‹ Les Dernières années de Mme de WarensChapitre 11 sur 21 · PROCURATION · texte numérisé non relu

PROCURATION

four dame Françoise-Eléonore de La Tour

baronne de VuarenSy à elle passé par

le sieur Simond Gérard — L. 1,000.

L'an mille sept cent cinquante cinq et le onze du mois de décembre à Chambéry après midy dans l'hôtel de la dame baronne de ^''uarens pardevant moy notaire roial soussigné et présents les témoins en fin nommés s'est personnellement établi

et constitué le sieur Simone! fils de sieur Pierre Bérard natif citoyen et habittant de la ville de Genève agissant au nom des sieurs Pierre Bérard et fils lequel de gré pour luy ses associés et les leurs a fait et constitué pour procuratrice spéciale et générale Tune des qualités ne dérogeant à l'autre n'y au contraire sçavoir dame Françoise Eléonore fille de feu noble Jean Baptiste de Latour native deVevey canton de Berne en Suisse Et c'est pour et au nom dudit sieur constituant vendre alliéner céder et négotier ainsy et comme bon luy semblerat la portion que ledit sieur constituant at acquis ce jourdhuy du sieur Jean Raudaulphe de Courtilles par contrat reçu par moy notaire soussigné occasion des privilèges accordés par Sa Majesté tant à la dite dame baronne de Vuarens qui est icy présente et la susdite charge acceptante qu'audit sieur de Courtilles pour l'excavation des minières de charbon de pierre et de terre et de la compagnie de société qui a été formée en conséquence de la manière que le tout est expliqué

Di: MADAMi: Dt: VVARENS ICI

dans ledit coniral d'acquis qui a clc fait pour mille li\rcs cl auciucl contrat la prcscntc est relative pour cjuc ladite dame puisse vendre et aliéner la susdite portion vendue pour le prix sous les clauses et de la manière que bon luy semblerat luy donnant à ces lins pouvoir de passer tous contrats tant de vente cession qu'autres qui pourront être nécessaires pour ce regard lesquels le sieur constituant avoue approuve et-i'atifie dès à présent comme pour lors à la charge que ladite dame rendrat bon compte de son administration à quel effet il sera remis à ladite dame une expédition du sus désigné contrat d'acquis reçu par moy dit notaire et tout ce que dessus les parties ont promis observer chacun en ce qui le concerne aux peines respectives de tous dépends domages intérests et à l'obligation et constitution de tous leurs biens présents et avenirs fait et prononcé audit lieu en présence de spectable Gaspard Bonety et du sieur Dominique Sulpis tous deux habittants de la présente ville témoins requis qui ont si-

gnés au bas de ma minutte avec lesdites parties et moy dit notaire soussigné qui ay reçu écrit et prononcé la présente contenant sur ma ditte minutte deux pages compris mon verbal J'ay icelle expédié pour Tofice du tabellion après due collation faitte quoique par autre soit écrit. Signé Daviet, notaire.

Vers la même époque, Jean-Jacques renonça complètement à Tespoir, qu'il avait encore nourri jusqu'alors, de vivre avec jy/^mc jg Warens. A l'année 1756, — seconde Partie, Livre IX des Confessions, — le célèbre écrivain dit : (( J'ai toujours regardé le jour qui m'unit à ma Thérèse comme celui qui fixa mon être moral. J'avais besoin d'un attachement, puisque enfin celui qui devoit me suffire avoit été si cruellement rompu. La soif du bonheur ne s'éteint point dans le cœur de l'homme. Maman vieillissoit et s^avilissoit ! il m' étoit prouvé qiLelle ne poiiv oit plus être heureuse ici-bas. Restoit à chercher un bonheur qui me fût propre, ayant perdu tout espoir de jamais

bK AlAlJA.Mi: l)K WAUENS IO3

pjrlji^cr le sien. )) Rousseau avait clc recueilli par M'"'' clc Warcns en 1728; en 1756, seulement, il lit la connaissance clc Thc^rèse. Le pau\ rc jcan-Jacc]ues resta donc, près clc 27 ans, lidèlc à l'affection qu'il avait eue pour sa maman, avant d'acU mctti-e une auti-e femme à son foyer. Ames sensibles, qui avez tant chargé la mémoire de Rousseau, rengainez votre vertueuse indignation ; elle n'est plus de mise.

La barque de M'"'' de Warens allait sombrer; sa misère s'accentuait. Dans son excellent opuscule. Lettres inédites de Madame deWarens, Jules Vuy a donné, pour la première fois, le texte d'une lettre extrêmement curieuse, que la baronne adressait, aux premiers jours de 1756, à M. de Lambert d'Angeville, au sujet de François Fabre. La pauvre femme s'humilie ; elle déclare que ce qui doit lui être le plus sensible, aujourd'hui, cest le pain quotidien :

Ce 12'' de 1756 chambéry Monsieur Jay bien lieu mon cher Baron de Re-

conoitre de plus en plus vôtre bon cœur, a mon égards; par la manière cordialle dont vous vous Exprimé sur ce qui me Regarde, continué je vous prie dens Les aucasion et ne craigne jamais que mon amour, propre, savise de ce jendarmer, il lias longtens que je luy imposé silence, la mauvaise fortune quy me persécute depuis cy longtens mauroit guéry radicalement de cette maladie, cy je lavoit Eu autre foy ; soie trenquille sur mon comte a ce sujet, je vous prie, ce quy doit maitre le plus sensible aux jour duy cest Le pain cotidiens, et La trenquillités je travailles sens. Relâche pour me mètre En état de jouir de Lun et de lautre ; cy la bontés divine veut bénir mon travail jespaire dy parvenir, afin que par ce moiens, je puisse mocuper uniquement, de La seulle chose nessesaire quy et de travallier aux salut de mon ame, je me Recommende a ce sujets a vos bonne prières ; vous me faitte un vray plaisir de maprendre que vous devez venir icy dens quelque tens ; vous chosirez vous même

