‹ Les Dernières années de Mme de WarensChapitre 17 sur 21 · A LA I <> S S E C O .M M U N E · texte numérisé non relu

A LA I <> S S E C O .M M U N E

Paul Lacroix, dans VlntcnucJiaii c du 5 février 1864, a raconte le sacrilège qui fut commis pendant une nuit du mois de mai 18 14 :

(( Les ossements de \'oltaire et de Rousseau furent extraits des cercueils de plomb où ils avaient été enfermés ; on les réunit dans un sac de toile et on les porta dans un fiacre qui stationnait derrière Téglise du Panthéon. Le fiacre s'ébranla lentement, accompagné de cinq ou six personnes, entre autres les deux frères de Puymorin. On arriva vers deux heures du matin, par les rues désertes, à la barrière

de la gare vis-à-vis de Bercy. Il y avait là un terrain entoure d'une clôture en planches, lequel avait fait partie de l'ancien périmètre de la gare qui devait être créée en cet endroit pour servir d'entrepôt au commerce de la Seine, mais qui n'avait jamais existé qu'en projet... Les alentours étaient déjà envahis par des cabarets et des guinguettes.

Une ouverture profonde était préparée au milieu de ce terrain vague et abandonné, ou d'autres personnages attendaient l'arrivée de l'étrange convoi de Voltaire et de Rousseau ; on vida le sac rempli d'ossements sur un lit de chaux vive, puis on rejeta la terre par-dessus, de manière à combler la fosse sur laquelle piétinèrent en silence les auteurs de cette dernière inhumation... Ils remontèrent ensuite en voiture, satisfaits d'avoir rempli, selon eux, un devoir sacré de royaliste et de chrétien. (( Plût à Dieu, disait M. de Puymorin, qu'il eût été possible d'ensevelir à jamais, avec les restes de ces deux philosophes impies et révolution-

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luiiics, leurs duclrincs pernicieuses cl leurs dclcslahlcs ouvra^-es I »

Les eendres de M""^ de W'arens de\'aic!U avoir une destinée analo^aie.

Un ouvraj^e, publié à Londres vers la lin du siècle dernier : '^Proiuciuidc au Monl- BIjuc cl Jiiilonr du lac de Ge^zt're, établit, à la page 17, que l'amie de Jean-Jacques lut enterrée au cimetière et non dans l'église de Lémenc : (( Je remonte le côté opposé de la ville et j'arrive au cimetière. Un vieux homme s'y reposoit, un pied sur une bêche, l'autre près d'une tombe qu'il venoit de couvrir. Je lui demande s'il est le marguillicr de la paroisse. — Oui, monsieur. — Y a-t-il longtemps > — Cinquante ans. — Vous avez enterré Madame de Warens ? — Oui : elle est là (en me désignant du doigt le lieu où elle repose). A la recommandation de plusieurs personnes de la ville, et de beaucoup d'étrangers, je n*ai jamais enterré au-dessus d'elle, ni près d'elle.

(( Je m'approche palpitant.... Il me trace avec sa bêche le contour de l'espace qu'elle occupe ; il est couvert de plantes ; quelques-unes étoient en fleurs. Je m'arrête. . . . mes regards percent ce sol qui la couvre, je suis ému jusqu'à suffoquer.

Bien des fois, j'ai voulu remonter à la source de tant d'intérêt pour Madame de Warens, et je n'ai pu y parvenir. Seroitelle dans des ressemblances plus imaginaires que réelles, et, par là, plus vives, plus affectantes ? Seroit-ce aussi que l'esquisse, qu'en a tracé Rousseau, ressemble à ces coups de crayon ou de pinceau des grands maîtres, qui disent infiniment par la magie d'un talent infini ? »

La tombe de M""^ de Warens subsista longtemps. Beaucoup de personnes se souviennent parfaitement de l'avoir vue.

Un érudit, Félix Genin, auxiliaire aux Archives de la ville de Lyon, écrivait en janvier 1 891 : « Je croyais avoir dans le temps pris note de l'inscription funéraire de M""^ de Warens. Je voulais vous la

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IransmcUrc cl pour cela j'ai fait le dcpouillcmciU c\c toutes mes paperasses, carnets, notes, etc. Je viens seulement d'ache\er cette fastidieuse opération, en vain, hélas ! je n'ai rien retrouvé.

J'arrive donc, avec mes seuls souvenirs, à l'objet de votre demande.

J'ai vu, en lî^ji, je crois, sans être sûr de la date, la pierre tombale de M"'*' de Warens, portant son nom, dans l'angle du cimetière de Lémenc, à droite de rentrée de l'église. Cette pierre polie était tout à fait simple et sans ornements.

Elle était presque couverte par une haute végétation ; ayant cédé, elle était recouverte, à un de ses angles inférieurs, celui de gauche, par de la terre. Elle était entièrement négligée et abandonnée. Elle gisait à deux mètres environ du mur de clôture du côté du passage d'entrée à l'église et à un mètre seulement du mur de l'église.

