LA FAMILLE ROYALE AU COUVENT DES FEUILLANTS
affectionnait tout particulièrement, entre autres celle du chevalier d'Allonville, sous-gouverneur du premier dauphin, et celle de quelques-uns des olîiciers de la chambre du roi : MM. Le Tellier, Pallas, de Marchais. < J'ai, du moins, reprit Louis XVI, la consolation de vous voir sauvé de ce massacre ! >
Toute la nuit, Madame Elisabeth, la princesse de Lamballe et M"" de Tour/el avait prié et pleuré en silence à la porte de la chambre où Marie-Antoinette veillait près de ses deux enfants endormis. Ce ne fut que le matin, après une insomnie cruelle, que la malheureuse reine put enfin fermer les yeux. I-^t quand, au bout de quelques instanLs, elle les rouvrit, quel réveil !
A huit lijurcs du matin, M"' Pauline de Tourzel arriva aux Feuillants, « jc ne puis assez vous dire, a-t-elle écrit dans ses Souvcuirs de quaraiilc ans, la bonté du roi et de la reine; ils me firent bien des questions sur les personnes dont je pouvais leur donner de.^ nouvelles. Madame et M. le dauphin me reçurent avec des témoignages touchants d"amitié; ils m'embrassèrent, et ALadame me dit : « Ma chère Pauline, ne nous séparons plus! > Les courtisans du malheur arrivaient les uns après les autres.
M""" Campan et sa sœur, M Auguié, virent, dans la première
cellule, le prince de Poix, M. d'Aubier, M. de Saint-Pardou, écuyer de Madame Elisabeth, M.M. de (joguelat. Hue, de Chamilly; dans la seconde, elles trouvèrent le roi. Elles voulurent lui baiser la main; il s'y opposa, et les embrassa sans rien dire. Dans la troisième cellule, elles virent la reine, servie par une femme inconnue. Marie-Antoinette leur tendit les bras : « Venez !
< s"écria-t-elle; venez, malheureuses femmes ! venez en voir une « encore plus malheureuse que vous, puisque c'est elle qui fait
< votre malheur à toutes ! > I-jle ajouta : « Nous sommes perdus. € Nous voilà arrives où l'on nous a menés depuis trois ans par € tous les outrages possibles; nous succomberons dans cette hor- « rible révolution; bien d'autres périront après nous. Tout le € monde a contribué à notre perte : les novateurs comme des « fous, d'autre.^ comme des ambitieux pour servir leur fortune;
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« car le plus forcené des Jacobins voulait de For et des places, € et la foule attend le pillage. Il n'y a pas un patriote dans toute « cette infLime horde; le parti des émigrés avait ses brigues et
< ses projets ; les étrangers voulaient profiter des dissensions de
< la France; tout le monde a eu sa part dans nos malheurs. » Le dauphin entra alors avec sa sœur et M"' de Tour/el : < Pau- « vres enfants ! s'écria la reine. Qu'il e.^t cruel de ne pas leur « transmettre un si bel héritage, et de dire : tout finit avec nous ! > Et comme le petit dauphin, voyant pleurer sa mère et tout le monde autour d'elle, se mettait, lui aussi, à pleurer : «; Mon en- « faut, lui dit la reine, en l'embrassant, vous le voyez, j'ai aussi « des consolations ; les amis que le malheur m'a fait perdre ne
< valent pas ceux qu'il m'a donnés. > Fuis Marie-Antoinette demanda des nouvelles de la princesse de Tarente, de M""' de la Roche-Aymon, et des autres personnes qu'elle avait laissées aux Tuileries, Elle s'apitoya sur le sort des victimes de la veille.
M""' Campan exprima le désir de savoir ce que faisaient au milieu de tant de catastrophes les ambassadeurs étrangers. La reine répondit qu'ils n'avaient rien à faire, mais que l'ambassadrice d'Angleterre, lady Sutherland, venait de lui témoigner de l'intérêt, en lui envoyant du linge pour le dauphin qui en manquait. »
Oh ! cette petite cellule du couvent des Feuillants, quel souvenir ne devait-elle pas laisser dans l'àme des personnes qui eurent le privilège d'y présenter l'hommage de leur dévouement à la reine ! < Je crois voir encore, a dit M"" Campan dans ses Mémoires, je verrai toujours cette cellule, collée de papier vert, cette misérable couchette, d'où la souveraine détrônée nous tendit les bras, en disant que nos malheurs, dont elle était la cause, aggravaient les siens propres. Là, pour la dernière fois, j'ai vu couler les pleurs, j'ai entendu les sanglots de celle que sa naissance, les dons de la nature, et surtout la bonté de son cœur avaient destinée à faire l'ornement de tous les trônes et le bonheur de tous les peuples. >