DE MADAMK UK WARKNS I05

Ix Lcdrasquy VOUS conviendras Le mieux et ferez faire Labits en même temps, ccst par celte Raison que je ne vous Envoie pas desT^chantilion paicest hordinaire, cependant cy vous Les juge a propos, vous Les aurez sur votre premier avis, pour ce quy consernc M' fabre que je vous prie de vouloir saluer, de ma part ajez la bontés mon cher Baron, de vouloir luy faire comprendre quil est très ynutilequil ce présente a la trésorerie pour son argends puisque ce net que sur Le Cartier de paque, que je Lay assignes ce quy ceras paie aux courands cest adiré ver la fin davrils prochain, dabort après Les fêtes de paque ; je conte Le faire venir icy ; il tireras son argends ; et jespaire qu'il feras d'une pierre deux coup cestadire quands même tens il ce trouveras, une place pour Loccuper dune manière que je crois quy luy seras convenable ; cy M'" fabre sopstine avenir avant ce tens la cela porte un grands préjudice a mes affaires dont Le détail cerois trop long dens une Lètre, joray Ihoneur de vous expliquer toutes ces chose a première

vue, je VOUS prie Engrace de vouloir le garder chèvous jusques ace tens La, après quoy des que je vous aura}^ Explique mes affaires ; je prendray tous les arrengements Les plus convenable et par préférence, je suivray ceux que vous aurez La bontés de me conseillier ; je me recommende a la continuation de votre amietu et de vos sage conseils, et jay Ihoneur de vous assurer que je suis pour La vie avec tous Les sentiments que vous mérites, et Laplus Respectueuse considérations Monsieur et cher Baron

votre très humble et très obeissente

servante La Barone De Warens De La Tour.

Le contre-coup de sa pénurie d'argent se faisait sentir, même en haut lieu. Les Archives départementales de la Savoie possèdent, en effet, — Série C, N^ 209, — une lettre du comte de Grégory, ministre des finances, au comte Ferraris, intendant général de Savoie, traitant successivement de plusieurs affaires et finissant ainsi :

i)i: MADAMi; bi: waklns 107

M'"^' la baronne de Warcns ayant fail une assijj^nalion en faveur du sieur Simond Dumercier actuellement en cette ville, sur la pension que sa Majesté luy a accordée, avant que de faire payer icy l'assignation susdite, je souhaiterois scavoir si sur la pension susmentionnée il y eut ou nm\ des séquestres à cette trésorerie, contre ladite M'"*' la baronne, et j'ay l'honneur d'être avec respectueuse considération.

Monsieur Turin, le 17 mars 1756 P. S. Je vous prie aussi de m'informer jusques à quel temps ladite M""*" la baronne a été payée

Le trcs-humblc et très obéissant serviteur.

Signé de Grégory.

Les précautions n'étaient pas inutiles, à l'égard de la baronne, et l'administration, quoique bienveillante, était fort prudente avec elle. Pour s'en convaincre il suffira de lire la lettre suivante, dont l'original

est la propriété de M. Jean Faga, à Chambéry . Ce document inédit est le commentaire écœurant de la procuration que la baronne passa à Claude Vidal, le 22 août 1755; la lettre porte, au dos, une suscription de classement : Du 3 Avril 1756

M"'" La Baronne de la Tour Voici la teneur de cette pièce autographe, signée, très probablement adressée à l'Intendant général de Chambéry, qui avait eu souvent à s'occuper des affaires pécuniaires ou commerciales de M""^ de Warens. En Savoie, le titre d'Excellence n'était donné, officiellement, qu'au Gouverneur général du duché, mais les solliciteurs le prodiguaient volontiers. L'Intendant général était, en 1756, le comte Ferraris de La Tour d'Isola, en Savoie depuis 1749 ; M. Goybet, à cette époque, était intendant de la province de Chablais.

Monsieur

je doit Rendre à votre Excellence d'éternelles actions de grâce de Lacharites quelle vient dexercer a mon Egards, en

i)i: MADA.Mi: i)i: wakkns U)()

faisant cloncr mon carlicr, de paquc, suivant Larctcs de comte que ja\(>it fait a Evian, avec le s' fabre Entre les main de M"* Lintandant Goibet ; et suivant que je lavoit déclarc5 a M"* vidai, en passant mes convantions avec Luy ; et par un malheur pour moy M' vidai ce trouvant avoir aprésent besoin de cette somme ; il avoit oblié les promesse quil mavoit fait a cest Egards verbalement ; parceque majant fait rcmettres Entre ses main ; mes quatre blancsein de cette années, a cause de mes créanciers quils setoit En gajer de paicr ; il pretendoit faire voir que je feroit un double Emplois de ma pentions ; quoy quil savoit bien en consience mes intantion a cest Egards ; ma consolation auxjourduy ; cest de pouvoir dire avec vérités a votre Excellence ; que je nay james fait tort à persone, ny seu profiter du bien dautruit je laisse a Dieu et aux tens, de faire conoitre la vérités de toutes choses il me Reste après avoir remersie votre Excellence de ces bontés ; de Luy demender Encore une Grâce, des que je pouray

avoir Les force de sortir de ma chambre, jose Luy dcmender un cardheure de ces moment presieux ; pour que je puisse en particuUier; Luy donerdesEclairsissement sur des chose quy sont de conséquance, et quy Regarde Lavantage de Létat ;

je prie dieu pour les prospérités de votre Excellence, et jay Ihoneur detre avec Leplus profonds Respect ;

Monsieur

De votre Excellence La très humble et très obeissente

servante

La Barone De Warens De La Tour,

a Chambéry

ce 3^" avril

Après ceux de Chambéry et du Chablais, un troisième intendant eut à s'occuper encore, à la même époque, des affaires de la baronne, témoin la lettre suivante, extraite du Registre copie des lettres de rintendance du Faucigny, années

Di: AiAbAiMic Dr: warkns i i i

1753 à 175^, conserve au\ Archives clcparicmciUalcs clc la 1 laulc-Savoie :

Du 5 Avril I 756 A Madame la Baronne de \'uarcns

Madame

J'ai l'honneur, Madame, de vous assurer que je seray toujours très attentif en toute occasion pour vos intérêts, et de M" vos associés, et particulièrement pour ce qui regarde les minières de charbons dont Tentreprise ne peut être que très avantageuse au public.

Agréez je vous prie les nouvelles assurances du très parfait respect avec lequel J'ay rhonneur d'être etc.

