LES CHEVALIERS DU FIEMÂMENT
Il y avait au palais d*Alcantara une vastQ salle qui^ du vivant de Jean IV, avait servi aux conseils et séi^nçes des ministres d'État, réunis, pour le cas d'urgence, aux titu» laires et à la cour des Vingt-Quatre.. Depuis la régence, ces assemblées se tenant sous la présidence de la reine, au palais de Xabregas, la sallç dont nous parlons avait été alfectée à un autre usage. Elle servait aux réunions solennelles et bouffonnes à la fois des chevaliers du Firmameptf
On ne sait point d'une manière certaine ce qui motiva la création de cet ordre dérisoire, dont faisaient partie le roi et ses courtisans, aussi bien que le dernier soldat de la patrouille. Il est probable que le recrutement de cette étrange milice,' nécessitant au moins une apparence de mystère, Gonti ou quelque autre flatteur du malheureux Alfons^ avait songé, pour le distraire, à donner à chaque nouvelle réception une forme imposante et théâtrale.
Les fermes ou soldats à pied étaient reçus en assemblée de leurs camarades; les fanfarons ou cavaliers n'étaient admis que devant toute la milice réunie. Enfin, les gentilshonames, qui devaient recevoir l'accolade du roi et avoir un parrain de nom noble, étaient reçus par-devant le haut chapitre, composé de dignitaires de Tordre, assistés d'une
(1) Pfison de Li^onne,
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députation de simples chevaliers. Alfonse était de droit , grand 'maître, mais Conti était le chef réel de cette troupe nombreuse, effroi des bourgeois de Lisbonne, Quant aux commandeurs et autres dignitaires, c'étaient, les uns, en très-petit nombre, des seigneurs de naissance, qui avaient, par ambition ou par faiblesse, accepté cette ignominie, les autres, des fils de bourgeois déguisés, comme Yintimille, en gentilshommes.
Ce n'est pas sans beaucoup de répugnance que nous nbus sommes déterminé à mettre sous les yeux du lecteur cette honteuse parodie d'une chose éminemment noble et belle en soi : la chevalerie;' mais cette peinture est comme le complément nécessaire du tableau de la cour d'Àlfonse ; elle servira d'ailleurs à éclairer certaines parties de cette histoire.
La comédie commença dans la chambre du roi. A la nuit - tombante, au moment où Ton apportait les lumières, tous les courtisans arrachèrent à la fois, et d'un commun mouvement, les décorations qui couvraient leur poitrine. Alfonse lui-môme mit bas le cordon du Christ et l'ordre de la Toison d'or, que lui avait envoyé le vieux dom Philippe d'Espagne, en courtois ennemi. Un de ses gentilshommes lui jeta au cou un cordon tout resplendissant de pierreries et composé d'étoiles à cinq flammes, reliées par des croissants demi-pleins.
A ce signal, on vit briller sur toutes les poitrines une décoration en forme d'étoile, surmontée d'un croissant les cornes en l'air. Un héraut, vêtu du costume nocturne de la patrouille, que nous avons décrit au commencement de ce récit, éleva une bannière portant sur champ d'azur les insignes de l'ordre et dit :
— Messeigneurs de l'Étoile et du Croissant, le Soleil est vaincu. A nous le monde I
— Comment trouves-tu cela, petit comte? demanda tout bas Alfonse à Castelmelhor, qui se tenait debout près de son fauteuil.
.— C'est un beau spectacle et une ingénieuse allégorio, sire.
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— L*idée est de moi... Mais ce n'est rien; tu vas voir!...
A ces mots, le roi se leva. Ce triste souverain, qui ne savait pas garder sur son ti'ône le sérieux qui convient à un homme, trouvait dans ces sortes d'occasions une dignité bouffonne et déplacée.
— Bien que ce ne soit ni la première ni la centième victoire que nous remportons sur notre insolent compétiteur, le soleil, dit-il gravement, nous en éprçuvon&^unejoie vive et sincère. Or, maintenant que le monde est à nous, il s'agit de gouverner avec sagesse, et nous allons nous rendre dans la salle de nos délibérations.
