‹ Les dernières années de Marie-Antoinette [microform]Chapitre 96 sur 105 · TA DERNIÈRE ANNÉE DE · texte numérisé non relu

TA DERNIÈRE ANNÉE DE

le serment du Jeu de Paume; le comte d'Estaing, amira et le gcncral comte de la Tour du Pin, at^cien n^^alZ de la 'u .

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au es tl '" '"■ ^■'"' '''"'''' '^«-''^-'-'nt à plusieurs autres temo.ns, au général marquis de la Tour du P n Gou

vernet nu hmonadier Michonis, à l'épicier Dangé, à Héheri l

Pcre Duchesne), à Simon, le persécuteur de Louis XVll a la

cusateur puhl.c lui-même, Kouquicr-Tinville

verstr^Tr' T/'"' '" ''""^ '' "■ "'^'^'^ '- P'- diverses, d y avau des marchands, des généraux, des servantes

des gendarmes, un médecin, un peintre, des folliculaires - .vment été choisis comme par hasard, tant l'accusation s'itait fatte precpuamment. On n'avait eu qu'un but : trouver des nem.s de 1 accusée. Peu importait celui-ci ou celui-là. 11 n'v a "t plus en l-rance qu'un simulacre de justice. .Ainsi que Va di, Château nand,, les tribunau.x ne s'étaient point rouverts apré la mort de Lou,s XVI; comme autrefois, les magistrats ava, SU.V. le monarque au lieu de la sépulture, mais on ne les aTa potnt vus reven.r; ils s'étaient ensevelis dans la tombe de il maître, et la ,ust,ce était remontée au ciel avec le fils de sain Louts. > Le procès de -Marie-Antoinette fut la parodie d'un ju m n t. Pourquo, les soi-disant juges t,e se contentaient-ils ^ d une simple constatation d'identité '

Parmi les témoins, Fouquier-Tinville compte surtout sur Lecomtre, cet officier de la garde nationale de Versailles lu au'

irtrsir" '' "-'''- ' ''"- --e "rri::;::,!

M H h ! I ' ^"' "'^P'™' ''''' '^"' ^' "^'^"'^ Louis XVII • sur Hébert, I ancien contrôleur de contre-marques au théà, e' des Vartetes, devenu si célèbre sous le nom du Père Duch" Hébert, qui a inventé l'accusation d'inces.e; sur Labe tt c^' s.nge de Marat, qui prétend que l'accusée a envoyée trois homm pour le tuer; sur Reine Mi„ot, ancienne servante au châtiru d Versailles, qui soutient que la reine a fait passer plus de .00 m

LE TRIBUNAL RÉVOLUTIONNAIRE

lions à la cour d'Autriche, et qu'elle a voulu faire assassiner le duc d'Orléans; sur Roussillon, qui lui reproche d'être l'instigatrice des massacres de Nancy et du Champ de Mars; sur (Gilbert, ce gendarme qui a dénoncé l'atTaire de rœilleî, (Gilbert qui, après la mort de la reine, sera nommé ollicier, et qui, ayant perdu au jeu l'argent de sa compagnie, se brûlera la cervelle; sur Tisset, cet espion de police qui prétend avoir découvert des bons signés de Marie-Antoinette, Tisset, l'auteur d'un recueil périodique dont voici le titre e.xact : Compte rendu aux sansculottes de la Republique française, par très haute, très puissante et très expèditive dame Guillotine, dame du Carrousel, de la place de la Rèvolutinn, de la Grève et autres lieux, contenant le nom et surnom de ceux à qui elle a accordé des passeports pour l autre nnnde, le lieu de leur naissance, leur âge et qualités^ le jour de leur jui^^ement, depuis son établissement au mois de juillet i-(j2 jusqu à ce jour, rédif^é et présenté aux amis de ses prouesses par le citoyen 7'is^et, ;/" iS, rue delà Baril lerie, coopérateur des succès de la République française; de l'imprimerie du Calculateur patriotc, au corps sans tête.

