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UN GHEYALIBR^ UN ÉGUYER ET UN CHIEN

— Quelle heure est-il ? demanda tout à coup M. de Plougaz.

— Onze heures avant midi. Monseigneur.

— Il est» temps encore!... maître Luc, mon ami, montez sur votre mule et allez à Bécherel. Vous ordonnerez au crieur de proclamer à son de trompe qu'on ait à tenir pour nulle et non avenue sa première publication...

— Y pensez-vous ! voulut dire l'intendant.

— Ensuite, continua paisiblement M. de Plougaz, vous vous rendrez auprès de Tacheteur que vous avez trouvé. Vous lui direz qu'il ne prenne point souci de tirer ses écus de son cofifre-fort... Je garde mon joli château de Goquerel.

L'intendant poussa un profond soupir.

— Mais, dit-il d'un air découragé, quelle raison donner?

— Mon bon plaisir, maître Luc.

— Encore faut-il...

— Maître Luc, je vous permets de dire que vous êtes sujet à des accès de folie, et que votre folie est de vouloir vendre Goquerel.

— L'acheter plutôt! pensa Luc.,. Monseigneur, ajouta-i-il tout haut, je m'empresse de vous obéir, mais... qui sait si vous ne changerez point d'avis?

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— Je déteste les mais, maitre Luc.

— Hélas ! Monseigneur, c'est la première fois que je discute vos ordres.

— C'est une fois de trop.

— Si le malin esprit?...

Plougaz regarda son intendant en face, et celui-ci perdit ses fraîches couleurs. 11 n'eut point là force d'achever. Le vieux seigneur réfléchit quelques instants.

— On dbait, maître Luc, reprit-il après un silence, que vous connaissez les intentions de l'esprit malin?

— A Dieu ne plaise ! murmura Morfil en se signant. — Allez faire préparer votre monture. Avant d.e partir

vous reviendrez chercher mes derniers ordres.

Maître Luc ne se frotta point les mains en descendant le grand escalier de Coquerel. Cette journée ne valait point celle de la veille. Le joli château lui glissait entre les doigts. Néanmoins, il ne perdit pas courage, et résolut de combattre jusqu'au bout.

— Demain, se disait-il, la tour du diable aura fait des siennes, et Plougaz ne sera plus si intraitable.

Quand il eut nnis le licou et le bât de sa mule^ il revint au salon à manger. Une idée nouvelle semblait avoir traversé l'esprit du vieux châtelain, qui avait pris un air de joyeuse détermination.

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^ n y a de braves gentilshommes dans le pays de Dinan^ maître Luc ! s'écria-t-il en le voyant entrer. De par le sang de Yan Plugastel, mon bienheureux aïeul, nous en trouverons dix pour un qui voudront tenter Paventure !

— Quelle aventure? demanda le Normand incpiîet.

— Monseigneur Bertrand du Guesclîn, le redouté connétable, n'a pas emporté dans sa tombe tout le bon sang de nos veines, continua H. de Plougaz au lien de répondre. Nous avons la tête dure et le cœur chaud... Ah! maître Luc, Satan verra beau jeu !

Morfil se sentit venir la chair de poule.

—Nous le combattrons, maître Luc ! ajouta Plougaz. Vive Dieu ! nous le combattrons avec le ciboire et avec Fépée : les armes du ciel et les armes de la terre... Ah! Ah ! quand Plougaz se réveille, gare à ses ennemis!

— Le ciboire, passe encore, pensa Hbrfil, mais répéeî...

— Et, sur ce, maître, allez chercher l'acquéreur dont vous avez fait la trouvaille. Si je suis vaincu dans là lutte, il sera là tout prêt pour acheter Coquerel. Pendant votre absence, tous mes gens vont montera cheval fit convoquer mes nobles amis. C'est fête, ce sob, au joli château, maître Luc. Après souper je proposera

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au plus vaillant de coucher dans la tour du diable^ en compagnie de monsieur mon cousin, le prieur de Saint- Pierre-en-Plesguen... Ah! allez-vous-en, maître Luc!

Une demi-heure après, trente serviteurs de Plougaz portaient à franc étrier les invitations de leur seigneur. Le joli château était en bonne odeur dans toute la contrée pour ses splendides festins. Tous les invités acceptèrent.

Maître Luc, de son côté, pressait le trot de sa mule sur la route de Dinan, et cherchait en sa tête un moyen de conjurer Torage. S'il ne s'était agi que de braver Texorcisme du vénéré prieur de Saint-Pierre-en-Plesguen, le Normand n'eût point été fort embarrassé ; mais répée d'un gentilhomme, — du plus vaillant, avait dit M. de Plougaz, — comment mépriser senablable chose?

Néanmoins, il n'y avait pas à reculer; la crise qui se préparait devait être décisive.4l fallait vaincre ou renoncer pour jamais au joli château de Coquerel.

Quand il souleva le marteau de la boutique de son compère le procureur, la grande fille aux yeux gris vint lui ouvrir, et lui souhaita la bienvenue d'un air embarrassé.

— Je suis pressé, dit l'intendant ; où est maître Rocli Requin, ma fille?

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