UN CHEVALIER^ UN ÉGUYER ET UN CHIEN
ledit Trévesron, capitaliste, s'était porté récemment acquéreur du manoir de Coatvizillirouët, ce pourquoi H. de Plougaz lui gardait une dent légitime.
Au second service, au moment où Tallégresse générale était à son comble, Plougaz manda son intendant. Morfil parut aussitôt, dans son costume des grands jours et portant au cou la chaîne d'argent officielle.
— Maître Luc, lui dit M. de Plougaz, va me chercher cet acquéreur que tu as trouvé pour mon château de Coquerel.
Tous les convives ouvrirent de grands yeux. Mdtre Luc obéit.
— Eh quoi ! Plougaz, dit up bâtard de Porhoët, tu veux vendre le joli château, mon vieux compagnon !
— Vendre Coquerel ! répéta l'assemblée stupéfaite.
— Le diable m'y force, SÎeésieurs, dit Plougaz avec calme.
On se méprit au sens de ses paroles.
— Je vous prêterai dix mille livres, — mille ducats, — dix mille écus! s'écria-t-on de toutes parts.
Voilà ce qui fut dit; nous l'affirmons en conscience. L'eût-on fait le lendemain? Ceci est une question ardue.
Maître Luc rentra, tenant par la main maître Roch.
— Le procureur ! dit-on avec dégoût. Vendre à un
t58 LES DERNIÈRES FÉES.
gratte-parchemin le plus gentil fief de la contrée !
Et Ton se reprit à dire de plus belle :
— Plougaz, je VOUS prêterai vingt mille livres, — deux mille ducats, — vingt mille écus!
Le chevalier de Conantruiltz fut le seul qui ne dit rien. Pour cette raison, il ne fit point de mensonge.
— Je ne veux pas de votre argent, mes loyaux compagnons, répondit Plougaz, mais je vous demande vos services.
— Que faut-il faire?
— Vous m'avez mal compris. Écoutez.
Ici M. de Plougaz raconta ce qui se passait chaque nuit, à la tour du diable. Pendant qu'il faisait ce récit, une demi-douzaine de convives disparut à petit bruit.
— Ce qu'il faut fah*e? demanda-t-il en finissant; il faut que l'un de vous couche cette nuit à la tour du diable.
L'intrépidité est en Bretagne une qualité banale, mais l'intrépidité bretonne ne sait braver que les dangers matériels. Parmi tous ces guerriers, dont le moins vaillant eût volontiers combattu dix hommes en champ clos, il n'y en eut pas un qui ne frémît à la proposition de Plougaz.
— Vous ne répondez pas ! reprit celui-ci avec inquiétude et reproche.