‹ Les dernières années de Marie-Antoinette [microform]Chapitre 81 sur 105 · LA PETITE TOUR DU TEMPLI · texte numérisé non relu

LA PETITE TOUR DU TEMPLI

La royauté est morte, et bientôt le roi va mourir. Le 21 septembre 1792, à quatre heures du soir, un officier municipal, entouré de i^^end armes à cheval et suivi d'une nombreuse populace, vient donner lecture d'une proclamation devant la tour du Temple. Les trompettes sonnent. Puis il se fait un grand silence, et le municipal, qui a une voix de stentor, lit assez haut pour être entendu par la famille royale enfermée dans le donjon, cette proclamation, glas funèbre de la monarchie : « La royauté est abolie en F'rance, tous les actes publics seront datés de la première année de la république. Le sceau de Tl^tat portera pour légende ces mots : République française. Le sceau national représentera une femme assise sur un faisceau d'armes, tenant à la main une pique surmontée du bonnet de la liberté. > Hébert, fameux sous le nom de Père Duchesne, et Destournelles, depuis ministre, sont de garde auprès des prisonniers. Assis en ce moment au seuil de la porte, ils regardent Louis XVI avec un sourire malicieux, essayant de saisir sur sa physionomie un mouvement de dépit ou de colère, une émotion quelconque. Ils sont déçus dans leur attente. L'héritier de saint Louis, de Henri IV el de Louis XIV ne ressent pas

le moindre trouble en écoutant l'arrêt insolent et factieux qui lui arrache la couronne. Il lisait tranquillement et il continue sa lecture. Marie-Antoinette n'est pas moins impassible : pas un mouvement, pas une réflexion, pas un mot. Les trompettes se remettent à sonner, Cléry, le valet de chambre du roi, paraît à une fenêtre. Aussitôt les regards du peuple se tournent vers lui. On le prend pour Louis XVI, et on l'accable d'invectives. Les gendarmes lui font des signes menaçants avec leurs sabres, et il est obligé de se retirer pour faire cesser le tumulte.

Le même soir, Cléry dit au roi que le dauphin a besoin de rideaux et de couvertures pour son lit, le froid commençant à se faire sentir. « Faites-en la demande, répond Louis XVI et je la signerai. » Cléry s'étant servi des mêmes expressions qu'il avait employées jusqu'alors : « Le roi demande pour son fils, > etc. : Vous êtes bien osé, lui dit Destournclles, de vous servir d\in titre aboli par la volonté du peuple, comme vous venez de l'entendre. » — « J'ai entendu, réplique Cléry, une proclamation, mais je n'en sais pas l'objet. > — « Kh ! bien, reprend Destournelles, c'est l'abolition de la royauté, et vous pouvez dire à Monsieur, ajoute-t-il, en montrant le roi, de cesser de prendre un titre que le peuple ne reconnaît plus. »

Quelle vie que celle du Temple ! Angoisses, humiliations, douleurs à toute minute, espionnage le jour, espionnage la nuit, figures sinistres, regards haineux, insultes de tout genre, écho des bruits de massacre. Tout est lugubre dans cette tour : son aspect gigantesque, ses épaisses murailles, sa légende terrible. C'est bien là le monument fatal qui convient comme décor au plus sombre de tous les drames. C'est là que Louis XVI est torturé dans ses sentiments de roi, de chrétien, de père, d'époux, de frère; c'est là que tous les chagrins se concentrent dans son cœur. Et, c'est au moment où il va être arraché à sa famille que sa famille redouble pour lui de dévouement, de respect, de tendresse, comme pour rendre cette séparation plus déchirante encore. Lorsque le bon père donne des leçons à son fils ; lorsqu'il

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