formel de se retirer, le vieux maréchal, espérant que son grand âge i^il avait soixante-dix-sept

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36o MARIE-ANTOINETTE ET L'AGON

^^ Di: LA ROYAUTÉ

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ans) lui ferait pardonner sa présence au château, avait refusé de se séparer de son maître, et plusieurs fois, d'un bras que le dévouement rajeunissait, il était parvenu à repousser les gens dont la- violence pouvait faire craindre pour les jours du roi Dès qu'elle aperçut le maréchal, Marie-Antoinette s'empressa de lui dire: . J'ai su par le roi avec quel courage vous l'avez défendu hier. Je partage sa reconnaissance. > « Madame reprit-il en faisant allusion à ceux de ses parents qui avaieni iigure parmi les promoteurs de la Révolution, j'ai tait bien peu de chose en comparaison des torts que je voudrais reparer. Ils ne sont pas les miens, mais ils me touchent de si près. > — . Mon fils, reprit la reine, en appelant le dauphin, répétez devant M. le maréchal la prière que ce matin vous adressiez à Dieu pour le roi. > Alors Tenfant se mit à genoux, joignit les mains, et levant les yeux au ciel, se mita chanter ce refrain de l'r)péra de pierre le Grand:

Ciel, entends la prière

Qu'ici je fais, Conserve un si bon père

A ses sujets.

M. de Maleshcrhes vint après le maréchal de Mouchv L'ancien premier président avait, contrairement à s„n habitude l'épée au côté. « 11 y a longtemps, lai dit-on, qtie vous n'aviez porté l'épée. . - « C'est vrai, répondit le vieillard ; mais qui ne s armerait quand la vie du roi est en péril; > Puis re-ardant avec émotion le petit prince ; « J'espère, du moins', madame dit-il à Marie-Antoinette, que nos enfants verront de meilleurs jours ! > . .

Et cependant il y avait encore, même pour l'heure présente quelque rayon d'espoir. A peine la populace était-elle sortie dii château que, dans toutes les classes de la société, s'étaient élevées des invectives contre les envahisseurs. De tous côtés on admirait le calme et le courage du roi et de la famille rovale. I es départements envoyèrent des adresses pour demander" la punition des

coupables. Le sentiment royaliste se ranimait. On pouvait croire que l'indignation produite par les scandales qui venaient d'avoir lieu produirait une réaction immédiate en faveur de Louis XVI. Peut-être, avec un souverain énergique, y aurait-il eu quelque chose à tenter. 1-^n résumé, Tinsurrection n'avait rien obtenu. Les Girondins s'apercevaient eux-mêmes du danger des passions révolutionnaires. Les honnêtes gens flétrissaient les tendances criminelles qui venaient de se manifester. C'était pour le roi le moment de se montrer, de frapper un grand coup. Mais Louis XVI n'avait ni volonté, ni énergie. Laissant échapper la dernière occasion de salut que lui offrait la fortune, il ne sut pas tirer parti des favorables dispositions que témoignait l'opinion publique. Rien ne pouvait le faire sortir de cette longanimité débonnaire qui fut la cause principale de sa ruine.

Marie-Antoinette elle-même se montrait opposée aux mesures de vigueur. Elle voulait encore essayer de la bonté. Apprenant qu'il s'agissait de faire une instruction sur les événements du 20 juin, et prévoyant que M. Hue serait appelé en témoignage, elle dit à ce lidèle serviteur: « Mettez dans votre déposition toute la réserve que permet la vérité. Oubliez, je vous le recommande de la part du roi et de la mienne, que nous étions les objets de ces mouvements populaires. 11 faut écarter tout soupçon que le roi ni moi gardions le moindre ressentiment de ce qui s'est passé; ce n'est pas le peuple qui est coupable, et quand il le serait, il trouverait toujours auprès de nous le pardon et l'oubli de ses erreurs. >

Pendant ce temps, l'Assemblée nationale conservait une attitude plus qu'équivoque. (X'tte :\sscmblée renfermait un grand nombre d'honnêtes gens. Mais, déjà terrorisée, elle n'avait plus le courage de l'indignation. Devant les menaces du public des tribunes, elle pâlissait. Par courtisanerie pour la foule, elle en arrivait à cet optimisme béat qui est le signe distinctif des révolutionnaires modérés, et qui en fait tour à tour les complices, les dupes et les victimes des révolutionnaires ardents.

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