Cependant le baron d'Angeville pressait aigrement la rentrée de sa créance ; M™* de Warens, à la date du 10 avril, lui écrit une lettre dont l'humilité fait peine. Ce document a déjà été publié par Jules \^uy, dans son excellent opuscule intitulé :

Lettres inédites de Madame de Warens , La baronne s'exprime ainsi :

Monsieur Soie persuadé mon cher Baron que tout ce quy me vien de vôtre part, me fait plaisir, et me consolle; quand même ce serois des Reproche continuel, que je nay sûrement pas mérites, il met aisé de sentir dou parte, Les mauvay office, que Lon me rends chaque jour près de vous; en Recompense de mes bienfaits ; je garde Le silence sur le tout et Laisse a Dieu La vangence ne voulent me plaindre de personne; soie bien persuade mon cher Baron que je nay point dautre dcsir que celuy de me retirer de tous les Embaras du monde; dont jay et prouves les cruelles amertume par La mauvaise foy de ceux avec quy jay Eu affaire, ce qui me doit bien Engager a finir toutes affaires s'il est possible avec de telle gens, incy vous ne devez pas douter que cy on veut me RealliserLes dix mille Livre que je ne les acsepte bien vittes, et soie bien aucy per-

suadé, que Le premier argcnds ; dont je pourray, disposer, seras pour paier Les dix moy de pensions, du S' fabre, comme il a bien Reseu en trésorerie Les 3 1 5 L. que je luy avoit promis pour fins de tous comtes entre luy et moy, il peut dezormais aler ou bon Luy sembleras, ce net plus à moy pour Lavenir, a me mcller de ces afiairc encore moins de chercher ny a Les savoir, ny a les aprofondir, qui bien feras bien trouvera Jay pris le party de ne mocuper qua prier Dieu, pour Le Salut de mon ame et pour La conservations et prospérités de ceux quy auront. Eu l'ame asse généreuse pour vouloir me Rendre quelque service, comme vous Ette du nombre mon cher Baron, je vous prie de vouloir acsepter les prière sinseire que jadresse aux ciels tous Les jour, pour que dieu vous acorde Longue vies avec toutes les prospérités que vous mérites, et que je vous souhaitte de cy bon cœur, soie je vous prie aucy persuadé de La sinserites de ma Reconoissance que de celle du parfet et très Respectueux atachement,

avec Lequel joray Thoneur detre toute ma vie

Monsieur Votre très humble

aChambéry ce et très obeissentes servante lo*" Avril 1756. LaBaroneDe Warens

De La Tour.

Au dos : (( Vous aurez la bontés mon cher Baron de menvoier Le Billiet tout fait tel que vous Le souhaites, et je le signeray et vous le renvoieray tout de suitte ou je le remetray icy Entre les main de M*" votre Procureur, quy pouras vous En acuser la Resption, il est juste que je vous done vos suretez puis que vous avez bien voulu Exercer Les heuvres de charités, a ma prières ; dont je vous conserveray une Eternelle Reconnoissance »

o4 la suite se trouvent ces mots d'une autre écriture : Lettre de Mad^ De Warens où elle parle de payer la pension de fabre et de passer un billiet à M'" le Baron dangeville. —

Une autre lettre complète les renseignements qui découlent de la précédente ;

1)ï: MAUA.Mi: DL WAKl.NS II5

clic a clef adjii{.;cc pour jod IV. a lùicnnc Charavay, dans la vente d'une précieuse colleclion de lettres autof^'-raphes, laquelle eut lieu, les 15 et 16 mars 1887, à la salle Drouot, à Paris;lc célèbre archivistepaléographe a bien voulu m'en envoyer copie:

Monsieur et cher Baron Je vous sauray toute ma vie un grès infîny, du service, quil vous a plus, de me rendre, en acordent jénéreusement vostres tbale au s"" fabre, a ma prières, soie persuadé cher Baron que mes intention son droite, et que je nay rien tent a cœur que de vous paier les deux cent et quinze livres que je vous doit a ce sujets, quoy que mon zelle a conserver dens ce pais, Lindustrie des fonderies de fert coules ; que jy avoit fet Entrer avec tent de peines ; me coûte aujourduy ma ruine, et me cause de plus aujourduit les chagrain les plus sensible ; je ne puis me résoudre de me Repentir, davoir fait du bien a Létat ; et quoy que je soit traitées injustement a ce sujets jofre

I l6 LES DERNIERES ANNEES

a Dieu ma peines, et sest de sa bontés divine, que jatent ma Recompence ; et nom des créature ; et je pence que tout ce que vous meditte et vray lors que vous mavertissé, que je doit matendre, a toutes les disgrasse, que La malice et Lingratitude des humain ; peut nous faire Eprouver damertume par toutes celle que Lon ma fait resentir jusques, a présent je ; doit pencer a quoy jay lieu de matendre pour la venir ; jay Ihoneur de vous joindre icy, mon billietahordre pour les courants de LanneesprochainepourLaquitements des deux cent et quinze livres que jay promis paier pour la pentions, du s"" fabres. jesuis persuadées que lorsque vous serez icy pour vos prosses que M'" vidai ne vous refuseras pas mon papié en paiement des marchandize que vous pouries prendre che Luy.

comme il est chargé de Retirer cette ennees et la prochaine les deniers ; de ma pentions, et ce paieras par ses mains ; les pot pouris que M*" fabres ma fait par icy, lorsquil y et venus son cause quil ma falus prometres a M"" Vidais ; de ne doner aucun

l)i: MADAME I>i: WAKKNS II7

mcndat a pcrsonc quii Luy sur la Trczorcric pour cette années et la prochaine ; aux moiens de quoy il continués a paier icy, mes dettes pendent ce tems la ; je vous prie, monsieur Baron de ne point parler a pcrsonc de ce que jay Ihoncur de vcus confier quands vous serez icy je pouray vous ouvrir entièrement mon cœur ce que je ne puis quan foiblc parties sur le papier, au Reste soie bien assurez et de maparfaitte Rcconnoissance a vos hontes, et de lenvie que je conserve a trouver des aucasions a vous en doner des preuve ; pour vous convincre, de mon parfait devouement, et de latrès Respectueuse et parfaitte considérations avec laquelle je seray toute ma vie.

