LA DERNIÈRE ANNÉE DE
MARIE-AN TOI NETTE
LE MOTS D'AOUT
point ; elle fut même obligée de s'habiller devant eux ; ils lui demandèrent ses poches qu'elle donna ; ils les fouillé e pnrent tout ce qu'il y avait dedans, quoique cela ne fùtTas' du out important ; ils en firent un paquet qu'ils dirent qu'.ls 'enver raient au tribunal révolutionnaire. »
Ce paquet contenait des cheveux de Louis XVI, de Louis XVII et desa sœur, la petite table de chiffres où la pauvre reine apprenau a compter à son fils, un portefeuille où était l'adresse du
TrincT" 'Tu"''""''' '" "'"'""^<=^ '^ ^- "^ Lamballe et de prmcesses de Hesse et de Mecklembourg, une prière au Sacré-
Cœur de Jésus et une prière à Plmmaculée-Conception ; ils ne lui -serent qu'un mouchoir et un flacon pour ,e cas ^ù el trouverait mal.
« Ma mère, ajoute Madame Royale, après m'avoir tendrement embrassée et recommandé de prendre courage, d'avoir bien soin de ma an e, et de lu, obéir comme à une seconde mère, me
dans les bras de ma tante, elle lui recommanda ses enfants. Je ne
dernière fois; ma tante lui dit quelques mots bien bas, alors ma rnere partit sans ,e,er les yeux sur nous, de peur sans doute que a fermeté ne l'abandonnât. Elle s'arrêta encore au bas de ,a to') parce que les municipaux y firent un procès-verbal, pou décharger le concierge de sa personne ; en sortant, elle se frappa
Elle monta on tiacre avec un municipal et deux gendarmes
l:TT'' "^ ""'''''''' '^^ '^ — '«' 'Rosalie Lamorl.ér •
at^n a,ent à la Conciergerie. I, était trois heures du matin. La ervante dormait sur un fauteuil. La portière la tira par le bras
les voi i"' """'"'"' '"°"' -^-'"-— ; P-nez ce flambeau '; les vo , qui arrivent. . La servante descendit en tremblant et accompagna sa maîtresse dans le cachot de M. de Custines, situé
à rcxtrémité d'un long corridor noir. La reine y était déjà rendue. Une quantité de gendarmes se tenaient devant la porte, en dehors. Plusieurs officiers et administrateurs étaient dans Fintéricur de la chambre, où ils se parlaient bas les uns aux autres. La formalité de Técrou ayant été remplie, ils se retirèrent laissant la reine seule avec M'"" Richard et la servante. < Il faisait chaud, a écrit cette dernière. Je remarquai les gouttes de sueur qui découlaient sur le visage de la princesse. Elle s'essuya deux ou trois fois avec son mouchoir. Ses yeux contemplèrent avec étonnement Thorrible nudité de cette chambre ; ils se portèrent aussi avec un peu d'attention sur la concierge et sur moi. Après quoi, la reine, montant sur un tabouret d'étoffe que je lui avais apporté de ma chambre, suspendit sa montre à un clou qu'elle aperçut dans la muraille, et commença à se déshabiller pour se mettre au lit. Je m'approchai respectueusement, et j'offris mes soins à la reine.
< Je vous remercie, ma fille, me répondit-elle, sans aucune
< humeur ni fierté; depuis que je n'ai plus personne, je me sers € moi-même. > Le jour grandissait. Nous emportâmes nos flambeaux et la reine se coucha.