C'est Tisset qui, faisant parler dame Guillotine, écrit dans la préface de son recueil : < Ah! qu'une tiare dans le panier ferait un merveilleux effet, et que la îéte du Saint-Père ajouterait à mes lauriers! l'idée de ne pouvoir en jouir m'attriste. Ah! si Sa Sainteté prétendue et le Sacré-Collège des cardinaux voulaient émigrer de Rome et venir faire un tour à Paris, comme je les saluerais de bonne grâce, et que j'aurais de satisfaction àen faire subito des saint Denis, des saint Jean-Baptiste, des saint Firmin... Que n'aije été de tous les temps et de tous les siècles !... J'aurais guillotiné ce brave M. saint Louis, qui se fit sanctifier à force de forfaits et de bêtises; dès lors un saint de moins dans la ménagerie céleste. J'aurais sabré la plus grande partie de ses successeurs, sans mettre de côté Louis XII, Henri IV, riches de bénédictions dans leur temps, mais que nous avons bien le droit de maudire en celui-ci. Les Bathilde, les Clotilde, les reine Blanche, auraient

LE TRIBUNAL RÉVOLUTIONNAIRE

aussi dansé la carmagnole. > Et Tisset termine ainsi sa préface : < Je glisserai rapidement sur de certains criminels qui, une fois dans le panier, ne doivent plus laisser de traces, pour réserver des notes intéressantes relatives aux têtes qui m ont procuré quelque célébrité, et, comme l'ouvrage ne me fait pas peur, que je n'en ai jamais autant que j'en désire, ce tahlcau présenté,' j'en offrirai la suite, dans la douce espérance d'y insérer les noms de ceux que je guette d'aussi loin que de près, comme le chat fait de la souris. Amen. >

Fouquier-Tinville et Tisset se complétaient Tun l'autre, l/acte d'accusation aurait été digne de figurer dans les élucubrations de dame Guillotine; Fouquier-Tinville avait voulu le rédiger luimême et l'écrire de sa propre main ; il y avait mis tome son ame. Le style, c'est Thomme; l'acte d'accusation était l'écho de toutes les sales légendes de ruisseau qui traînaient dans l'imagination des faubourgs. Ramassis d'articulations sans preuves, de phrases ampoulées et violentes, ce libelle, ce pamphlet n'était qu une longue injure.

Fouquier-Tinville n'est pas un accusateur, c'est un insulteur. Il déclare que < à l'instar des Messaline, Brunehaut, Frédégonde et Médicis, que l'bn qualifiait autrefois de reines de France, et dont les noms à jamais odieux ne s'effaceront pas des fastes' de l'histoire, Marie-Antoinette, veuve de Louis Capet, a été, depuis son séjour en France, le fléau et la sangsue de tous les Français. > Il ajoute < qu'elle a épuisé le trésor national, qu'elle a pousse la perfidie et la dissimulation, au point d'avoir fait imprimer et distribuer avec profusion des ouvrages dans lesquels elle s'était dépeinte sous des couleurs peu avantageuses, et ce, pour donner le change et persuader aux puissances étrangères qu'elle était maltraitée des Français. > Ainsi, à entendre Fouquier-Tinville, c'est la reine qui était coupable des écrits publiés contre elle î Il lui reproche également d'avoir fait les journées d'octobre; il

représente l'homme pour qui elleavait peut-être leplus d'aversion, rhomme par qui elle n'avait pas voulu être sauvée, La Fayette,'

comme < son favori sous tous les rapports. » Il accuse la reine de la disette, de la fuite à Varennes, des massacres de Nancy et du Champ de Mar>, de la déclaration de guerre à rAutnche, du loaoûî. de toutes les crises, de tous les malheurs. « File a réuni, dit-il, une foule de ces êtres qualifiés de chevaliers du poignard ; elle a pris des cartouches et mordu les balles. > Ft il ajoute : « Les expressions manquent pour rendre un trait si atroce. > Commentant l'infernale et stupide accusation d'Heberi, il ose dire: « Immorale sous tous les rapports, et nouvelle Agrippine, elle est si perverse et si familière avec tous les crimes, qu'oubliant sa qualité de mère et la démarcation prescrite par la nature, elle n'a pas craint de se livrer avec Louis-Charles Capet. son fils, et de l'aveu de ce dernier, à des indécences dont l'idée et le nom seuls font frémir d'horreur. >

