AU ROY
Sire
Expose en toute humilité M^ Claude Crépine No'^ Royal Corn'"*' d'extentes habitant a Chambery.
Que Louise Eleonore De La Tour Baronne de Vuarens est decedée le 29 Juillet 1762 au faubourg de Nezin dud. Chambery, occupant la plus grande partie de la maison que le supliant luy avoit assenée par acte privé du 16 Avril 1761 pour trois années a commencer au premier juillet suivant sous le loier annuel de Cent vingt cinq livres payable quartier par quartier, et toujours par avance : par ordonnance de rintendant gênerai en Savoye De Capris Comte de Castellamont du y 7bre 1762 ^l^ pierre Ruffard Greffier fut commis pour procéder a Tlnventaire des meubles et effets par elle délaissés il y donna commencement le même jour, et le paracheva le lendemain, et Jean Danel qui etoit au service de la d^ Baronne de Vuarens en fut établi gardiateur ; le Sup\ dans la crainte que sa maison ne se de-
Icriorat, si clic rcsloit plus lonj^^lcmps fermée, se pourvut au cV. jnlcnclant général par rcquclc prcscntcc le y xbre. suivant p(»ur quil luy plut ordonner la vente des meubles, et effets décrits dans le d'. jnventairc après que le d'. M'. Ruffard auroit procédé a la rcconnoissance de scellés par luy apposés, pour des deniers en pro\cnanls cire payé de la somme de cent soixante une livre cinq sols restante duc pour ses loicrs, il ne pourvut pas sur cette requête, il l'envoyât avec un Extrait du d^ assencement dans le mois de Janvier de 1764 au procureur gênerai de Votre Majesté qui les luy envoyât par avoir son sentiment, et dans le courant du mois de gbrc. 1765 ; le d^ jntcndant luy renvoyât le tout, et même la suplique que le supliant avoit pris la liberté de présenter a Vôtre Majesté, par laquelle Elle luy exposoit le dépérissement de sa maison, et les dommages considérables qu'il souffroit et qui augmentoient journellement, en supliant V. M. de mander au dit intendant de faire encanter les d^^ meubles
238 APRi:S LA MORT
Cl ciTcls, pour de l'argent en provenant être paie de ses loiers, pour lesquels il luy competoit un hypoteque privilégie sur les d'^ meubles, et effets, et luy être ensuite remise les clefs de sa d^ maison pour en prévenir les plus grandes détériorations. Les choses en sont restées au même état jusqu'au 22 juillet 1768. que le d^ jntendant gênerai sur les jnstances de l'exposant, ordonna que le d^ J\l^ Ruffard procederoit au Revetissement du d^ jnventaire, il y procédât le 27. et le même jour, il remit les clefs de la d^ maison au d' supliant qui protesta de la somme de huit cent huitante cinq livres six sols huit deniers qui luy etoient dues pour les loiers sous la distraction de celle de 151^ 5^ qu'il avoit reçu en différents temps et encore des dégradations de la d^ maison qui n'a pu être louée jusqu'à présent par l'impossibilité dans laquelle s'est trouve l'exposant, chargé d'une nombreuse famille, et dans un âge très avancé qui ne luy permet presque plus de travailler, d'y faire les réparations nécessaires pour la
DE MADAMK DK WAHI'.NS 339
louer, ce qu'il n'a jamais cic en clal de faire, d'où se sont ensuivies de plus grandes détériorations depuis le mr)is de juillet de 1768. que les d'"" clefs luy furent remises, Elles se font a la vérité actuellement, mais c'est un locataire qui a bien voulu faire l'axancc d'une partie de ces réparations pour en imputer le montant sur le loicr annuel, lesquelles en entraînent d'autres indispensables au compte de l'exposant qui a perdu son loier a compter depuis le d^ mois de juillet de 1768 jusqu'à présent pour plus de quatre ans, il n'en a pas été paie jusqu'au dit mois de juillet, il n'a reçu que 151 1. 5 s. il luy est deut a raison de 125 I. par an portes par le d^ assencement, cette somme distraitte, sept cent trente quatre livres un sol huit deniers dans l'espérance que S. M. daignera écouter favorablement sa prière, il se prosterne très humblement, et avec confiance aux pieds du Thrône en joignant un extrait du d^ assencement, et des d". ordonnances, cellui du d^ jnventaire ayant été envoyé par le d^ jntendant le II ybre. 1762.