Ah ! qu'il est douloureux le sommeil des prisonniers ! Le comte Beugnot, enfermé, comme la reine, à la Conciergerie, a su le décrire. « Je dormis, dit-il dans ses Mémoires^ mais, comme je payai cher le bienfait de cet anéantissement passager, quand il fallut en sortir ! Non, je ne connais rien de cruel, comme le moment du réveil au milieu d'un cachot, dans un lieu où le songe le plus horrible est moins horrible que la réalité. >
Réveillée, Marie-Antoinette se croit encore la proie d'un cauchemar. Pour qu'elle puisse se convaincre que c'est bien la réalité, il faut qu'elle s'interroge longtemps elle-même, qu'elle se remémore une à une toutes les catastrophes qui Font amenée à ce degré d'angoisse. 11 faut qu'elle se dise bien longtemps : < Où suis-je ? Où suis-je ? Est-ce que je rêve ?... « Quel changement dans son sort, par son changement de prison! Au Temple, elle n'était pas seule. Elle avait auprès d'elle sa chère fille, sa belle-
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sœur b.en-a.mee Elle ne voyait plus son fils, n^ais elle se sentait tout près de lu.. Elle entendait presque sa respiration se SOUP.S E, ,.s le Tetnple avait, de mé.e que son nom, quelque chose d édifiant, de religieux, il était tout rempli des souvenir pathéttques et sacrés de Louis XVI. Mais à la Conciergerie, to^ est horreur malédiction. Au Temple, il y ava.t enco e u^ peu de propreté, un peu d'air. A la Conciergerie tout es. maZ
diC"' '°^"'^- " " ^^' ■""^^-^ '- -- - ^" -B
rein^o''"""""' "" '^"■^ ^'' ««"darmes dans la chambre de la reme On y m.t auss,, pour la servir, une vieille femme âgée de près de quatre-vingts ans, qui se nommait Larivière. Au bo quelques jours, cette femme, après avoir rapiécé et recousu la obe no,re de Marie-Antoinette, fut remplacée par une , femme, qu, se nommai, Harel ; elle avait trente-si.x ans, et son man etau employé aux bureaux secrets de la police La e ne avau témoigné de la confiance à la vieille ; elfe ne ju^:;
elle la parolo Rosahe Lamorhérc venait seulement, avec le
le dîner. M Richard me.ta,, le couvert. < Par respect, a écrit la servante, ,e me tenais près de la porte. Mais Sa Ma esté dai.na y fa.re attention et elle me fi, l'honneur de médire: « Appr^I/
,;r;; n7 "T" ""'"" ""■•• ^^'^^ ^^-^ --"^--- couleurs le. mêmes) se nommaient Dufrène e, G.lhert. Ce dernier ,n.
raissai. plus rude que son camarade le brigadier. Ouel fo Sa Ma,es,e, accablée d'ennui, s'approchait d'eux, p ndl qj nous couvrions sa table, et elle les regardai, jinlcr que Z .nstants, en présence de M- Richard e, du concierge. O ,el s le pour un peintre, MaricAntoine.te, à la Concierge ie, ;e..ardan les gendarmes jouer aux cartes ! c, , regardant
Il y avait dans la prison un voleur nommé Barrassin, qui avait obtenu les bonnes grâces du concierge, par les service qu'H avait rendus, en se chargeant volontairement des travaux Is ,1
LE MOIS D'AOUT
pénibles et les plus dégoûtants de rintérieur des cachots. Devenu l'auxiliaire du portier, il s'occupait de la surveillance. « Je n'ai jamais vu, a dit Beaulieu, de figure plus farouche que celle de Barrassin. •
€ Je rinterrogeai un jour sur la manière dont on traitait la reine.
< — Comme les autres, me répondit-il.
< — Comment ! comme les autres ?
< — Oui, comme les autres ; cela ne peut surprendre que les aristocrates.
< — Et que faisait la reine dans sa triste chambre ?
« —• La Capet ! va, elle était bien penaude ; elle raccommodait ses chausses, pour ne pas marcher sur la chrétienté. « -- Comment était-elle couchée ?
< — Sur un lit de sangle, comme toi.
< ~ Comment était-elle vêtue?
