DEUX SIGNAUX AU LIBU D*UN
— Fuyez ! dit-il, le temps est passé de se défendre. Soixante arquebuses sont braquées sur vous en ce moment.
Âmaury détourna vers lui son regard calme et hautain.
— Qui es-tu, pour conseiller à Halestroit de fuir? demanda-t-il.
— Hélas ! monseigneur, dit Noël qui mit un genou en terre, je suis votre soumis vassal, et je viens, de par madame Marguerite, requérir votre secours.
— Marguerite ! s'écria le sire de Malestroit en pâlissant.
— f!«yez ! par pitié, fuyez ! reprit Chantepie; qui protqlj^ si vous succombez, madame Marguerite et sonfilsr^ '
Âmaury passa la main sur son visage. Involontairement il tourna les yeux vers la route de Quimper, et vit briller dans Tombre un ou deux points lumineux.
— 11 y a là-bas, en effet, des arquebuses ! dit-il...
Puis, se tournant vers les soldats duchés près du feu :
— Alerte! cria-t-il d'une voix contenue; rampez vers les tentes el saisissez vos armes.
A ce mouvement, les soldats huguenots s'ébran-
lOS LES DERNIÈRES FÉES.
lèrent; et franchirent au galop la distance qui les séparait des gens de Halestroit.
— Haut la mèche ! cria le chef.
Soixante détonations suivh*ent de près ce commandement.
— Malestroit I Malestroit ! pour Notre-Dame de Bruc ! cria à son tour Amaury^ qui avait enfourché" son cheval.
Quelques soldats se relevèrent çà et là ; la plupart avaient été balayés par Parquebusade.
Mais au moment où les huguenots se réjouissaient et criaient : A sac ! Amaury, sortant de Tombre à la tête de ses douze hommes d'armes, vint fondre sur eux à l'improviste. Ce fut une horrible mêlée. Chaque fois que Malestroit levait sa lourde épée, un homme tombait. Au bout de quelques minutes, une vingtaine de huguenots, désarmés, blessés, malmenés, reprenaient à toute bride la route de Quimper.
— Où est Tenfant qui nous a donné l'alarme? de manda Amaury en essuyant son épée sur la crinière de son cheval.
Chantepie se présenta. Il tenait, lui aussi, une épée à la main, —une épée sanglante.
— Tubleu ! s'écria joyeusement Amaury, nous voie
DEUX SIGNAUX AlJ LIEU D^UN. lOS
munis d^un homme d'armes déplus^ ce me semble !... Quel âge as-tu^ vaillant champion?
Chantepie ne répondit point et baissa tristement la tête.
— Plût au ciel, monseigneur, dit-il, que tous ces braves soldats qui sont là, couchés dans la poussière fussent debout à ma place, et capables encore de monter à cheval ! Ce n'est pas moi qui les pourrais remplacer, et madame Marguerite,..
— Marguerite I interrompit Malestroit, je n'ai pas voulu te laisser parler avant de combattre, parce qu'il est des paroles qui amollissent le cœur d'un chevalier; mais maintenant. . . qu'est-il arrivé ?
Chantepie tira de son doigt l'anneau de Marguerite, qu'il tendit à son seigneur. Amaury le porta à ses lèvres.
— Si je l'avais vu, murmura-t-il, je serais parti sans tirer l'épée.
— Et bien vous auriez fait, monseigneur.
Ici Chantepie raconta la prise de Malestroit et la fuite de Marguerite. A mesure qu'il avançait dans son récit, le front d' Amaury se rembrunissait. Le pauvre seigneur parcourait du regard son camp jonché de cadavres, et comptait avec désespoir les quelques hommes d'armes qui lui restaient.
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— N'importe, dit-il enfin, à cheval !
— Il me reste encore c^aelque chose à vous dire, reprit Chantepie. Une fois durant mon voyage, je me suis trouvé face à face avec Guy de Plélan.
— Et qu'as-tu fait?
— Je l'ai frappé au visage en l'appelant traître et lâche.
— Toi ! s'écria Malestroit étonné.
— Ensuite, poursuivit Noël, je lui ai jeté mon gant, le provoquant, au nom d'Âmaury de Malestroit, mon seigneur, à un combat mortel et sans merci.
— Bien, enfant! bien, de par Notre-Dame! Tu as fait acte de noble homme, et je te dis merci de grand cœur... A cheval ! à cheval !
Les débris de la petite troupe se rangèrent autour de leur chef, et tous partirent au galop sur le chemin de Vannes.
Marguerite de Guer regagnait tristement le manoir de Gourlâ. Elle était affligée de la perte de son reliquaire, seulement parce que c'était un don de son époux, et ne prévoyait point les suites funestes de ce malheureux événement.
Il n'en était pas de même de Toussaint. Le bon v§k neur soupçonnait depuis longtemps Renot d'être un espion de Plélan, ou tout au moins un misérable cher-