Monsieur et cher Baron

Votre très humble et très obéissante servante

La Baronne De Warens de la Tour

ce 16^ mav

ml

Chambery

Il8 LES DERNIÈRES ANNEES

Vous aurez la bonté de me doner avis de la Reseptions de mon billiets

Adresse :

Monsieur Monsieur De Lembert Baron Dengevillé à La Caillies près Dannecy

A La Caillie

A cet autographe était jointe, selon le Catalogue de la vente précité, la lettre suivante du sieur Fabre, concernant le même sujet :

Monsieur, Je suis persuadé que par L'amittié que vous mavait toujour témoinié durant le tan que jay demeure chez vous, vous devait être impacian daprandre de mes nouvelles dememe que de ma situation qui est asé triste pour moy; comme je compte que monsieur de Sainte Colombe avotre considération auroitpu me proqurer quelque plasce ou dune fasson ou dautre, jat-

tcndoit ce momanl pour pouvoir vous Le faire asavoir, il est ccpandant vray que monsieur Le Compte de Mongioy et monsieur de Sainte Colombe on fait tout ce quils on pu pour ce fait la, il mon donne des Laitres de recommandation pour toutes Les fabriques an fer des anvirons de Chambcry, mais il ny a pas eu Lieu de rien faire ; voilà une queinsenc de jour que je cour tan du coté de La moriainnc que des bogies sans quil meye été possible de trouver au cune plasce je ne say a quel sein me promaitre, je me suis même jeté au piet du gouverneur pour pouvoir avoir une plasce auprait des fabriques de monsieur le chevalié Derubilan il ma fait réponse quil était innutile décrire au piemont pour cella attandu que les fabriques atait aba depuis trois moy et que Les ouvries était tout parti ; le fameu monsieur Cimon qui cetait donne savoir faire Le fer blan par La Lecture de tiorie que Madame de Warans Lui avait aprit, ne Luy apa pu reusir non plus que dan le tan quil Lavait antepri au fabriques dargi-

antines il est arivé a Chambcry depuis une quinzaine de jour. Madame de Warans le garde avec elle ils sont aprait a chercher des asocies du coté de geneve pour antreprandre une nouvelle fabrique an fer blan et autres ouvrages de piere quils ont an Chablay jay peur que Leurs teorie ne leurs cerat pas plus favorable a geneve qualieur et quils auront peine de trouver des associes Le fameut guarson perutie et rantre dans Les bonnes grasce de Madamme de Sajon quil sont trois rongieurs dans sa maison ; jay ete deux foy a son apartemant pour la voir elle ma fait dire quelle netait pas visible ; quand les mesieu me rancontre par les rues ils font samblan de ne mavoir jamait connu acauze que je me suis fait payer, jay rancontre dimanche pascé lo du moy a argiantine monsieur Lintandant gênerai qui san aie a Turein il a été fait ministre il me dit, quil avait laisce mon biliet a monsieur perein, sustitu de Leintandance et quil Le Luy avait bien recommande, il est fort regrete de toute la ville, Lon attan de jour

I)i: .MA DAM i: DK WAKKNS I Jl

a autre ccluy qui doit cire a sa plascc qui est piémontcf ; Lon vient de publier aujourdliuy un nouvau edi des espcsces qui a etc afiché par toute la ville qui conciste que ceux qui auront des demi sequeins des ecu de Lannce 1736 dememe que les ecu patagons Les pièces de ceiq sou vielles et neuves dememe que Les pièces de dix Liars seront obligé de les porter an trésorerie avant la fcin du mpy daout pour les changier contre des espesces nouvelles et Lon donnera la même valeur des espesces jusques au tan dit et le terme échu elles n'auront poin de cour, ci je pouvait vous être utile an quelque chose ou que vous puisiez me proqurer quelque maison de vos cotes je vous serait bien obligié de me Le procurer je me contanteroit de peu de chose, je nose pas masarder daller an france crainte detre areté, Les ouvriers qui travailie a la fabrique an Soye on voulu sasarder de retourner a Lyon ils ont ete reconu et par concequant areté, j'attant cette grasce Monsieur de vos bontés ordinaires vous priant de me croire avec bien de respect

Monsieur Le plus humble et le plus a Chambery obéissant de vos serviteurs ce 14 juilliet 1756. Fabre.

mes respect sil vous plait a monsieur votre frère et mademoiselle La cour La Marion et sa nièce Ci vous monorait dun mot de réponse je suis logié ches monsieur Perrein maitre cirqutié a Chambery.

Parmi les singulières choses qu'elle révèle à l'histoire, cette lettre dévoile que Wintzenried, malgré ses prétentions nobiliaires, était familièrement désigné, bien avant les Coiifessions, dans l'entourage de M""^ de Warens, par l'appellation dérisoire de guarson periitié. En manière de conclusion, ce Fabre paraît avoir haï M™'- de Warens de la façon spéciale des ingrats, à qui la reconnaissance ne saurait convenir. Une lettre de lui, datée du 26 juillet 1756 et publiée en partie par Jules Vuy, constate, avec une sorte de joie sourde, que M""® de Warens avait été expulsée de sa fabrique, vers le 18, et qu'elle était

DE MAUAML: de WAKLNS I2J

venue habiter, cnlîiK an faubour^^ Ne/in, la maison où elle clc\ail mourir. Vr)ici les misérables lignes du fondeur, adressées au baron d' Angcvillc :

(( aleg:uard des affaires de madame de Warans, elle est toujour dans ces idées baroques elle a étée condannee de nouvau a payer Lon Lamise hort de La fabrique depuis huit jours elle demeure actuellemant a nesein a La maison de monsieur flandrein »

Madame de Warens n'avait pas été prise au dépourvu ; il ressort du bail qu'elle passa avec le notaire Crépine, le 15 avril 1761, qu'elle avait loué du sieur Flandin, le précédent propriétaire, et dès le 20 mai 1756, le petit logement qu'elle ne devait quitter que pour descendre dans la tombe.

gs:

LES DERNIF.RRS ANNEES

MADAME DE WARICNS

La renommée de Rousseau grandissait de jour en jour. Déjà, en septembre 1756, le roi du siècle, Voltaire, écrivait à Jean- Jacques : (( Comptez que , de tous ceux qui vous ont lu, personne ne vous estime plus que moi, malgré mes mauvaises plaisanteries. )) L'histoire peut placer, vers cette époque, le brouillon d'une lettre attribuée à M'"''' de Warens, sans date ni indication de destinataii^e, dans laquelle la baronne se plaint de ses associés qui veulent établir une fonderie en Maurienne,

après avoir détruit rétablissement qu'elle avait créé à Chambéry. La pauvre femme est malade de chagrin, au point qu'elle désespère, elle-même, de pouvoir jamais guérir :

Monsieur

Je suis fort sensible aux sage conseils que vous avez la bontés de me doner II est sertin que la patiance et le plus grand de tous les remaide II y at longtens que j'en fais l'expérience Je m'étois flatée, Monsieur, en exersent cette vertu que vous ariveriés dens ce païs et que je pourois vous doner part et vous expliquer les afaires importentes quy conserne les minières de ce païs et les établicements quy conviennent en conséquance Mais M*" je prends la liberté de vous faire observer que le poix est trop grand pour que je puisse me soutenir plus longtens par moy même II faud que je recourent de nouveaux aux secours Etrengers ce que je ne veut faire que par votre agrément et par vos sage conseils Voila ma fabrique de

DK MADA.Mi: DF. WAKENS I 29

poteries et de toutes sorte de moula^^cs en fert eoule^s, qu'on a détruit par maliec Je irouveray des étrangers quy me fourniront de quoy la relever pourveu que les privillègc soit à moy seullc et que ma Compagnie n'y aie plu rien à voir, ce qui parois bien juste puisqu'il ont détruit mon ouvrage quoy que parfait dizent seulement pour toute raison que cela leur coutoit trop à Chambéry et qu'il Tétablirois dens la suite en Moriane, ce qui et une apsurdité des plus grande en fait de fabrique.*

Que votre bontés, Monsieur, m'optiennc le droit de continuer mes ouvrage dens ma fonderies et lorsque ces Messieurs ceront prêt à pouvoir établir en Moriane je m'ofre encore pour lors quoy qu'il ne le mérite pas de leur rendre encore service cil parviène aux point de pouvoir étably dens la fabrique de fert de Moriane. Je crois Monsieur que Ion ne peut rien auposé de contraire à mes propositions cy tôt que Ion se voudras doner la peine d'envizager les avanta-

ges de l'état. Au reste, Monsieur, pour ce quy conserne les découvertes et les iraveaux des autres mines que celle de fert j'orois trop à dire et il me faudroit un volume pour vous expliquer toutes mes raison de plainte. Je vous demende seulement Monsieur que vous ayes la bontés de me recommender à Monsieur Fintandant générais pour qu'il donne hordre aux sieur Torin régisseur de nos fabrique et fonderie de me fournir tous le nessesaire que je demenderay pour le faire exercer par le sieur Merkell afin qu'il puisse faire telle épreuve qu'il me plairas sur les mines. Cela contiendras un peu ces gens la quy ne cherche qu'à détruire et non à bien étably, et joray l'honeur, Monsieur, de vous faire part chaque moy des épreuves que j'oray fait faire aux sieur Merkell, ne pouvant plus travailler par moy même à cause de la maladie ou les chagrin et les injustice que l'on m'a fait soufrir m'on plongée et don je suis hor d'espérence de pouvoir guérir.

DE MADAMi: I>i: WAKKNS I3I

(A la lin de la lettre se trouNc le paragraphe addilioiincl sui\ant, avec un astérique indiquant, sous forme de renvoi, l'endroit de celle épîlre où il doit élrc intercalé).

"^Yous savez, Monsieur, par expérience que Ion ne doit jamés détruire une fabrique pour la transplanter alieur que tout l'emplacement qu'on propose ne soit fait et eu étal de Iravallier avant que de proposer le changement de lieu et il faud être en état de faire voir l'ouvrage fait et parfait aux nouvel emplacement avant de faire sesser l'ouvrage aux premier emplacement. Vous aves trop de lumières et d'expérience, Monsieur, pour ne pas goûter la solidités de mes raison c'est pourquoy je recour à votre équités pour que Sa Majesté daigne accorder à moy sculle en faveur de mon travail ce que les autre eux ne feron qu'en parolle et non (un mot déchiré). ))

Ce document, extrait des titres déposés aux Archives départementales de la Savoie, peut servir, en quelque sorte, d'in-

troduction à un mémoire, daté du 17 août 1756, par lequel le baron de Valeirieux, l'un des actionnaires de la société formée par M™^ de Warens pour l'exploitation des mines de houille de la Savoie, demande au roi de Sardaigne, au nom de la Compagnie, le privilège exclusif de transporter, par radeaux, à Genève, sur la rivière d'Arve, les charbons extraits à Arache, dans la province de Faucigny :

^Mémoire de (M. le baron de Valeirieiix, par lequel il demande le privilège exclusif d'extraire, par le moyen de radeaux sur la rivière d'Arve, tant à son nom que de sa Compagnie, les charbons de pierre approvisionnés à oAras (Arache en FaucignyJ 27 novonbre ij^6.

Par le privilège exclusif que le Roy daignât accorder, sous la date du 30 8''" 1752, à la dame Françoise Louise Eléonore de Warens baronne de La Tour, conjointement à Jean Rodolphe de Courtilles, natif du pays de Veaud habitant à Chambéry, pour la recherche et excava-

DE MADAML DE WAUENS Ijj

ûon du charbon de pierre et de Icrre, soit houille (sic), dans les proxinces de Savoyc, les susnommés formèrent une Compagnie de cinq actions, lesquelles vendues et revendues, se trouvent aujourdhuy en former six, qui appartiennent à Messieurs La Corbière et Bérard, de Genève, pour trois, et les trois autres à laditte baronne de Warens, au sieur Portas, natif, habitant et bourgeois de Chambéry, et au soussigné qui n'acceptera cette sixième qu'autant qu'il résultera, comme il le pense, un bien pour l'Etat, de luy accorder ce qu'il demande au nom de la Compagnie.