Hélas ! ce qui fait frémir d'horreur, c'est l'accusateur, ce n'est pas l'accusée. « .le ne crois pas, a dit Sainte-Beuve \ qu'il puisse exister de monument d'une stupidité plus atroce, plus ignominieuse pour notre espèce que le procès de Marie-Antoinette, tel qu'on peut le lire officiellement reproduit au tome XXIX' de V Histoire parlementaire de la Révolution française. La plupart des réponses qu'elle lit aux accusations sont tronquées ou supprimées ; mais, comme en tout procès inique, le texte seul des imputations dépose contre les assassins. Quand on pense qu'un siècle dit de lumières et de la plus raffinée civilisation aboutit à des actes publics de cette barbarie, on se prend à douter de la nature humaine et à s'épouvanter de la bète féroce, aussi bète que féroce en ellet, qu'elle contient toujours en elle-même, et qui ne demande qu'à sortir. >

Rien ne pouvait plus sauver la reine. Ce n'était pas un jugement, c'était un meurtre. .M'"'" de Staèl avait écrit, sous le voile de l'anonyme, une Défense de Al arie- Antoinette, adressée aux i'raneais : < Je viens à vous, s'écriait la fille éloquente de Necker, je

* Causeries du lundi, t. IV.

Viens a vous, femmes immolées toutes dans une mère si tendre immolées toutes par l'attentat qui serait commis sur la faiblesse par 1 anéantissement de la pitié ; c'en est fait de votre empire si la crocté règne; c'en est fait de votre destinée, si vos pleurs coulent en vain ! Défendez !a reine par toutes les armes de la nature; allez chercher cet enfant qui périra, s'il faut qu'il perde celle qu 11 a tant aimée. Il sera bientôt lui-même un objet importun , par l'inexprimable intérêt que tant de malheurs feront retomber sur sa tête; mais qu'il demande à genoux la ,râce de sa mère. L enfance peut prier, l'enfance s'ignore encore; mais malheur au peuple qui aurait entendu ses cris en vain : Malheur au peuple qui ne serait ni juste ni généreux î Ce n'est pas à lui que la liberté serait réservée ! »

Non, non, plus d'espérance. Que peut la voix de M™' de Staél cette faible voix perdue dans la tempête ? Les hommes de san^' seront sans pitié. Les femmes vont pleurer, pendant le procès de la reine, mais leurs pleurs ne la sauveront pas.

LE PROCÈS DE LA REINE

Le mardi i5 octobre 1793, à huit heures du matin, le procès de la reine commence. La salle du tribunal révolutionnaire est remplie. Parmi les personnes munies de billets, qui encombrent les tribunes, plusieurs royalistes déguisés en gens du peuple sont parvenus à se glisser. Les mouvements, les murmures de la foule trahissent une curiosité avide et turbulente.

« La reine, a dit la servante Rosalie Lamorlièrc, monta dès les huit heures du matin à la salle des audiences, et, comme je ne me rappelle pas lui avoir porté ce jour-la aucune espèce de nourriture, il est à croire qu'ils la tirent montera jeun. >

La porte s'ouvre, Marie-Antoinette apparaît, vêtue d'une robe noire ; elle a arrangé ses cheveux et ajouté, à son bonnet de linon bordé d'une garniture plibsée, deux barbes volantes qu'elle avait dans un petit carton ; sous ces barbes de deuil elle a ajusté un crêpe noir, ce qui lui fait une coiffure de veuve. Pâle, elle porte sur ses traits amaigris la trace de ses souffrances, et, dans sa che\elure blonde, il y a beaucoup de cheveux blancs. Mais sa contenance est noble et ferme ; elle s'assied sur un fauteuil de fer, et dirige vers sa droite, c'est-à-dire sur le public, un coup d'œil plein de tristesse et de dignitc. IHii:^ elle regarde lentement les jurés et les juges, et ses doigts se promènent ^ur la barre de

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