* — Elle avait une robe noire, qui était toute déchirée ; elle avait Tair d' « une margot. >
Les persécuteurs de la reine se complaisaient dans des raffinements de cruauté. D'abord, on lui avait laissé sa montre, qu'elle avait apportée d'Allemagne, et à laquelle elle tenait beaucoup. Le quatrième ou cinquième jour de son arrivée à la Conciergerie, les administrateurs la lui prirent. Il faut avoir cté soi-même prisonnier, pour bien .c rendre compte de l'importance d'une montre dans un cachot. C'est, a.i milieu de la solitude, quelque chose qui vous tient, pour ainsi dire, compagnie. A défaut d'autre distraction, ion prête une oreille attentive au bruit à peine sensible du mouvement. C'est comme une dernière communication avec le monde, avec le temp^. l-i quand cette montre résume tout une vie. quand elle a marque nos rares heures de joie, nos heures innombrables de tristesse, n'est-elle pas comme une confidente ? On la rc-arde, on l'écoute avec émotion. Plus les personnes nous délaissent, plu.-, nnus nou. attachons aux choses. 11 y a tels objets, en apparence insignifiants, qui ont pour nous la valeur
LE MOIS D'AOUT
des reliques, et dont le seul aspect éveille tout un monde d'idées et de sentiments, peuple l'imagination d'une multitude de fantômes, et ressuscite tout un passé. Telle était la montre de la reme, cette montre allemande, qui lui avait marqué l'heure à la Burg, à Schœnbrun, à Versailles," au petit Trianon, aux Tuileries, au Temple. Quand on la lui enleva, la prisonnière pleura beaucoup.
Revenons au récit simple et touchant de la servante, Rosalie Lamorhère : < Le 2 août, pendant la nuit, quand la reine arriva du Temple, je remarquai qu on n'avait amené avec elle aucune espèce de hardes ni de vêtements. Le lendemain et tous les jours suivants, cette malheureuse princesse demandait du linge, et M-' Richard, craignant de se compromettre, n'osait ni lui' en prêter, ni lui en fournir. Enfin, le municipal Michonis, qui dans le cœur était honnête homme, se transporta au Temple, et, le dixième jour, on apporta au donjon un paquet que la reine ouvrit promptement. C'étaient de belles chemises de batiste, des mouchoirs de poche, des fichus, des bas de soie ou de filoselle noirs un déshabille blanc pour le matin, quelques bonnets de nuit cl plusieurs bouts de ruban de largeur inégale. La reine s'attendrir, en parcourant ce Imge, et, se retournant vers M'"" Richard et moi, elle me dit : < A la manière soignée de tout ceci, je reconnais les
< attentions et les soins de ma pauvre sœur Elisabeth. >
Madame Royale, dans son récit, parle également de cet envoi.
< Comme ma mère qui n'avait jamais bu que de l'eau, ne pouvait pas supporter celle de la Seine, parce qu'elle lui faisait du mal, nous priâmes les municipaux de lui faire porter de l'eau de Villed'Avray, qui passait tous les jours au Temple; ils y consentirent et prirent un arrêté en conséquence ; mais il arriva un autre de leurs collègues qui s'y opposa. Peu de jours après, ma mère, pour avoir de nos nouvelles, essaya d'envoyer demander quelque chose qui lui était utile, et, entre autres, son tricot, parce qu'elle avait entrepris de faire une paire de bas pour mon frère; nous le lui envoyâmes, ainsi que tout ce que nous trouvâmes de soie et de
laine, car nous savions qu'elle aimait à s'occuper; elle avait toujours eu autrefois l'habitude de travailler sans cesse, excepté aux heures de représentation. Aussi avait-elle fait une énorme quantité de meubles, et même un tapis, et une infinité de gros tricots de laine de toutes les espèces. Nous rassemblâmes donc tout ce que nous pûmes ; mais nous apprîmes depuis qu'on ne lui avait rien remis, dans la crainte, disait-on, qu elle ne se fît mal avec les aiguilles. >