Les courtisans se rangèrent en haie, et le roi traversa la chambre d'un pas solennel, appuyé sur le bras de Castdr melhor. Le héraut agitait devant lui sa bannière. Sui* la première marche de l'escalier, le roi s'arrêta.
— • Seigneurs, dit-il, quelqu'un de vous a-t-il vu notre très-cher Conti ?
Personne ne répondit.
— C'est que, reprit Alfonse, voici ce bambin de comte qui remplit sa place à merveille» Je veux mourir si je sais pourquoi Vintimille ne l'a pas fait assassiner...
— C'est un oubli qui se peut réparer, dit entre haut et bas le cadet de Castro.
— Entends-tu cela, petit comte?... c'est très-plaisant. A ta place, je remercierais Castro de son avis.
Le roi descendit les degrés et s'arrêta encore devant la porte grande ouverte de la salle des délibérations. Il lâcha le bras de Castelmelhor.
^— Seigneur comte, lui dit-il, nos règlements ordonnent que vpus restiez dehors. On vous introduira quand il en sera temps.
Alfonse entra suivi de son cortège, et Castelmelhor se trouva, plongé subitement dans la plus complète obscurité. Les portes de la salle s'étaient refermées.
Le jeune comte éprouva un mouvement de vague inquiétude, et sentit battre violemment son cœur, lorsque deux mains vigoureuses saisissant les siennes dans l'ombre, les
tinrent serrées comme si elles eussent été prises dans un éiau. /
- — Traître! lâche I menteur!... dit une voix si près de lui qu'il sentit sur son visage le souffle d'une haleine. .
11 fit un effort pour se dégager, mais le bras qui le retenait jouissait d'une force évidemment supérieure; il se contint, pensant que c'était là une épreuve faisant partie de là grotesque cérémonie où il lui faudrait jouw un rôle.
— Ton frère souffre, reprit la voix; ta mère pleure; ton père, te voit et te maudft... et la fortune d*[nès t'échappe !
— Qui es-tu? s'écria fastelmelhor confus et effrayé.
— Je suis celui dont le poignard a effleuré ta poitrine au bosquet d'Apollon. Aujourd'hui comme alors ta vie est entre mes mains, et j'ai de nouveaux forfaits à venger... Ne tremble pas ainsi^ Castelmelhor. Aujourd'hui, comme alors, j'épargnerai ta vie. Pauvre insensé î tu as stipulé lin prix pour trahir, et l'on t'enlève le prix de ta trahison!
— Est-il possible?
— Ce soir, quand tu auras consommé ton déshonneur, quand l'étoile de la honte brillera sur ta poitrine, esquivetoi, seigneur comte; va frapper â la porte de la maison de tes pères, et tu verras si la femme dent les richesses ont tenté ton cœur avide est encore en ton pouvoir.
— Inès enlevée ! s'écria dom Louis en proie à l'agitation la plus vive.
— Pas encore, et tu pourras la sauver.
— Qu'on introduise le postulant ! dit à l'intérieur la voix éclatante du héraut.
— Vite! reprit Castelmelhor, réponds; comment la sauver? comment faire?
— Quitte le palais, rends-toi sur l'heure à l'hôtel de Souza...
— Ouvrez'les portes! dit encore la voix du héraut.
— Va I il est temps encore.
Castelmelhor hésita une seconde.
— Va donc! répéta Baltazar.
— Je ne sais, murmura le comte ; je ne puis...
Une clef joua bruyamment dans la serrure de la graud*porte, qui s'ouvrit aussitôt^
Le vestibule fut inondé de lumière, Castelmejhor put voir près de lui Baltazar, qui avait redressé sa graude taille et lui montrait la porte d*un geste plein de mépris.
— Entre, chevalier déloyal, dit-il, cœur dégénéré! Un autre que toi veillera sur la fiancée de Vascoucelios.
Les trompettes de la patrouille firent entendre une fanfare, et deux chevaliers du Firmament viqrent prendre Castelmelhor, qui entra pâle et la mort au cœur, Baltazar entra, lui aussi; il avait son costume de Fanfaron du roi, Ascanio, qui se tenait au premier rang de la députation des cavaliers, lui fit un éîgne de bienveillante protection.