Comme au moyen de beaucoup de dépence, il y a beaucoup de charbons extraits à Arache, dont la débitte ne peut être qu'à Genève, et en Suisse, et que le transport par terre excèderoit le produit la Compagnie demande en grâce au Roy, de vouloir luy permettre avec privilège exclusif, la quantité de radeaux nécessaire pour faire floter sur Arve, le transport, au moyen des bois qu'elle achètera dans

la province de Faucigny, sous l'indication et inspection de Monsieur l'intendant de cette province, ou de tel autre que Sa Majesté voudra y fère commettre, offrant, à cet effet, d'indemniser les Royales finances des fraix qu'elle pourroit suporter, par paye de qui sera commis, comme aussy de se soumettre à tout ce qui sera jugé devoir être établis contre les abus et tout ce qui pourroit tendre à la destruction des bois ; de même de donner ledit sieur Portas pour répondant et caution, en forme des peines pécuniaires imposées contre les contraventeurs aux conventions et en un mot de se soumettre à tout ce qui sera exigé d'elle.

La Compagnie demande en outre que Ton veuille être exactement informé du bien qui résultera dans cette province, des quinze ou vingt radeaux qu'on peut d'abord luy permettre, et qu'en cas qu'il ne soit pas évident ou qu'on trouve que cela put occasioner ou seulement faire craindre la destruction des bois, on retire le privillège accordé, encore que cette

I)i: MADAMH DE WARKNS I35

quanliU(5 de radeaux n'auroit pas pu suffire aux transport des charbons extraits à Arrache, où il en est prêt à se perdre pour phis de six mille franc courant. — \V\cn entendu encore qu'il sera établis que lesdits radeaux ne pourront transporter aucunes autres choses, pour ne point troubler le commerce des chariots de mulets qui quoyque très-médiocre, forme un, objet pour les particuliers qui l'exercent mais que si tout est trouve à forme de l'objet, qui est l'intérêt de l'Etat, par le bien de cette province, qu'il soit promis à cette Compagnie de la privillégier pour la suitte de cette permission.

J'observe icy que tant la continuation de l'extraction des charbons que leurs chargements, la couppe des bois, la construction et conduitte des radeaux, le tout occuperat plus de cinquante ouvriers par jour. Cela, joint aux déboursés pour l'achapt des bois, forme un objet bien considérable pour une province qui n'a de commerce et de moyens que par les gens qui en absentent, sept ou huit mois

de l'année pour chercher la vie de leur famille dans le pays étranger, ce qui ne réussisant pas à tous, fait que plusieurs y restent et qu'insensiblement elle se dépeuple. Il est vray que l'Etat gagneroit plus s'il fournissoit tous les membres de la Compagnie, puisque le profit qu'elle peut faire y resteroit en entier, mais les avances sont fortes et les moyens d'une Compagnie de sujets sont faibles. C'est déjà quelque chose que la moittié y soit asseuré, et il est fort aisé qu'insensiblement le tout y reste. Il me paroit qu'il est question de mettre la chose en train, et au moyen du stile et des réserves qu'on pourroit employer dans le privilège accordé de vingt radeaux, il sera facile de pourvoir de façon, en après, que tout le profit reste dans les Etats.

J'avertis icy que conséquemment à une permission que le Roy accorda au mois d'août 1754, je crois à la réquisition de la Cour de France, à certains entrepreneurs du Pont des Rousses, ceux-cy commirent à Genève le sieur Sadet qui y est encore

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à présent. Il éUnt question pour la construction âc ce pont, de je crois, vingt plantes de bois dur, et soixante ou quatre vin^l platteaux de mesme, que cependant peu de jours a\'ant mon départ de Chambéry, le neuf du courant, il est arrivé à Genève le douzième radeau au compte dudit sieur Sadet. A scavoir cependant s'il n'a point eu d'autres permissions, je l'ignore, et j'ay tout sujet d'en doutter. Je scay seulement avec certitude qu'il a payé dix huit livres des pièces de bois des trois derniers radeaux, que pour les premiers il n'a payé que quattre livres.

Je finis en exposant que je suis munis de tous les moyens pour donner touttes les surettes qu'on jugera devoir exiger.

Turin le 17 août 1756

Signé : Le baron de Valérieux

Ce document, qui donne divers détails sur l'organisation et le personnel de la Compagnie, se trouve annexé, en date

du 27 novembre 1756, à un volumineux rapport de l'Intendant général de Savoie, lequel examine, successivement, toutes les raisons alléguées par l'auteur du mémoire, et, en principe, finit par conclure au rejet de la demande, en indiquant, toutefois, les mesures restrictives à imposer à la Compagnie, dans le cas où la Cour de Turin se déciderait à accorder, temporairement, une partie de ce que le baron de Valérieux sollicitait. Le rapport de l'Intendant ajoute que, d'ailleurs, on n'avait employé, encore, que deux ouvriers aux mines d'Arache, et que, par conséquent, l'encombrement des charbons, extraits, ne devait pas être aussi considérable que le prétendait l'auteur visé du mémoire.

Peu de jours auparavant, M""^ de Warens avait adressé la lettre suivante au baron d'Angeville : cette missive a déjà été publiée, comme suit, en 1855, par Jacques Replat, dans sa ^ote sur Madame de Warens,

DE MADAMi: l)i: WAKKNS I ]() ADRESSE :

(( ci ^Monsieur

V^Ionsicur de I.aïuhcrl Tiarnn T>cngcvtllcs à la C a il lie prés d'c/Xnnecy

à La Cailles. ))

Chambôry ce 15* octobre 1756.

