‹ Les dernières années de Marie-Antoinette [microform]Chapitre 84 sur 105 · PI · texte numérisé non relu

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foule réclamait à grands cris t l'Autrichienne, > comme une proie : « C'est moi ! > s'est écriée M- Elisabeth, s'offrant aux coups ellemême, à la place de sa belle-sœur : < Non, la reine c'est moi ! > s'est écriée Marie-Antoinette. Noble lutte, où se peint le caractère de ces deux héroïsmes du devoir ! A la différence des autres victimes, M-^ Elisabeth est une victime purement volontaire. Rien ne lui aurait été plus facile que de se marier à Fétranger.

II sumt de jeter un coup d'œil sur la miniature dj Sicardi, appartenant a la famille de Raigecourt, ou sur le joli buste placé au château de Versailles, dans la salle des gardes de la reine, pour se rendre compte du charme qu'avait toute la personne' de la la jeune et séduisante princesse. On lui otirit en vain les plus brillantes alliances. < Je ne puis, disait-elle alors, épouser que le fils d'un roi, et le fils d'un roi doit régner sur les Ktats de son père; je ne serais plus Française, je ne veux pas cesser de Tètre. Mieux vaut rester ici, au pied du trône de mon frère que de monter sur un autre trône. > Cette réllexion que M-' Elisabeth se faisait dans les jours de prospérité, elle se l'est faite bien plus encore dans le^ jours de revers et de périls. Ses deux tantes l'avaient suppliée de les accompagner à Rome, pour fuir forage; elle n'a pas voulu, elle a préféré le poste du danger, du sacrifice,' de l'immolation. Un jour, au Temple, Louis XVI la regarde qui raccommode une vieille robe de la reine. Comme on lui a enlevé jusqu'à ses ciseaux, elle est obligée de couper avec ses dents le fil de son aiguille : * Ma sœur, lui dit le roi, quel contraste! Vous ne manquiez de rien dans votre jolie maison de Montreuil. — Ah ! mon frère, répond-elle, puis-je avoir des regrets, quand je partage vos malheurs ? >

M- Elisabeth est le modèle des sœurs, le modèle des tantes. Elle a toutes les vertus d une mère, avec la virginité en plus. J'ai vu des tantes dont la sœur de Louis XVI est le type, et qui, comme la sainte princesse, ont toutes les tendresses, toutes les bontés et tous les dévouements d'une mère. Leur force affective, comprimée par le célibat, prend sa revanche, en se vouant avec

une sorte de passion au bonheur d'enfants qu'elles chérissent avec autant d'ardeur que si leurs entrailles les avaient portés. Cette maternité d'adoption a quelque chose de presque aussi profond, et peut-être de plus touchant encore que la maternité de la nature- J'ai vu aussi des nièces qui, comme M""^ Royale, conservaient pour leur tante une affection, un respect, une gratitude sans bornes. A l'orpheline du '1 emple, sa tante apparaissait comme l'image même de la vertu sur la terre ; non seulement elle i'aimait, mais elle la vénérait. Aussi quand, après plus de trois ans de captivité, le iS décembre ijq?, elle allait sortir de ce donjon du Temple, où elle avait dit adieu à M"'" Elisabeth, le 9 mai 1794, et où on lui avait fait ignorer la mort de sa mère et les autres événements de la Révolution, elle s'attendait à tout, elle croyait tout possible, à l'exception du meurtre de sa tante, de cette femme angélique, de cette vierge sublime dont l'innocence, la sérénité, la douceur, auraient attendri des démons. Comme, avant de quitter sa prison, elle parlait de ses parents avec des larmes d'inquiétude, une femme compatissante lui dit : < Hélas ! Madame n'a plus de parents. — Eh! quoi, s'écria l'orpheline avec stupéfaction, ma tante Elisabeth aussi 1 Et qu'ont-ils pu lui reprocher ? »

Mgr Darboy a dit dans une lettre éloquente : « M'"' Elisabeth apparaît à la postérité comme un objet de tendre admiration' comme un illustre exemple de grandeur morale, comme une gloire pour sa famille, pour la France et pour l'humanité. > Au Temple, elle réalise la belle image de Shakespeare : « La Patience souriant longuement à la Douleur. > Elle y récite, chaque matin, cette prière qu'elle y a composée : « Que m'arrivera-t-il aujourd'hui, ô mon Dieu : Je n'en sais rien, 'fout ce que je sais, c'est qu'il ne m'arrivera rien que vous n'ayez prévu, réglé, voulu et ordonné de toute éternité. Cela me sulfit. J'adore vos desseins éternels et impénétrables; je m'y soumets detout mon cœur pour l'amour de vous. Je veux tout, j'accepte tout, je vous fais un sacrilice de tout et j'unis ce sacrifice à celui de mon divin Sau-

veur. Je vous demande en son nom et par ses mérites infinis, la patience dans mes peines et la parfaite soumission qui vous est due pour tout ce que vous voulez ou permettez. » M- Elisabeth n'a pas attendu les jours d'adversité pour se préparer à la résignation chrétienne. Elle écrivait, en 1786, à son amie M"" de Causans : < Il faut mettre nos craintes et nos désirs au pied du crucifix; lui seul peut nous apprendre à supporter les épreuves auxquelles le ciel nous destine. C'est là le livre des livres; lui seul élève et console lame atlligée. Dieu était innocent, et' il a soulFcrt plus que nous ne pourrons jamais souffrir, et dans notre cœur et dans notre corps. Ne devons-nous pas être heureuses d'être aussi intimement unies à celui qui a tout fait pour nous !... Il y a de cruels moments à passer dans la vie, mais c'est pour arriver à un bien précieux. Je veux, 6 mon Dieu, reconnaître votre puissance souveraine et croire surtout que, quoi qu'il arrive, vous ne m'abandonnerez jamais. » M™« Elisabeth montera sur Téchafaud ; mais au moment môme où elle en gravira les marches, le Dieu de miséricode ne l'abandonnera pas, et sa mort sera plus une glorification qu'un supplice. Elle a écrit à M"^« de Bombelles, en 1787 : « Plus on voit le monde, plus on le voit dangereux, et plus digne de mépris que de regret, lorsqu'il faudra le quitter. Faisons des provisions pour ce moment. » Ces provisionslà, ces provisions si utiles, hélas ! et négligées par tant de personnes, la douce et sainte princesse les a faites amplement. Aussi est-elle au Temple la consolatrice, l'édification et le bon ange des prisonniers.

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