On se figurerait difficilement une décoration plus splendide que celle de la salle où fut ainsi introduit Castelme^ Ihor. Alfonse, malgré la différence totale des mœurs, nous semble avoir eu quelques traits de ressemblance avec le bon roi René d'Anjou. S'il n'eût été constamment maj conseillé durant tout le^emps de son règne, il aurait été, non pas un grand pionarque ni même un monarque estimable, mais un de ces débonnaires et faibles souverains auxquels l'histoire, en les blâmant, accorde quelque sympathie.
Alfonse, comme René d'Anjou, avait en soi le sentiment intime du beau artistique. Il protégea chaudement les médiocres peintres qui florissaient alors à LisboQue, et montra une intelligence remarquable dans, la restauration qu'il fit des vieux monuments portugais. Sa musique, qu'il ne nommait point, comme les autres rois, sa chapelle, mais son bal, était composée d'exécutauts choisis et appelés à grands frais de toutes les parties de l'Europe. Enfin, pour dernier trait de ressemblance, Alfonse faisait aussi des vers. 11 est à peine besoin d'ajouter qu'il eût mieux fait de s'en abstenir.
Quoi qu'il eu soit, dès qu'il s'agissait de faire preuve de goût artistique, Alfonse devenait un autre homme. Trop étourdi pour songer à la dépense, il jetait l'or à pleines mains, et poursuivait sans sourciller 'l'exécution des plans les plus coûteux.
LES FANFAîlONS DU ROI 91
La salle où se tenait l'assemblée des chevaliers du Finnament semblait, en effet, le palais du dieu de la nuit. La voûte reprt' sentait le ciel, diapré de constellations diverses, et, immédiatement au-dessus du trône royal, un transparent, doucement illuminé, figurait un gigantesque croissant. Lés insignes de Tordre brillaient partout sur les tentures de velours azuré; les meubles et les tapis offraient les mêmes représentations. Toutes ces étoiles, scintillant aux feux de cinq grands lustres et d'une multitude de candélabres, éblouissaient la vue. On se croyait transporté dans la retraite de quelque génie dont le pouvoir surpassait l'imagination de l'homme.
Au fond, un rideau de velours couvrait une niche où, en guise de saint, on avait placé Vénus et Bacchus avec leurs attributs païens. Ce rideau ne devait s'ouvrir que dans* les circonstances solennelles.
Alfonse jouit quelque temps de l'étonnement de Castelmelhor à la vue de tant de magnificences ; puis, se renversant sur son fauteuil, placé au haut d'une estrade re-* couverte, comme tout le reste, de velours étoile, il dit :
— Approchez, seigneur comte, nous avons iait prévenir notre cher Conti, .afin qu'il soit lui-môme votre parrain... Mais comme tu es pâle I... A coup sûr, ce bambin a eu peur dans l'antichambre, où nous l'avons laissé sans lu-mière...
Un éclat de rire universel accueillit cette saillie d'Al-^ fonse. Castelmelbor rougit d'indignation et ne répondit pas.
— Or çkj continua le roi , notre cher Vintimille prend les façons d'une tête couronnée : il se fait attendre... Qui de vous, seigneurs, veut être parrain à sa place ?
Personne ne bougea, tant on craignit la colère du favori. Mais lé roi ayant répété sa demande, un simple chevalier sortit des^angs des Fanfarons et vint se placer au pied de l'estrade, où il exécuta une douzaine de courbettes consécutives avec un inimitable aplomb. ^ *
— S'il plaît à Votre Majesté, dif-il en mettant son feutre sous le bras, je suis l'intime ami de ce très-cher seigneur
Antoine Ck)nti de Vintimille, et je me ferai un plaisir de le remplacer.
— Comment tous nomme-t-on, Tami? demanda le roi.