240 APRÈS LA iMORT
Aux fins qu'il plaise a Votre Majesté par un effet de ses grâces, ayant égard aux sus d^^ motifs, mander a son Jntendant General en Savoye de faire paier au supliant chargé d'une nombreuse famille et d'un âge très avancé la ditte somme de 734 1. I s. 8 d. pour les loiers de sa d^ maison, dont il a été privé jusqu'au 22 juillet 1768. e telle autre somme qu'il plaira a V. M. en dédommagement des détériorations considérables arrivées a sa ditte maison depuis le decez de la d^. Baronne de Vuarens jusqu'au dit jour 22 juillet 1768. et des loiers qu'il a perdu pour quatre ans depuis le d\ jour jusqu'à présent, et il ne cessera, et sa famille de redubler leurs vœux au ciel pour la pretieuse conservation de Votre Majesté et de son auguste maison.
signé Crépine — supliant — id — J Chabert p'.
Outre l'extrait de l'ordonnance du 22 juillet 1768 et l'extrait de Verbal de Cabuat fait le 27 juillet de la même année,
les deux (locunicnts suivants, libellas comme les autres sur papier timbre, se trou \ eut cousus à la prcfccf dente supplique :
Fxlrjil d\isscncenicnl du r^ jvn'l i-jhr.
L'an mil sept cent soixante un et le quinze du mois d'avril a Chambery au faubouri;- de Nczin, je Claude Crépine Notaire Royal C^ollegic Commissaire d'Extentcs soussigné ay par le présent assencce a Dame Louise Eleonorc De La Tour Baronne de Vuarens le même appartement de la maison a elle cy devant assenée par le S' Flandin par assencement privé du vingt may mil sept cent cinquante six, et outre ce deux petites Chambres qui sont attenantes au d^ appartement sittué a Nezin du coté du vent, et c'est du tout avec leurs appartenances, et dépendances conformément au précèdent assencement, avec l'usage et passage dans la cour qui est au dessous des d^^ deus Chambres du coté du jardin, se reser-
242 aprf:s la mort
vant le d^ Crcpinc rusa<^e de la cour et c'est pour le temps, et terme de trois ans a commencer au premier juillet prochain pour être paye de loiier des d^" appartements jusqu'au dit temps, et c'est sous le lr)iier pour les choses cy dessus assencés de cent ving-t cinq livres par année payable sçavoir trente une livres et cinq sols chaque trois mois dont le premier payement commençerat au premier juillet prochain et ainsy a continuer pendant la durée du présent assencement, et au moyen du quel payement, ie promets faire jouir la ditte Dame du d^ appartement, et Chambres, et faute de ce qu'il me sera permis d'expulser la ditte Dame d'jcelui de même que des d*"^ Chambres, et d'assencer le tout a qui bon me semblerat le tout ainsy convenu aux peines respectives de tous dépends dommages, jnterets, a l'obligation, et constitution de nos biens ; fait et passé au dit lieu en présence de M"" Louis Lognoz procureur au sénat et du S^ Jean Danel ageant de la ditte Dame tous deux habitants en cette ville signé la
I»L .MADA.ML DL NVAIU.NS 24 ^
Baronne de X'arcns l)c la 1 nur, (ii\-pinc, Loj^noz prcscnl et Jean DancI présent.
par Mxtrait sij^qié Cabual susbt
("oninic il est indiqué, à la lin de la première Partie de ce volume, le bail passé avec Crépine établit cjue Mme de Warens avait loué, du précédent propriétaire, et dès le 20 mai 1756, le petit lor,^cment qu'elle ne devait quitter que pour descendre dans la tombe.
D'autre part, la suivante pièce a déjà été publiée, à la pa^c 209 de ce volume, d'après le texte de la copie conservée à Chambéry ; voici, à présent, le passage de ce document, tel qu'il est joint à la requête de Crépine :
Extrait de l Ordonnance du Scig^ Capris Comte de Castellamont jntendant General en Savoy e du j jbre. 1^62.
Joseph Capris Comte de Castellamont jntendant Générale de justice, Police, et finances pour S. M. deçà les Montes
244 APRKS LA MORT
Ayant clc jnformé que demoiselle Eleonorc clc Vuarens Baronne De la Tour est decedce dans cette ville ab jntestat et étant du service d'empêcher que les meubles, et effets ne s'écartent pas nous commettons a toutes bonnes fins M' Ruffard Greffier en cette jntendance générale pour procéder a l'Jnventaire d'Jceux, et pour établir gardiateur Jean Danel qui etoit au service de la ditte feue dem'^. et qui occupe encore le logement qu'elle avoit, chargeant le d^ M^ Ruffard de dresser Verbal de ce que dessus pour nous être rapporté, et en faire usage suivant que besoing sera a Chambery le trois septembre mil sept cent soixante deux signé par le seigneur Comte Capris de Castellamont.