Le bas de la pierre était tourné vers la même entrée, l'inscription en tête ; par conséquent, pour lire celle-ci, il fallait y

faire face et tourner le dos au passage donnant entrée au temple.

Je ne puis me souvenir du texte de l'inscription, seulement je suis très sûr d'avoir lu le nom : de Warens, qui était très lisible et gravé en creux. Je me rappelle encore de la tristesse qui m'étreignit, quand je vis ce honteux abandon.

J'étais au collège de Chambéry, tenu à cette époque par les jésuites. C'était le surveillant, qui nous menait à la promenade , qui nous avait fait ouvrir le cimetière, lequel était tout entier, y compris la chapelle du fond, dans un état de délabrement complet. Je n'étais donc pas seul, et quand j'eus découvert la tombe de M""^ de Warens, mes camarades vinrent la visiter et nous déplorâmes la négligence de l'administration ecclésiastique. Nous connaissions les Charmettes, Jean-Jacques et ses ouvrages, que nous lisions dans les réfutations que nous prodiguaient les RR. PP. Nous n'étions ignorants de rien !

Le nom de mes condisciples m'échappe, je ne puis me les rappeler. M""^ de Warens

DE A\AI)AMI-: DK WAkKNS 2^i^

n'a pas été cntcrrdc dans l'c^^lisc. A l'cpoquc de sa mort, avait, je crois, paru l'ordonnance qui prohibait ce ^enrc de sépulture. Obser\ati<»n capitale : j'ai vu le sol de l'église de Lémenc d'au moins i m. y* plus bas et je l'ai vu exhaussé, ce qui exempte c\c descendre sept ou huit marches pour pénétrer dans le temple. Dans ce travail, on ne peut guère supposer qu'on ait porté la pierre tombale dans un coin de l'église. Non. M'"*' de Warens a été enterrée dans le cimetière et non dans l'église de Lémenc; pour moi, cela ne fait pas l'ombre d'un doute. A l'époque où je retrouvais cette tombe, il n'y avait pas de monuments funéraires dans le cimetière de Lémenc, mais seulement des croix et des pierres ».

La tombe de M™^ de Warens disparut dans la seconde moitié de ce siècle, car il n'est pas encore question de sa destruction dans la première édition du Guide en Savoie, de Gabriel de Mortillet, parue en 1855. Par contre, il y est dit, à la page

26 de la 4^ édition datée de 1878 : (( C'est devant l'église de Lémenc qu'avait été enterrée M™^ de \A''arens, transportée ensuite au cimetière de la ville ». Le gardien de ce dernier se souvient très bien d'avoir reçu des ossements provenant du champ de repos de Lémenc, mais il y en avait une certaine quantité et ils furent inhumés dans Tune des fosses communes du cimetière de la ville, sans que le gardien puisse préciser laquelle les reçut, ni l'époque exacte de ce transfert. Ce dernier eut certainement lieu avant 1864, car les Archives de la mairie de Chambéry ne contiennent, à son sujet, aucun document depuis cette année, où elles furent anéanties par l'incendie du 12 au 13 février, pendant le séjour provisoire des bureaux de l'hôtel de ville dans les locaux du Théâtre. D'autre part, le vicaire général du diocèse de Chambéry, M. l'abbé Quay-Thevenon, a bien voulu se donner la peine de dépouiller les archives paroissiales de Lémenc, mais l'obligeant ecclésiastique n'a pas retrouvé la trace écrite du transfert de la dépouille de M""^ de

\)E MAbA.Mi: bi: WARENS 2Ù$

Warcns. Jules \\i\ , dans ses Lclhcs inc- Jilcs de yi/'"' de Warens, dit bien que : (( sa tombe fut creusée au pied d'un vieux el immense tilleul, voisin d'une porte eochère qui s'ouvrait sur le chemin public». Le tilleul n'existant plus, la sépulture a dû subir, évidemment, le sort de l'arbre. L'histoire devra donc se contenter de la tradition orale, qui est indéniable, dans les termes consignés à la page 26 de la 4'' édition du Guide en Savoie de Gabriel de Mortillet. L'ensemble des recherches, condensées dans ce chapitre, a retardé d'une année la publication du présent volume, destiné à paraître en 1890.

CETTE l>UnLICATION

c o A\ r r . 1 r f. k n' (;> i j a t r i: v oui .m i: s :

Lj Co)ivcisi()}i .ic SV/'"^ de Warens,

Les Tcfisces Je S\/'"" de Warens,

Une poignée de documents inédits

concernant f\/'"" de W.irens,

Les dernières aiuiées de SVf'"*" c/c Wctrens,

Commencée en 1^86,

Terminée en 1891,

a été faite

par

cAlbert VilETZGER, publiciste français, né le 31 mars 1853, ^ Mulhouse (Haut-Rhin),

et imprimée par C.'P. P^IÉNARD, de CJuvnhéry .

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