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chant à découvrir la retraite de sa mattresse pour la vendre aux huguenots. L'empressement que Renot avait mis à se saisir du reliquaire au péril de sa vie^ sa présence aux environs du manoir^ à cette heure^ tout concourait à changer ses doutes en certitude.
— Si seulement, pensait-il en frappant sur son arbalète, j'avais eu ma bonne carabine, au lieu de ce joujou d'enfant, le drôle ne tiendrait pas entre ses mains, à l'heure qu'il est, le sort d'une noble maison... En attendant, il nous faudra, dès demain, choisir une autre retraite... Et Dieu sait quelle retraite nous pourrons choisir !
Tel était le sujet des méditations de Toussaint, lorsque, au moment de quitter la fme pelouse du marais pour prendre le sentier rocheux qui montait vers Gouriâ, Marguerite s'arrêta tout à coup et poussa un
CPÎ.
— Voyez ! voyez! dit-elle en montrant l'autre rive.
— Le signal ! s'écria Toussaint en passant subitement de 1^ tristesse à la joie la plus vive. — Béni soit Dieu qui nous vient en aide au moment du péril !
Une flamme, faible d'abord et voilée par la fumée, brillait au milieu des arbres de la Forêt Neuve. — Bi^ôt elle s'élança en jets de pourpre, et illumina les troncs dépouillés de feuillage.
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— Sauvés ! sauvés ! s'écrièrent en même temps la châtelaine et le fidèle serviteur.
Ils retournèrent en toute hâte au manoir. La première idée de Toussaint fut de faire monter la dame de Malestroit et son fils dans le chaland, sans prendre le temps d'aller chercher Noël^ur Tautre bord; mais il se souvint des périls que sa maîtresse avait courus déjà en semblable traversée. Depuis ce temps les eaux avaient considérablement grandi ; le marais était devenu un vaste lac, dont les courants rapides et sujets à changer de place exigeaient Thabileté pratique d'un batelier de profession. Le veneur résolut d'aller chercher Chantepie, et changeant à tout événement son arbalète pour sa lourde carabine à rouet, il courut détacher le chaland du jeune pêcheur de macres, et quitta aussitôt la rive.
Chantepie et le sire de Malestroit attendaient l'effet du signal, abrités derrière les arbres de la Forêt Neuve. La lune s'était cachée sous un nuage épais ; on ne voyait rien sur le lac, si ce n'est Timmense profil de la Femme Blanche dont les contours se détachaient vaguement sur le sombre horizon, et semblaient rayonner une lueur pâle et phosphorescente.
Noël, comme s'il eût voulu percer l'obscurité, jetait devant lui d'avides regards; il n'apercevait rien.
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— Si nous étions venus trop tard I dit le sire deMalestroit dont la voix trahissait une émotion poignante.
— Chut ! fit Npël au lieu de répondre.
Il venait d'entendre sur le marais un bruit qui n'était point celui du tournant de Trémeulé.
— Il vient, dit-il.
Le sire de Malestroit prêta l'oreille, mais il fallait être enfant des marais pour saisir à mille pas de distance le son d'un aviron qui fend Teau au milieu des mille fracas d'une inondation furieuse. Le sire de Malestroit n'entendit rien, •
— Écoutez 1 dit encore Chantepie.
Et mettant ses deux mains roulées en cornet devant sa bouche, il fit entendre ce cri étrange et prolongé, particulier aux campagnes du pays de Vannes, qui, étouffé d'abord, va r Infor zandosm deux cadences dissonnantes, et s'éteint dans une note basse et gutturale.
L'effet fut tout autre que celai auquel il s'attendait.
Deux cris pareils lui répondirent en même temps. L'un venait du large; l'autre sortait des profondeurs de la forêt.
— Nous ne veillons pas seuls, dit Chantepie à voix basse, et ce chaland qui vient là n'est pas pour nous
lOS LES DERNIÈRES FÉES.
peut-être... Pourtant, je veux mourir si ce n'est pas là le coup d'aviron de mon père le veneur.
Gomme il finissait ces mots^ une lueur subite sautilla en sillonnant le lac. Noël et le sire de Malestroit levèrent la téte^ suivant d'instinct Tanglé de réflexion^ et virent un feu allumé sur le haut de la montée de Saint. Vincent^ à quelques cents fKses^ sur la gauche du petit manoir de Gourlâ.
— Qu'est-ce que cela ? demanda le chevalier.
— Je ne sais^ répondit l'enfant ; mais il se passe d'étranges choses ici, ce soir, monseigneur.
Un coup d'arquebuse retentit dans la forêt, à peu près à l'endroit d'où était parti ce second cri qui avait étonné Chantepie, et, presque aussitôt on entendit les pas de plusieurs chevaux qui descendaient vers le marais.
— Mort de mes os ! s'écria l'un des cavaliers en passant si près du sire de Malestroit qu'il aurait pu le toucher de la main; — nous la tenons cette fois, mes fils, et le rustre aura plein son bonnet de nantais !