Sans trop tarder, l'Intendant général de Savoie, Blanchot, envoya au Ministère des finances, à Turin, concernant la pétition du notaire Crépine, le rapport suivant, extrait des Archives départementales de la Savoie, série c, n° 138 :
DE MADAME 1>L \\\U\.S^ -i.J5
lîegisirc des l'inanccs
Du 2 Xbrc 1772
M. Dr. ton.
En conséquence de la requête du sieur commissaire d'cxtcnles Crépine que vous aves pris la peine de me communiquer M*" par votre lettre du 1 1 çbre dernier j'ai fait rcconnoître dans les registres de mon bureau la marche de cette affaire. La dame de Varens étoit suisse et habitoit en Savoye depuis plusieurs années pour y tenter fortune tant(U par Temploit des Mines des l\^urneaux, tantôt par des fabriques de poteries en guese (i) et bien d'autres entreprises mais toujours sans succès.
En 1761 elle abitoit réellement dans la maison du supliant, en vertu d'écriture de main privé du 1 5 avril de ladite année portant obligation d'en payer le loyer sur le pied de 125 1., dont je me suis fait présenter l'original que j'ai fait reconnoître par les témoins en ma présence, et l'ayant collationé avec la copie qui étoit jointe à
( I ) Lisez gueuse, nom vulgaire donné à la fonte de fer.
246 APr<i:S LA MORT
laditte requette elle s'est trouvée exactement conforme.
En 1762, pendant qu'elle donnoit des dispositions pour une poterie de terre la mort vint la surprendre. Feu M. le comte Capris, s'agissant d'une dame Etrangère et d'un pais ou la loix d'obène a lieu relativement à la Savoie, fît sur le champ procédera l'inventaire cachètement et saisie des effets en établissant un gardiateur qui en fut chargé ainsi qu'il conste par les verbaux et inventaires existants rière le greffier de cette intendance généralle (i). Successivement et ledit feu seigneur intendant général en informa M. le procureur général par sa lettre du 7bre 1762 de laquelle cependant on ne trouve point de copie en ce bureau. Il répliqua par autre lettre du 18 janvier 1764 demandant des ordres là dessus, et par autres lettres des 2 et 30 juin ditte année il insista pour l'autoriser à la vante des effets saisis, et remission des clefs de la maison au pro-
(i) Ces documents ne se trouvent plus aux Archives départementales de la Savoie.
I)i: MADA.Mi: 1)1. WARENS 247
pricîtaircqiii la rcclamoit mcmc par rcquctic. On ne Irouvc ici point de rcîponsc et il résulte que M. l'inlcnclant général prit en fin son parti ordonnant en ly^H la remission dudit appartement au propriétaire préalable revêtement de l'inventaire ce qui fut exécuté ainsi que par son ordonnance du 22 juillet 1768 et verbal du 27 dudii mois dont il ne (sic) que le gardiateur a\()uat a\'oir \'cndu pour la valeur 120 1. pour sa nourriture à compte de ce qui lui étoit du par ladite dame, le reste consistoit en deux vieux garde robes et une vielle table de sapin qui furent transportés en ce bureau où elles existent encore Le Gardiateur n'a point donné de caution et se trouve de notoriété publique tout à fait misérable. Les dits effets existans peuvent être de la valeur tout au plus de quinze ou 20 1. lesquels, quoique exposés en vente ne trouvèrent point de miseurs, ainsi que iM''^ les secrétaires du bureau m'assurent.
Par ce détail vous sentes, Monsieur, que feu M. le comte Capris étoit en règle et
que le supliant n'est pas moins en droit de prétendre son loyer. Sa maison a été occupé pendant l'espace de 7 ans d'autorité publique et légitime, il a souvent réclamé ainsi qu'il résulte par lesdittes lettres et il me paroit en concéquence sauf meilleur avis, que le loier lui en est dû sous la déduction des 120 1. qu'il avoue dans sa raquette avoir reçu de la dame défunte.
Mais je ne crois pas que le loier lui soit dû sur le pied de laditte écriture 1761 puisque l'obligation de la défunte obérée doit être censée éteinte de son décès.
Ce seroit donc arbitrio boni viri qu'on le devroit régler et m'étant secrètementinformé sur quel pied le propriétaire l'a loué actuelement et à combien on pourroit équitablement fixer le louer il m'est résulté que laditte maison est actuellement assencée pour L. 100 l'année et qu'en cas du décès de laditte dame, étant mal en ordre, exigeant beaucoup de réparation, le propriétaire auroit eu de la peine d'en percevoir plus 80 1. ou 90 1. l'année et
I)i: MAI)AMK IjK WARIINS 249
que d'aillcur s'agissaiu cVun particulier en réputation d'honncte homme très versé dans la profession de Commissaire et dans
quelques de S. M. pourroit deigner
lui faire payer 400 1. outre la remission en sa faveur desdittes tables garderobes moiennant quittance finale pour le loier dont s'ay:it jusqu'à la vuidangc et remission des clefs de laditte maison en 1768 ainsi qu'il est dit plus haut.
