LE DERNIER CACHOT DE LA REINE
et Où se tinrent les gendarmes. Pour pénétrer dans le cachot de Marie-Antoinette, il fallait donc d'abord entrer dans la chambre des gendarmes par la porte qui faisait face à la croisée, ou, pour mieux dire, à la lucarne de cette pièce, puis passer par l'ouverture qui, à droite, la mettait en communication avec le cachot de Marie-Antoinette.
Les personnes qui ont un culte pour la mémoire de la reine martyre, et qui actuellement visitent la Conciergerie, s'intéresseront peut-être à ces détails. C'est pour elles, pour faciliter leurs mvestigations, que nous les mentionnons ici.
Quand on veut visiter le dernier cachot de Marie-Antoinette, celui où elle fut incarcérée par suite de l'arrêté des administrateurs de police, en date du ii septembre 1793, et où elle resta jusqu'au 16 octobre, jour de son supplice, on entre d'abord dans la cour de la Conciergerie, puis dans une salle très vaste et très haute, qui a été agrandie et restaurée, par suite de réparations récentes, et où, d'après la tradition, était la salle d'armes de saint Louis. Au fond, à gauche, on monte quelques marches au haut desquelles on prend, adroite, un corridor étroit et sombre; au fond de ce corridor on trouve, à gauche, la pièce qui fut, lors de la captivité de la reine, la chambre dite des gendarmes; puis, à côté de cette chambre, toujours à gauche du corridor, le cachot de Marie-Antoinette. La chambre des gendarmes sert aujourd'hui de salle de bains pour les détenus, et contient une unique baignoire. Quam au cachot de la reine, il n'a aucune destination. Qui oserait troubler ce lieu sacré !
Remarquons bien que ces deux pièces contiguës qu'on visite actuellement, et qui sont désignées. Tune sous le nom de salle des bains (l'ancienne chambre des gendarmes), l'autre, sous celui de cachot de la reine, et qui aujourd'hui sont entièrement distinctes, ne formaient qu'un seul tout, pendant la captivité de Marie- Antoinette. C'étaient alors deux pièces réunies en une seule : la première, celle de gauche, réservée aux gendarmes; la seconde, celle de droite, réservée à la reine, toutes deux ayant chacune
une lucarne qui donnait sur la cour des femmes. Aujourd'hui, l'ouverture qui mettait en communication les deux pièces, et dont on reconnaît l'emplacement à gauche dans le cachot de la reine, a été supprimée et murée. Les deux pièces, entièrement distinctes, comme nous venons de le dire, ne communiquent donc plus.
Lafont d'Aussonne, dans son livre Mémoire sur les malheurs de la reine de France, a dit à propos des deux pièces dont la réunion formait le cachot de xMarie-Antoinette : « La chambre donnée pour habitation à la reine était située à l'extrémité d'un long corridor noir où nuit et jour brûlent des lampes, et que divisent deux guichets en grilles de fer. Ce lieu est voisin du caveau où, dit-on, fut enfermé Robespierre, aujourd'hui la sacristie de la chapelle dite des Girondins. Mais tout l'espace ne fut pas mis à la libre disposition de la reine. La portion de gauche, en entrant, fut occupée par deux gendarmes, chargés de garder constamment sa personne et de surveiller ses actions. >
Le défenseur de la reine, (^hauvcau-Lai;arde, dans ses Xntes sur le procès de Marie- Antoinette, parle également des deux pièces comme formant un tout. < Après avoir passé deux guichets, dit-il, on trouve un corridor obscur, à l'entrée duquel on ne peut se conduire qu'à la lueur d'une lampe, qui y reste constamment allumée. A droite sont des cachots, à gauche est une chambre où la lumière pénètre par deux petites croisées garnies de barreaux de fer, et donnant au niveau de la petite cour des femmes. »
A la fm du second empire, quand on répara et transforma la Conciergerie de fond en comble, ce fut l'impératrice 1-Aigénie qui, dans une pensée de pieux respect pour de si pathétiques souvenirs, obtint qu'on ne toucherait point au cachot de Marie- Antoinette. Mais on avait décidé alors que, tout en conservant ce cachot, on transformerait ou détruirait la pièce voisine, c'està-dire la chambre des gendarmes, aujourd'hui salle des bains. Heureusement, cette pièce a été aussi conservée. Le comte de Reiset, ainsi qu'il nous le raconte dans son recueil, en fit très