-— Ascanio Macarone deir Acquamonda, sire, pour servir Votre Majesté sur terre, sur. mer et ailleurs, aussi bien contre les Maures que contre les chrétiens, et tout prêt à se passer sa propre épée au travers du corps, à cette fin de montrer la dix-millième partie de son ardent et incommensurable dévouement I
Le beau cavalier de Padoue prononça cette période sans reprendre haleine.
— Voilà, dit Alfonse,. un plaisant original, et il ne fallait rien moins que cela pour cotnpenser l'expression lugubre de la physionomie du petit comte... Comte, veux-tu de cet homme pour ton parrain ?
— Est-il noble ? balbutia Castebnelhor.
— Que mes glorieux ascendants vous pardonnent cette question, dom Louis de Souzal s*écria le Padouan en levant son regard vers le ciel. Ce fut mon trisaïeul qui fît le roi François de France prisonnier à la bataille de Pavie, et le frère de ce vaillant soldat était chevalier de Rhodes, à telles enseignes qu-il sauva le grand maître Philippe de Villiers de Tlsle-Adam, dont les illustres seigneurs qui m'entourent n'ont point été. sans entendre parler quelquefois par hasard.
, -— Bien trouvé, sur ma parole, s'écria le roi. Dites-moi, seigneur Ascagne, n'ôtes-vous point parent du pieux Énée et de son fîls, qui portait le même nom que vous ?
— J'ai toujours pensé, sire, répondit sérieusement Macarone, que c'était là une grave lacune dans les titres de ma famille. Le fait est qu'ils ne remontent que jusqu'au temps de Tarquin l'Ancien, cinquième roi de Rome : c'est un maiheur.
— Allons,- petit comte, dit Alfonse, dans toute la chrétienté tu ne trouveras pas un meilleur gentilhomme. Donnelui l'accolade, et commençons.
Macarone quitta aussitôt le pied de l'estrade et s'avança
vers Castelmelhor en tendant le jarret et imftant de son mieux les allures de crânerie affectée qu'il avait admirées à la cour de France, où il avait été réellement laquais de quelque grand seigneur. Le beau cavalier de Padoue avait fait somptueuse toilette. Sa main ne s'agitait qu'en soulevant un flot de dentelles, et le panache démesurément long de son feutre balayait le parquet à chaque pas. Son visage était radieux. Sa fortune subite et le fond qu'il faisait sur les promesses de Conti lui- avaient littéralement tourné la tête. Castelmellior le toisa d'un regard hautain. A la vue de cette mine de bravache, son premier mouvement fut de tourner le dos avec mépris; mais, trop avancé pour reculer, il tendit sa joue avec une répugnance visible qui réjouit fort Sa Majesté. Macarone se pencha d'une façon toute galante et donna l'accolade.
En levant leg yeux, Castelmelhor put voir de loin le regard de Baltazar attaché sur lui avec une expression de mépris et de pitié.
Nous passerons «ous silence une multitude d'épreuves bizarres que le postulant fut obligé de subir, ainsi qu'un long et paternel discours d'Alfonse, qui obtint, comme de raison, les applaudissements de l'assemblée.
L'impatience dévorait Castelmelhor; une sueur froide découlait de son front. Non-seulement il souffrait de cette 'série d'humiliations qu'on lui imposait devant cette foule où pas un, excepté le roi, n'était son égal; mais il songeait aux paroles de Baltazar, et tremblait que toute cette honte ne fût en pure perte.
. Macaro'ne, au contraire , se complaisait dans son office ; il ne faisait grâce ni d'une formule ni d'une formalité. Or, il y en avait beaucoup, car ces cérémonies, destinées, comme nous l'avons dit, à divertir le roi , travestissaient à la fois les us et coutumes des associations secrètes d'Allemagne, d'Angleterre et d'Italie, et les anciennes traditions chevaleresques. On avait mêlé à tout cela des pratiques qui rappelaient l'origine de l'ordre, c'est-à-dire des assauts d'escrime, de barre, de lutte corps à corps, etc. C'était, on s'en souvient^ par leur habileté dans ces exercices que les Conti,
94 LES rANFÂROKS DU RÔI
véritables instigateurs de ces bouffonneries, s'étaient insinués auprès du roi.