Monsieur

II vous est bien aizc de badiner mon cher Baron parce que Dieu mercy il ne vous menque de Rien plus a Dieu que jeu des Barils de ferblanc à ma disposition je ne me feroit pas tirer Loriellie pour vous en envoler bien au contraire, je me ferois sûrement un devoir et un empressement de vous en présenter ; je suis cy éloignée auxjourduy de penser à établir des nouvelles fabrique, que je mocupe à vandre toutes les prétentions que gy puis encore avoir, c'est dens ces vue que jay pris la libertés de demender mon prolong aux Rov ; ne dezirends aue détre débarassée de toutes sorte dafaire pour emploier uni-

quement le peu de temps quy me reste a

vivre à louvrage de mon salut ce

l'objet quy mocupe, aujourduy en

je vous prie bien persuadé, et je vous demende avec une part dans vos bonnes prières pour que Dieu veullies macorder la grâce de persévérer dans les bonnes resolutions que jay prise cy jay tardé davoir riioneur de repondre a vos chère letres cest que jesperois dun jour a lautre de pouvoir vous aprendre quelque chose de positifs sur la fins de mes affaires ; mais elle vont si lentement quil ne fauds pas moins que la patience de Griselidy pour pouvoir tenir a tous les ennuis que cela me cause ; vous serez sûrement un des premiers aquy je feray part de larengement que mes affaires prendront, soie je vous prie persuade que je ne pert pas un moment de vue les deux cent quinze livre que je vous doit pour avoir noury le Sr Fabre; cette dette me tient trop a cœur pour ne

p iter avec honneur cy tôt que la

sera a mon pouvoir je vous prie mon cher baron de vouloir me continuer Ihonneur

DK MADAMK bi: WARKNS 141

cic votre souvenir, je cle/irc ardcntmcnt de pouvoir mdritcr ccluy de votre amitié que je culliveray toute nia \ie, vous prient de vouloir conter sin- moy dens tous ce quy ccras en mon pouvoir ; cy la cruelle fortune me dcvenois un instant favorable je ne restcrois sûrement pas en arrière a votre e«.Tards Dieu conois mon cœur et vous me rcndres justice un jour, je suis cy malade par tout les emharas que jay qua peine puigc tenir la plume , et dens ce triste état ma servante et malade, et mon secrétaire ce meur dun absés dans la poitrine y vient de resevoir tous ces sacrements voila ma situations, je prie Dieu tous les jours pour votre guerison, et pour votre chère conservations et prospérités, et jay Ihonneur de vous assurer mon cher Baron que je vous seray jusque aux sendres ; avec le plus sinceire et le plus respectueux atachement

Monsieur

Votre très humble et

très obeysente servante

La Barone de Warens de la Tour.

Que signifiait le passage de cette lettre, relatif à Griselidy> s'était demandé Replat, et, pour avoir le mot de l'énigme, il avait écrit à son ami Léon Ménabréa, l'un des plus spirituels littérateurs de la Savoie. Voici l'explication qui lui fut donnée :

(( Dans la série des marquis fabuleux de Saluées, il ne faut pas oublier le fantasque Gauthier, dont l'épouse Griseldis est devenue le sujet d'une des traditions les plus populaires de l'Italie. Griseldis, vainquant par sa douceur, sa patience, sa résignation, la feinte jalousie et les cruels caprices de son mari, a été si souvent célébrée par les poètes et les romanciers qu'il serait difficile de faire l'énumération de ceux qui ont tour à tour essayé de reproduire l'angélique figure de cette femme, type touchant de la longanimité conjugale. Boccace y a puisé le texte de la dernière nouvelle de son T>écajnéron. Le père Bernard de Montfaucon, dans sa ©îbliotheca nova m^^, a indiqué plusieurs romans du moyen-âge existant de son temps dans plusieurs bibliothèques de

DE madaail: i)i: wakkns 14}

l'^rancc, d'Ilalic cl d'Anf,^lctcrrc, reproduisant la fable iiUcrcssantc de Gauthier et de Griseldis. Thomas III, marquis de Saluées, dans son roman manuscrit, mille fois curieux, le Livre du Chevalier errant^ évoque en maintes circonstances l'ombre charmante de Griseldis; il la fait assister enlr'aulrcs à la bataille du Dieu d'Amour contre l'empereur des Jaloux, à côté de Belle-Rose, de la reine Genèvre, d'Hélène, de Médée, de Cléopâtre, etc. »

Ainsi, malade au point de ne pouvoir tenir la plume qu'avec peine, la pauvre femme gardait encore, dans sa correspondance, l'humeur enjouée de3 anciens beaux jours.

Cependant, la dette, contractée peur nourrir Fabre, inquiétait sans cesse la baronne ; d'Angeville ne lui laissait aucun répit. Clouée depuis deux mois sur un lit de douleur, ^^Ime de Warens écrivait, au sieur de Lambert, pour l'apaiser, les lignes suivantes, déjà publiées, en 1870, par Jules Vuy, dans son excellent opuscule précédemm.ent cité :

Ce 7*^ février 1757 Nezin.

Monsieur Cest avec bien du Regret mon très cher Baron que j'aprends que la triste situations de votre santés Ressemble a La miene, qui est Reduitte aucy a ne pouvoir quiter ny le lit ny la chambre, je norais pus vous Lecrire plus tôt maigres tout mon Empressement a mentretenir avec vous, depui les fêtes de noel jay tenus le lit par des douleur de goûte sur Les 4 membre quy mon fait Enfler Les pie et Les main et causé une fluction de poitrine des plus fâcheuse et quy me tourmente autent que mes dettes cest tout dire, car il niât point de plus grande croix pour un honette homme que celle de devoir et ne pouvoir pas paier aucy tôt qu'on Le souhaiterois, cest le cas malheureux ou je me trouve, soie persuade mon très cher Baron que les deux cent et quinze livre que je vous doit pour avoir nourry le S*" fabre me tiene plus a cœur qua vous, jusques asse que vous En soie satisfait, je nay put comprendre ce que vous me ditte

Di: MADA.Mi: DE WARENS 1.15

dcns votre ciicrc clcrnicrc, aux sujet du S' {\\h\c ccsl a vous mou cher Baron a qui je dn\[ ; et non a luy. je ne luy doif pas un deniers grâce a dieu, je serois bien doublement charmées de \<)ir ai'i\er paques puis que ce tens hi doit me procurer La consolation de vous voir icy ce quy ceroit pour moy un plaisir des plus semsiblc, Dieu vous ameine bientôt En bone santés; que je regrarde comme le plus presieux bien de la vie cy tôt quelle est perdue tout le reste, et moin que rien ; car soufrir des grande douleur dens un lit doré ou soub un toit de paillie cela et Egal suivant moy. Cydieu vouloit me rendre la santé ; je la prefererois a la plus briliantc fortune, mais nul nal a choisir, son sort, La volontés de Dieu doit Etre la raigle de la notre, sens plainte et sen murmure ; se soumetre a nôtres sort quel quil puisse Etre voila ce que je me propose de faire avec Laide de Dieu Le reste de mes jour, cest ce qui fait que je vous passe soub silences toutes les injustices, que Ion me fait ; il faudrois des volumes^ pour pouvoir vous

en Expliquer une partie ; et je prie dieu quy vous conserve, et vous rétablice, et je vous suplie mon cher Baron de macorder toute la vie une petite part dens votre cher souvenir, cy vous lizie bien dens Le fonds de mon cœur, vous vous trouverie satisfait de mes sentiments a votre Egards, protégé toujour un peu une peuvre veufve infortunées et doner souvant de vos chère nouvelles ; agrées les sentiments de ma reconoissance a vos bontés, et La Respectueuse, et très parfaitte considérations avec Laquelle jay Ihoneur d'être Monsieur