— C'est Guy de Plélan, mumura Chantepie. Malestroit toucha son épée et voulut s'élancer à sa
poursuite; mais Noël le retint.
Quand je ramènerai madame Marguerite sur le bord, dit-il, il faut qu'elle trouve un époux, et son fils
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un père... Monseigneur, gardez précieusement votre vie, afin de ne.point laisser^sans appui ceux qui vous sont chers.
Amaury chercha dans Tombre la main de Tenfant pour la serrer comme celle d^m ami.
Depuis la visite de Renot au château, Plélan avait établi une sentinelle dans la forêt, et à quelque distance, dans la cabane d'un garde, un détachement de ses gens, toujours prêts à passer Teau dès que se montrerait le signaK Lui-même venait souvent visiter ce poste d'attente, et jurait, mort de tousses membres, — que ce drôle de Renot lui paierait cher ses retards.
Il se trouvait justement à la maison du garde lorsque le feu parut sur la colline de Saint- Vincent, et, averti par le coup d'arquebuse de la sentinelle, il se hâta de gagner les bords du marais.
Tandis qu'il s'embarquait à grand bruit sur un bateau plus vaste et plus artistement construit que les pauvres barques du pays, le chaland de Toussaint abordait silencieusement la rfve.
Chanlepie, qui guettait ce moment, sauta près de sou père d'adoption, et saisit sa perche.
Puis, comme si elles se fussent donné le mot, les deux barques ennemies quittèrent en même temps l^ rivage.
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Le Tournai^t de Trémbulé.
On voyait encore briller d'une lueur mourante^ au milieu de la forêt^ le feu allumé par Chantepie. Celui de Renot jetait de rouges éclats, et dessinait sur le lac une traînée de pourpre. Le sire de Malestroit, resté seul au rivage, essayait de tromper son angoisse, en songeant aux^bonheurs d'une réunion tant souhaitée; il se représentait la joie de Marguerite, et tendait les bras en avant comme pour presser son fils sur sa poitrine. — Mais Tangoisse revenait, tenace, inexpugnable ; elle s'emparait de son cœur et changeait Tespoir « en crainte, le bonheur en tortures.
Ce feu, dont les reflets se teignaient de sang eu traversant l'atmosphère humide des marais, était un signal. Ce signal avait mis eh mouvement Plélan et ses soldats : n'était-ce point un danger nouveau pour Marguerite?
Et si c'était un danger nouveau, l'épée de Malestroit
LE TOUHNANT DE TRÉMEULË. 111
ne pèserait point dans la lutte. Il lui fallait attendre; — attendre au moment du péril !
Les deux barques n^allaient point d'une égale vitesse. Celle de Plélan, montée de six hommes d'armes et conduite par deux bateliers des marais, tâtonnait dans l'obscurité complète qui couvrait le lac, et perdait du temps à éviter les courants. Celle de Chantepie courait en droite ligne comme une flèche lancée versle but. Quand le fond donnait, Noël laissait les avirons au veneur et pesait sur sa perche; puis il ressaisissait les rames, et le chaland volait, effleurant l'eau de sa carène plate et sans quille.
— Hardi ! mon fils Noël, disait Toussaint. Ce feu qui brille là-bas est un signal de Judas, et voici venir derrière nous ceux qui paieront les trente derniers.
— La Femme Blanche est passée, répondit Noël ; nous avons un quart d'heure d'avance, et il ne faut pas cinq minutes pour gagner le manoir ; madame Marguerite sera près de nous avant qu'ils aient touché le rivage.
— Cela ne suffit pas, Noël.
Toussaint prononça ces mots avec lenteur, et, touchant l'épaule de l'enfant, il montra du doigt le ciel. Un large voile de nuage couvrait toute la partie sud-
ouest du firmament. L'air était calme ; cet immense rideau, immobile et coupé uniformément vers le zénith, laissait à découvert une moitié du ciel.
— La lune est à son second quartier, poursuivit Toussaint. Dans un quart d'heure, elle argentera la frange de ce nuage; dans vingt minutes, nous verrons apparaître l'anneau roussàtre qui l'entoure, et puis...
— Mon père Toussaint, s'écria Noël, êtes- vous bien sûr qu'elle soit si haut déjà ?
— Je la vois, répondit le veneur, je la sens sous le nuage qui la couvre encore... Hardi! mon fils Noël, car le salut de madame Marguerite et de son fils est désormais entre tes mains.
— Nous la sauverons, père, nous la sauverons ! dit Tenfant avec énergie.
Ils n'entendaient plus le bruit des avirons de l'autre barque; mais la voix de Plélan, pressant et gourmandant ses rameurs, arrivait jusqu'à eux.
Lorsqu'ils touchèrent le rivage, la lune était sous le nuage; seulement les légères vapeurs qui flottaient au zénith blanchissaient, et semblaient s'illuminer de mystérieuses lueurs. Toussaint s'élança et prit en courant le chemin de Gourlâ. Comme il entrait au manoir, il leva la tète, et vit au ciel un demi-cercle rougeâtre que l'arête du nuage coupait à son milieu.