Rosalie Lamorlièrea écrit, à ce propos : < La reine éprouvait une grande privation. On lui avait refusé toute sorte d'aiguilles, et elle aimait beaucoup l'occupation et le travail. Je m'aperçus qu'elle arrachait de temps en temps les gros fils d'une toile à tenture de papier, clouée sur des châssis le long des murailles, et avec ces fils que sa main polissait, elle faisait du lacet très uni, pour lequel son genou lui tenait lieu de coussin, et quelques épingles, d'aiguilles. >
En arrivant à la Conciergerie, elle portait avec sa robe noire, son grand bonnet de deuil, c'est-à-dire sa coiffure de veuve. L^n jour, elle dit à la concierge, M-"' Richard, devant Rosalie Lamorhère : € Madame, je désirerais, s'il était possible, avoir deux bonnets, au lieu d'un, afin Je pouvoir changer. Auriez-vous la complaisance de confier ma coiffure de deuil à votre couturière? 11 s'y trouvera, je crois, assez de linon pour établir deux bonnets négligés. >
M"" Richard exécuta cette commission, et la reine, lorsqu'on lui rapporta ces deux nouvelles coiffures toutes simples, se montra satisfaite. Se retournant du côté de Rosalie Lamorlière ; < Rosalie, lui Jit-ellc. je ne puis plus disposer de rien, mais, mon enfant, je vous donne avec plaisir cette monture de laiton, et ce linon batiste que la couturière a rapportés. >
Un autre jour. M'"" Richard amena dans le cachot son plus jeune enfant, qui était blond et avait une figure charmante. Marie- ^^^^^^^'^ncnc^ vn apercevant ce h.-au petit garçon, tressaillit; elle le prit dans ses bras, le couvrit de baisers et de caresses, et se mit
à pleurer, en parlant de Louis XVII, qui était à peu près du même âge, elle y pensait nuit et jour. Cela lui fit un mal horrible, et M™" Richard, en remontant, dit qu'elle se garderait bien de ramener son fils dans le cachot.
Hélas! Simon faisait chanter au fils de Marie-Antoinette le Ça ira et la Marseillaise. On mettait à lauguste enfant le bonnet rouge et la carmagnole. On lui apprenait à prononcer des jurements affreux contre Dieu et sa famille. < Heureusement, a dit Madame Royale, ma mère n a pas entendu toutes ces horreurs. O mon Dieu, quel mal cela lui aurait fait î >
LA CONSPIRATION Dl. LcLli.LLT
Au moment où Marie-Antoinette était engloutie dans cet abîme de la Conciergerie, il y avait des gens qui songeaient encore à la sauver. Simon n avait pu réussira rendre suspect Michonis, ei ce courageux limonadier, que les révolutionnaires les plus ardents considéraient toujours comme un des leurs, témoignait plus que jamais son infatigable dévouement à la reine. II était de service, comme municipal au Temple, le jour de sa translation à la Conciergerie, et c'est lui qui était monte dans le fiacre avec elle et les deux gendarmes, pour la conduire à cette dernière priMjn. 11 setait, en outre, fait nommer administrateur de police, et, en cette qualité, il avait le droit d'entrer dans le cachot de la reine, sous prétexte de la surveiller. La séduction que la prisonnière était habituée à exercer sur quiconque avait l'honneur de l'approcher, ne l'abandonnait pas. à la Conciergerie. La servante Rosalie Lamorlicre l'admirait et la vénérait. La concierge M"" Richard, se montrait e-alement touchée par une infortune si auguste. Le fidèle François Hue, qui avait une correspondance secrète avec Madame Elisabeth au Temple, fut invite jvar cette princesse^ à mettre tout en œuvre pour l'instruire de la véritable position de la reine. M. Hue, trouvant que les renseignements qu'il
parvint d'abord à se procurer étaient trop vagues, conçut le hardi projet d'aller lui-même à la Conciergerie les vérifier. A peine eut-il franchi lepremierguichet, que M"*' Richard, jugeant à son air qu'il était embarrassé de la marche à tenir dans cette triste demeure, vint à lui, et lui tendant la main, le conduisit dans un endroit écarté: «Fiez-vous à moi, lui dit-elle. Qui êtes-vous : Quel intérêt vous amène? Ne me dissimulez rien. >