Votre très humble et très obeissente servante La Barone De Warens De La Tour.

La misère de la pauvre femme était irréfragable et sa ruine consommée. Le 27 septembre de la même année, la malheureuse était forcée de résilier, enfin, l'acquisition d'une maison qu'elle avait faite à Evian, en 1755. Ne pouvant pas en payer le prix à Noël Joudon, fils de Jean-Fran-

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çois qui lui avait code riiiuiicublc, M""" de Warcns est oblij^ée, à titre de dommages iatc5rèts, de faire abandon, au dit sieur Joudon, d'une somme de J15 ', à prélever — bien entendu — à la trésorerie de Chambéry, et en deux, termes, sur deux quartiers, désignés, de la pension qu'elle tenait des libéralités du roi de Sardaigne. La transaetion figure, en ces termes, au troisième volume de 1757, f"" 474, des registres du Tabellion de Chambéry :

DÉPARTEMENT DE VEiNTE

en faveur du sieur Je.in-françois Joiidoii^ notaire à Evi.in, par dame Françoise- Louise-Eléonore de la tour^ haromie de Vuarens.

L'an mil sept cent cinquante sept et le vingt sept du mois de septembre, à Chambéry à trois heures après midy, dans la maison qu'occupe la dame baronne de Warens, au faux bourg du Reclus, procédée du sieur Flandin, pardevant moy notaire roial soussigné, présents les témoins cy après nommés s'est person-

nellement établie et constituée dame Françoise Louise Eléonore à feu noble Jean Baptiste de La Tour native de la ville D'avevey en Suisse canton de Berne, veuve de noble Isaac Sébastien de Louis de Villarden baron de Vuarens domicilié en la présente ville, qui de grez pour elle et les siens s'est départie, ainsi que par le présent elle se départ en faveur de M^'^Noel fils de feu sieur Jean-François Joudon natif notaire coUégié secrétaire bourgeois habitant la ville d'Evian et de ses amis à élire pour le tout ou en partie, à Tacceptation de Messire Charles fils de feu Messire Joseph Métrai seigneur de Châtillon, natif habitant la présente ville, pour icelluy avec moy dit notaire acceptant, de la vente passée en faveur de ladite dame barone de Vuarens par ledit M^ Joudon, par acte du dix-neuf juin mil sept cents cinquante cinq reçu par M^ Buttet notaire, de la maison granges y spécifiés indiqués sous les numéros de la mappe dudit Evian, deux milles deux cents quatorze, deux milles deux cents

cinquante deux, cl deux milles deux cents cinquante-trois, avec touttes appartenances et dépendances, et c'est à deffaut du payement de la somme de deux milles cinq cents livres de Savoye et cent livres pour épin^^des non payé du prix de ladite vente en se départant de tous droits de propriété qui auroient pus luy être acquis, dont au besoin elle s'est démise et dévêtue et ledit Joudon invélu par touttes dévestitures et investitures requises et audit cas nécessaires à l'acceptation de qui dessus et pour raison des dommages intérêts et pour tout ce que ledit M" Joudon at pu souffrir et seroit dans le cas de souffrir et supporter pour raison de ladite vente ladite dame baronne de Wuarens luy a assigné ainsi que par le présent elle luy assigne en exécution du susdit contract de vente la somme de quatre cents quinze livres à prendre et exiger sur la pension annuelle dont elle joui des libéralités de sa ^Majesté à exiger de la Trésorerie en la présente ville dont elle se reconnoit luy être débitrice et à tant en-

tr'eux réglés pour raison de quoy elle a présentement et réellement remis audit seigneur Métrai de Chatillon deux mandats dont l'un de deux cents livres et le second de deux cents quinze livres à exiger sur ladite pension le premier sur le quartier de la St Jean prochain et le second sur celluy de la Noël suivante compensation faitte de tous plus amples dommages que pourront prétendre ledit M"" Joudon contre tout ce qu'il peut avoir perçu et retiré à ladite maison et dépendances dez la vente d'icelle il ne rentre dans la propriété des choses vendues que suivant les revenus insérés dans le sus désigné contract et le droit de propriété qu'il s'étoit expressément renoncé à deffaut du susdit payement et le tout ainsy par ladite dame veuve de Vuarens en ce qui la concerne convenu et promis observer avec promesse de ne venir au contraire sous l'obligation constitution de ses biens et la stipulation de tous dépends dommages intérêts fait et prononcé au lieu que dessus en présence du sieur Nicolas An-

toinc Riva de Turin, cl de François PioUct de La Val de Crucnnc habitant la présente ville témoins requis. (....) par un droit au tabellion trente sols ledit Piollet est illitc5rc5 de ce enquls par moy nottaire soussigné le présent qui contient deux pages en ma niinutte recevoir requis que j'ay expédié pour le tabellion.

Signe Buisson, notaire.

Wintzenricd se démenait de son côté, afin d'obtenir du gouvernement un emploi fixe, qui lui permît de gagner son pain. Les titres déposés aux Archives départementales de la Savoie, en effet, révèlent à l'histoire un rapport favorable, adressé au Ministre de Turin par l'Intendant général de Chambéry, sur les antécédents et les aptitudes de l'associé de M"''' de Warens, devenu solliciteur. Voici la teneur de ce très curieux document qui donne, outre une foule de particularités, la date exacte des premiers rapports de Wintzenricd avec la baronne :

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