Castelmelhor,à bout de patience, contenait à gi;and* peine
son dégoût, lorsqu'un incident vint mettre un terme à soa
martyre et lui épargner les dernières épreuves. Conti entra
tout à coup dLiis la salle, traversa précipitamment la foule
. et s'élança vers l'estrade royale.
— Tout va bien, murmura-t-il en passant à l'oreille d'Àscanio.
Puis, franchissant les degrés, il mit un genou en terre et parla au roi à voix basse.
Alfonse le reçut d'abord d'un visage sévère, mais il paraît que le favori sut expliquer son absence d'une manière satiiBfaisante, car le front d' Alfonse de dérida tout à coup«
— Ainsi, tu as fait une battue préparatoire? demanda-t-il en se frottant les mains*
— Que Votre Majesté me permette de itii parler eh quelques mots de mon entrevue avec la reine sa iil^re, répliqua le favori* »
**- Demain, Vintimille, demain, tu me parleras de cela. Ce* soir, il s'agit de la chasse; y aura-t-il du gibier?
— Le gibier est trouvé, sire, et je sais où le relancer. •^ Quelle ramure?...
— Un cerf dix cors; la plus jolie senorita de Lisbonne, la perle du Portugal peut-être, mais il faut se hâter.
-^ Au diable la réception, alors l... Comte, nous le faisons grâce de la coupe des goinfres du roi, ^i contient six pintes de France, et du saut de i'épéè, que nous seul, en l'univers, savons fournir d'une Xaçon passable. Avance icil Castelmelhor monta les degrés, toujours suivi du cavalier de Padoue, son parrain. Alfonse se leva et fit un signe à Conti, qui tira le rideau de velours dont nous avons parlé. Les statues de Vénus et de Bacchus apparurent splendidement illuminées.
— Seigneur comte, reprit le roi, vous jurez fidélité â Vdtius et à Bacchus, nos deux aimables divinités ?
•^ Je le jure, dit dom Louis en essayant de sourire.
LES PàNFâËONS du roi 95
— Tous jurez de garder un secret inviolable sur tout ce que vous venez de voir et d'entendre?
— Je le jure, dit encore dom Louis;
— Vous jurez, et c'est le principal, de refuser le secours de votre épée à toute femme poursuivie par vos frères, les chevaliers du Firmament, fût cette femme votre mère ou votre fiancée?...
^ Conti attacha sur le malheureux jeune homme un regard gardon ique. Castelmelhor recula et garda le silence.
— Jure pour lui, seigneur Turnus, Volscens ou tout autre nom héroïque : j'ai oublié le tien.
Ascanîo se hâta de faire le serment demandé.
— Ecrivez qu'il a juré, dit le roi au greffier chargé de rédiger procès-verbal de toutes ces misères.
Puis, saisissant l'épée d*Ascanio, il en déchargea un grand coup sur l'épaule de Castelmelhor, en riant à gorge déployée, et s'écria i
— Au nom du diable, de par Vénus et Bacchus, bambin de comte, je te fais chevalier 1... En chasse, seigneurs, tayaut l tayaut I
Les trompettes exécutèrent un bruyant départ, et la foule, le roi en tête, s'écoula tumultueusement. Ascanîo courut rejoindre Baltazar.
— Voici le moment d'agir, mon brave, dît-il; siiîs-moi et tiens-toi prêt.
Baltazar le suivit en silence.
Castehnelhor était resté agenouillé sur l'estrade, étourdi, affolé partie qui venait de se passer. Mais lorsque les derniers sons de la fanfare eurent cessé de retentir à son oreille, il s'éveilla brusquement.
— Est-ce trop d*un trône, murmura-t-il, pour payer tant d'ignominies 1... Alfonsel Alfonsel je serai ton favori d'abord, puis...
Il n'acheva pas, mais l'éclair d'orgueil qui brilla dails son regard eût été, pour un tiets, une traduction suffisante de sa penséeé
Au lieu de suivre la chasse royale, il fit seller un cheval et prit au grand galop le chemin de l'hôtel de Souza.