Cette invitation amicale détermina la confiance du visiteur. M"" Richard répondit avec complaisance à toutes les questions qu'il lui adressa: < Vous voyez, lui dit-il, le motif qui m'amène. Faire passer à la reine des nouvelles de ses enfants, informer ses enfants et Madame Elisabeth de l'état où la reine se trouve, est mon uni.jue objet. Il est digne de vous de me seconder. > Flic le promit, et tint parole. François Hue ajoute à ce récit : < La personne à qui je m'étais confié apprit à la reine que j'avais pénétré jusque dans sa prison. « Quoi ! jusqu^ici, s'écria Sa Majesté. » Le succès justifia ma hardiesse, et pendant quelques semaines, j'eus la consolation de procurer aux princesses captives dans le Temple des nouvelles de la reine. >
11 y avait alors à Paris un ancien otHcier, chevalier de Saint- Louis, qui se nommait M. de Rougeville, et qui devait renouveler les tentatives de Toulan, de Lepitre, de Cortey, de Michonis, du baron de Batz. Fils d'un riche financier, M. de Rouiieville, était né vers 1760. Fntré fort jeune au service militaire, il avait été, pendant la guerre d'Amérique, aide de camp de Lee et de Washington. 11 obtint, à son retour en France, le brevet de lieutenant-colonel. En 1789, il devint olHcier de la garde nationale. Le 20 juin 1792, lors de l'envahissement des Tuileries, ce lut lui qui contribua surtout à préserver la reine des fureurs de la multitude. Le 4 juin 1793, on l'arrêta comme suspect; mais le 14 du même mois, il fut remis en liberté. Dès ce moment, il chercha, par l'intermédiaire d'une dame Dutilleul, chez qui il demeurait, à Vaugirard, à entrer en relations avec Michonis, dans l'espoir de faire évader la reine. A la suite de plusieurs entrevues
LA CONSPIRATION DE L'ŒILLET
qu'il eut avec lui, chez M'"^ Dutilleul et chez un marchand de bois nommé Fontaine, il conçut un nouveau projet de délivrance. C'est le projet auquel on adonné le nom de la conspiration de l'Œillet.
Marie-Antoinette avait eu toute sa vie la passion des fleurs. Cette passion, elle l'éprouvait plus vivement à la Conciergerie que partout ailleurs. Les fleurs alors n'étaient plus seulement un charme pour elle, une distraction, elles avaient surtout l'avantage de chasser pour un instant l'odeur insupportable de la pri.on. Une fleur, c'était le souvenir de l'air, de la lumière, de la nature. La pauvre prisonnière, fermant les yeux, s'enivrait du parfum. Son imagination encore si belle, malgré tant d'horribles spectacles qui l'avaient attristée, revoyait un instant le. prairies, les jardins, les ombrages, le soleil. Aussi quelle gratitude dans' son cœur ulcéré, quand la concierge ou le. gendarmes lui apportaient quelque, fleurs que se. larmes ranimaient, ainsi qu'une rosée! i:h bien, ces pauvres fleurs lui furent encore fatales, et l'œillet qu'elle revui du chevalier de Rougeville fit res.errer'ses chaîne, et rendre .un cachot plu. atroce encore. Mais n'est-ce pa. une cho.se curieu.e que Timportance des fleur, dans la destinée de Marie-Antoinette? Une rose avait joue un grand rôle dan. Talfaire du collier, et un (eillet allait faire échouer un projet d'eva.ion. Ainsi tout était funeste, tout portait malheur à la reine iniortunee.
Le 8 septembre, vers onze heures du matin, au moment où elle vit, à sa grande surprise, le chevalier de Rougeville emrer dans sa prison, elle y était, comme a lordinaire, avec la servante Harel, et les deux gendarmes, Gilbert et Dufrène. xMichonis conduisait Rougeville. Reconnaissant Thomme qui avait tant contribue a la sauver le 20 juin 1792, Marie-Antoinette tressaillit, les larmes lui tombèrent des yeux, un grand feu lui monta au visage. Llle demanda tout haut des nouvelles de ses enfants à Michoni.; Miehoni. rebondit que les deux entants se portaient bien. Pendant ce temps, Rougeville fai.ait a la reine des signes
qu'elle ne comprenait pas. Alors il s'approcha d'elle, et lui dit à voix basse de ramasser un œillet qui contenait un billet, et qu'il laissa tomber près du poêle, derrière la servante. La reine le ramassa. Rougeville lui dit : < Le cœur vous manque-t-il ? — 11 ne me manque jamais, > répondit-elle.