Ce rapport n'amena pas de solution définitive et traîna, pendant plus de trois ans, dans les cartons du Ministère à Turin, témoin la lettre suivante, dont la teneur est extraite des Archives départementales de la Savoie, — Série c. iV 142 :
Lettres Jiux Fin.inces
Du 27 avril {ij'jà)
M'. Botton
Je ne scaurais mieux faire pour évacuer
le contenu en la supplique de M. Crépine
qui me parvint dans votre lettre du 10
janvier dernier que vous me rappelés par
250 APRKS LA MORT
la première des 4 dont vous m'avé honoré le 24 de ce mois que de vous mettre sous les yeux cy inclus un double de celle que M. Blanchot vous écrivit le 2 Xbre 1772 laquelle contient sa relation sur le contenu en un semblable placet que ledit notaire avoit présenté pour lors sur le même objet dont est celuy que j'ai Thonneur de vous restituer cy joint.
Enfin, quatorze ans après la mort de Madame de Warens, Claude Crépine obtint satisfaction complète, ainsi que cela ressort des deux pièces suivantes, extraites des Archives départementales de la Savoie, — Série c. n^ 343 :
Du 3 I mai 1776
M. Crépine — 400 1.
M. le trésorier général Mansoz, Sa Majesté ordonne que des deniers de votre recette générale, vous payés au notaire Claude Crépine, la somme de 400 1. en indamnisation du loyer de la maison qu'il possède dans le faubourg de Nezin de
hr. MAI) ami: hl. WARIINS J^l
celle \illc, cl qui a clc rclciuic cTaulhorilc publique el léptime, dès le décès de la dame baronne de X'uarcns qui en étoil asccnsaliice, le loyer de laquelle maison a été interrompu dès l'année 1762 jusqu'en 1768, ainsi qu'il nous l'a été mandé par lettre du bureau ij^énéral des finances du 29 de ce mois, dont extrait est cy joint, au moyen duquel, du présent provisionnel et quittance dudit sieur Crépine il vous sera fourni pc^ur ladite somme de 400 1., le décharge suffisant, par le bureau général des finances.
Sur la relation que j'ai eu Thonneur de faire au Roy de la suplique du notaire Claude Crépine de Chambéry c]ui imploroit le payement du loyer de la maison qu'il possède dans le fauxbourg de Xezin de cette ville et qui a été retenue d'authorité publique et légitime dès le décès de la dame baronne de Warrens qui en étoit ascensatrice, arrivé en 1762, jusqu'en 1768, Sa Majesté a bien voulu pourvoir à son indemnisation de la manière que vous
l'avez propose, c'est à dire en lui accordant la somme de L. 400, et ordonnant en sa faveur la remission des meubles et effets dont il est parlé dans la copie de lettre dont vous avés accompagné le retour de ce recours. Vous aurés donc la complaisance de vous y conformer et de lui faire passer quittance pour tout ce qui peut lui être dû à cet égard.
Turin le 29 mai 1776.
signé Botton de Castellamont.
Le même fonds, — Série C. N" 143, — contient aussi la lettre suivante, par laquelle rjntendant général de Chambéry faisait savoir au Ministère des finances, à Turin, qu'il allait exécuter les ordres, qu'il venait d'en recevoir, concernant le règlement de l'indemnité accordée par le Roi au notaire Crépine. Ce document met fin, ce semble, à l'histoire de la pauvre succession de M""^ de Warens, à Chambéry :
DE MADAMi: l)L WARENS 2$^
Lettres — Finances
Du I " juin I 776
Suivant que vous me le mandes par votre 8" du 2(> nia\ je ferai pa\er au notaire claude Crépine de Chanibdry les .\oo 1. que le Roy a (')rdonné lui être payées en indeninisation du loyer de sa maison au fauxbourg" dcNezin et qui a été retenue dez le déeès de la dame baronne de Vuarens qui la tenoit en assensement. je lui ferai en même tems remettre les meubles et effets qui y existoient lors de son dit décès, je lui ferai passer quittance du tout que je retiendrai dans le greffe de mon bureau et vous en enverrai à toutes bonnes lins un double authentique.
Deux ans après, le 2 juillet, Jean-Jacques mourait à l'âge de 66 ans, d'une apoplexie séreuse. Un Savoyard, le docteur Caffe, a détruit irrévocablement la légende du suicide, dans le N° 34, 33*^ année, 10 décembre 1866, du Journal des Connaissances médicales.
JEAN-JACQUES IIOUSSKAU
ET
M"'" DE WARENS