Michonis et Rougeville sortirent.
Marie-Antoinette, après avoir lu précipitamment le billet, le déchira en mille morceaux. Il contenait, a-t-elle dit dans son mterrogatoire, une ofïre d'argent et quelques phrases vagues : « Que prétendez-vous faire? J'ai été en prison, je m'en suis tiré par un miracle. Je viendrai vendredi. >
S'il taut ajouter foi à l'interrogatoire du gendarme Gilbert, la reine, se fiant à lui, aurait eu l'extrême imprudence de lui raconter ce qui venait de se passer. On trouve, en effet, dans la déposition du gendarme : < La veuve Capet médit : Voyez comme je suis tremblante; ce particulier que vous venez de voir est un ci-devant chevalier de Saint-Louis, employé aux armées, auquel je suis redevable de ne m'avoir pas abandonnée dans une affaire. Vous ne vous douteriez pas de la manière dont il s'y est pris pour me faire passer un billet ; il nVa fait signe de l'œil, je ne comprenais pas ce qu'il voulait exprimer; il s'est approché de moi et ma dit, à voix très basse : Ramassez donc Fœillet qui est à terre et qui renferme les vœ^ux les plus ardents; je reviendrai vendredi. Après m'avoir ainsi parlé, je me suis baissée, et j'ai relevé l'œillet qui m'était indiqué. >
Continuons l'interrogatoire du gendarme Gilbert : « Le déposant ajoute qu'il a vu en effet la veuve Capet se baisser, mais que, ne prévoyant pas quelle en était la cause, il ne vit rien en elle qu'une très vive émotion, son visage changé de couleur, et ses membres tremblants. Un instant après, Michonis et le pa'rticulier qui était venu avec lui se disposant à sortir, la veuve Capet lui dit : < Je vous fais donc un adieu éternel. > A cela Michonis répondit : < Point du tout, si je ne suis plus administrateur de la « police étant officier municipal, j'aurais le droit de venir et de
LA CONSPIRATION DE L'(EILLET
< vous faire visite, tant qu'elle vous sera agréable. > Michonis sortit avec le particulier, et ce fut alors qu'elle me montra un billet qu'elle avait piqué et dont les pointes formaient deux ou trois lignes d'écriture, elle me dit : < Voyez, je n'ai pas besoin de plume pour écrire. >
Ce billet de Marie-Antoinette, il existe encore. On peut en avoir \q fac'similc dans Tinléressant recueil du comte de Reisct'. Attaché aux liasses de l'enquête, ce petit billet a été communiqué a M. de Reiset par le secrétariat des Archives nationales.
Le sens des marques d'épingle était celui-ci : < Je suis gardée à vue; je ne parle ni n'écris; je me lie à vous, je viendrai. >
Soit que la reine se fût trahie elle-même, soit qu'il eût surpris son secret, le gendarme Gilbert la dénonça. Le :^ septembre, il adressa à son lieutenant-colonel un rapport où il disait : . L'avantderniêre fois que le citoyen Michonis e.t venu, il e.t venu avec un particulier dont Taspect a fait tressaillir la femme Capet, qui m'a déclare que c'était un ci-devant chevalier de Saint-Louis, mais qu'elle tremblait qu'il ne lut découvert, et qu'elle était bien surprise de la manière qu'il avait pu parvenir jusqu'à elle. Llle ma de même déclare qu'il lui avait fan tenir dans ce même jour un .eilletdans lequel il y avait un billet, et qu'il devait revenir le vendredi suivant. De plus, safemme de chambre étant à jouer une partie de cartes avec moi, la femme Capet a prolité de cette occasion pour écrire avec une épingle un papier qu'elle m'a remis à dessein de le remettre au certain quidam; mais ne voulant pas avoir rien à me reprocher sur la place et les devoirs que j'avais a remplir, je me suis transporté aussitôt chez le concierge à la femme duquel j'ai remis le billet, et fait absolument le rapport aussi exact que j'ai l'honneur de vous le présenter. >
Alors plusieurs conventionnels furent charges par le Comité de sûreté générale de se rendre à la Conciergerie, le jour même, et d'y instruire l'allaire. W^ procédèrent aux interrogatoires de b
' Lettres inédites de Marie-Antoinette, publiées par le comte de Reiseï I vol. Chez Firmin Didot.
reine, de la femme Harel, de Michonis, des gendarmes, du marchand de bois Fontaine, de la femme Richard, de M"* Dutilleul. Un savant écrivain, habile et infatigable chercheur, M. Campardon, a publié tous ces interrogatoires dans le très curieux, très nouveau et très substantiel recueil de documents qu'il a réunis sous ce titre : Marie-Antoinette à la Conciergerie.
Marie-Antoinette subit, au sujet de cette affaire de l'œillet, deux interrogatoires. Voici les réponses principales qu'elle fit, lors du premier, qui eut lieu le 3 septembre :
« Est-ce vous qui vous nommez la veuve Capet ?
— Oui.
— - \e voyez-vous personne dans la maison où vous êtes détenue ?
— Personne que ceux qu'on a placés auprès de moi, et des administrateurs qui sont venus avec des personnes que je ne connais pas.
— N'avez-vous pas vu, il y a quelques jours, un ci-devant chevalier de Saint-Louis ?
— • 11 est possible que j'aie vu quelque visage connu, il en vient tant. >
Marie-Antoinette, qui ne savait pas encore qu'elle avait été trahie et dénoncée par le gendarme Gilbert, et ne voulant compromettre ni elle ni lui, s'enferma d'abord dans des dénégations. Elle nia l'œillet, le billet de Rougevillc, le sien. Cependant les conventionnels chargés de l'instruction insistaient.
« Il y a quelques jours qu'un chevalier de Saint-Louis est entré dans votre logement : vous avez tressailli en le voyant ; nous vous demandons de répondre si vous le connaissez ?
— Il est possible que j'aie vu des visages connus, comme je l'ai dit plus haut, et que, dans l'état de crispation de nerfs où je me trouve, j'aie tressailli, sans savoir ni quel jour, ni pour qui, ni pour quoi.
— Nous vous faisons observer cependant qu'il a été déclare que vous connaissiez le ci-devant chevalier de Saint-Louis, et que
LA CONSPIRATION DE L'ŒILLET
VOUS trembliez qu'il ne fût reconnu : ce sont les expressions dont on dépose que vous vous êtes servie.
- Il est à croire que si j'avais tremblé qu'il ne fût reconnu le n en aurais pas parlé, ou j'aurais eu un intérêt à le cacher.
- nans la position où vous êtes, il serait naturel de proliter de tous les moyens qui vous seraient offerts pour vous échapper et pour transmettre vos idées à ceux dans lesquels vous croiriez avoir conliance. 11 ne serait donc pas étonnant que ce chevalier de Samt-I.ouis fût une personne qui pourrait vous être alKdée et dont, par là-mème, vous auriez intérêt de ne pas parler.
^ - Il serait bien malheureux que les gens qtii mintéressent m eussent frappée aussi peu. Si j'cais seule, je ne balancerais pas a tenter tous les moyens pour n,c rcun.r à ma famille; mais ayan! trois personnes dans ma chambre, quoiqLie je ne les connusse point avant de venir ici, je ne les compromettrai jamais pour rieii. >
On Un l,t ensuite des questions ayant ira.t a la politique, a/in de lui tendre des pièges. l.He y repondit avec autant d'adresseque de dignité. ^
« Vous intéressez-vous au succès des armes de nos ennemis >
- Je m interesse au succès de celles de la nation de mon (ils • quand on est mère, cest la première parenté.
- Quelle est la nation de votre lils?
- Pouvez-vous en douter? N'est-il pas lYancais r
- Votre iils n-etant que simple particulier, vous déclarez donc avoir renoncé à tous les privilèges que donnait jadis le vain titre de roi ?
-Il n'encs, pas de plus beau, et nous pensons de même que le bonheur de la France. '
- Vous êtes donc bien aise quil uy ait plus ni roi ni royauté'-
- Que la Irance soit grande et heureuse, cést tout ce qu'il
nous faut... ^ ^
De quelle nature sont les torts qu'on peut faire a vos enfants { ^^
LA DERNIÈRE ANiNÉE DE MARIE-ANTOINETTE
LA CONSPIRATION DE L'ŒILLET
— Toute espèce quelconque.
— Il est impossible que vous ne reconnaissiez pas plus particulièrement comme tels ceux qui auraient pu être faits, d'après vos idées, à votre fils, relativement à l'abolition de la royauté. Que répondez-vous ?
— Si la France doit être heureuse avec un roi, je désire que ce soit mon fils; si elle doit Tétre sans roi, j'en partagerai avec lui le bonheur.
— ■ La France étant constituée en République par le vœu prononcé de vingt-cinq millions d'hommes et par toutes les sections du peuple, vous déclarez donc désirer que vous et votre lils vous existiez comme de simples particuliers dans la République, et qu'elle repousse loin de son territoire tous les ennemis qui lon^ attaquée ?
— Je n'ai d'autre réponse à faire que celle que j'ai faite à la question précédente. >
Après l'interrogatoire des autres inculpés, la reine s'apercevant que la vérité était connue, et sachant, d'autre part, que Rougeville n'avait pas été arrêté, changea son système de défense. Interrogée une seconde fois, elle eut autant de calme dans ce second interrogatoire que dans le premier.
« Nous avons acquis, par les dépositions et par les pièces de conviction qui sont entre nos mains, que dans les faits sur lesquels nous vous avons interrogée et que vous avez niés, vous avez dit faux?
— Donnez-moi la preuve.
— On vous a demandé s'il n'y avait pas quelques jours que vous aviez vu un ci-devant chevalier de Saint-Louis que vous aviez reconnu ; vous avez dit non. Convenez-vous qu'il y avait un œillet !
— Oui.
— Vous avez nié d'avoir pris et ramassé un billet qui était dans TaMllet.
-- Je l'ai pris et ramassé.
— Que contenait ce billet?
— Des phrases vagues : < Que prétendez-vous faire ? Que € comptez-vous faire ? J'ai été en prison, je m'en suis tiré par un < miracle, je viendrai vendredi. >
— lùait-ce la première ou la seconde fois que vous l'avez vu ? ~ Je ne l'ai reconnu que cette seule fois, et, s'il y était venu
auparavant, je ne l'aurai pas reconnu.
— Ce billet ne contenait-il pas autre chose, et n'y avait-il point d'offre ?
— Il y avait une offre d'argent; mais je n'en ai pas besoin, et je n'en accepterai de personne.
— 11 paraît que vous avez reconnu cet homme; savez-vous son nom ?
— Je me souviens de l'avoir vu souvent, mais je ne sais pas son nom.
— Dans quelle occasion l'avez-vous connu ?
— Je 1 ai vu aux Tuileries.
— N'y a-t-il pas une époque remarquable où vous avez fait plus attention à lui ?
— Oui. à Tcpoquc du 20 juin 1792, il était dans la même chambre ou j 'étais.
— V resta-t-il longtemps ?
— Tout le temps que j"y ai été.
— (^u'c;.t devenu le billet :
— Je l'ai deJureen mille petits morceaux.
— Ave/-vous repondu à ce billet ?
— Repondu ? non.
— Si vous n'avez pas répondu, vous avez écrit du moins. Que contenait cet écrit :
— Avec une épingle j'ai essayé de marquer: « Je suis gardée à vue, je ne parle ni n'écris. >
A propos de cette dernière réponse, le comte de Reiset a fait, dans son recueil, la réflexion suivante : < On remarquera que la rcme ne Jit pas à ses juges tout ce que contenait le billet, auquel
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