‹ Les dernières féesChapitre 9 sur 43 · DEUX SIGNAUX AU UBU B'UN · texte numérisé non relu

DEUX SIGNAUX AU UBU B'UN

Pendant ce temps^ Noël Torrec poursuivait son voyage.

Il était resté plus d*un mois malade^ dans cette ferme des environs d'Auray^ où il avait été recueilli après sa mésaventure. Noël s'impatientait grandement de ce retard ; mais il se consolait en pensant qu'il avait toujours au doigt Tanneau de madame Marguerite^ cet anneau qui devait lui servir de gage de créance auprès du sire de Malestroit.

Un matin donc^ faible encore et se ressentant quelque peu de sa blessure^ il prit congé des bonnes gens qui l'avaient secouru^ et se mit en chemin. Il n'avait plus de cheval et son escarcelle était vide ; mais en revanche, il avait le cœur léger et savourait ce bienêtre général qui suit une heureuse convalescence.

Il allait, chantant tout le long de la route. Quand il se sentait appétit, il demandait un morceau de pain ;

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quand le sommeil le prenait^ il faisait son lit dans une grange.

Parfois^ quand il s'arrêtait chez quelque riche laboureur^ il gagnait place à table et bon lit'^ en chantant ses gaies chansonnettes de village^ ou en récitant la légende de la Femn)e Blanche des marais. On Técoutait alors ; on le fêtait ; les ménagères^ au départ^ glissaient quelques provisions dans sa besace et quelques deniers dans son escarcelle I II chantait si bien et disait si couramment ses histoires! Et puis^ cette pâleur inaccoutumée que lui avait laissée sa blessure allait si bien à son blanc visage encadré de beaux cheveux noirs bouclés !

Il amva ainsi, marchant à petites journées et s'égarant de temps à autre par les chemins déserts, il arriva en vue de la cité de Quimper. Ce fut un moment de grande joie, car là était le terme du voyage. Mais la joie fut de courte durée : Noël chercha des yeux les tentes et les pennons armoriés de MM. de Guer et de Malestroit; si loiii que pussent se porter ses regards, il ne vit rien.

Partout la lande aride, coupée d'étroites bandes de chaume aux endroits cultivés; çà et là quelques arbres tondus et rabougris ; au loin, de grises montagnes, se ciDnfondant avec les nuages gris de l'horizon.

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Mais nulle part ce mouvement que porte après elle une troupe de gens de guerre; nulle part^ dans la plaine^ ces groupe^ dç soudards fçl^•ragel^:8, pour-* suivants et poursuivis ; nulle part cest étincelants reflets que dispersent en gerbes les nobles armures^ même s€Mis le pâle soleil de CkHmouaille.

Cbantepie baissa ^istement la tête. Il eût donné un an de sa vie pour ouïr le son belliqueux du cor de Halestroit ; il eût entendu avec transport^ comme on écoute une musique délicieuse^ le fracas des couleu-vrines de la viHe'ou le bruit sec et strident de Tarquebusade; mais, de même qu'il ne voyait rien, il n'entendait rien.

-^ Messire Amaury aurait-il rencontré la mort avec tous ses vassaux? se demanda-t-il, ou bien le trouveirài-je dans Foisiveté du triomphe, en cette cité de Quimper qui m'apparait si morne et si silencieuse au détour du chemin?

Gomme il se faisait cette question, appuyé sur son bâton de voyage, il vit s'ouvrir la porte de la ville. Quelques vieillards, montés sur des mulets, passèrent le seuil, puis la porte se referma sui^eux. A mesure que les vieillards approchaient, Noël distingua leurs frocs et leurs larges tonsures. Il reconnut en eux des moines, courut joyeux demander la bénédiction des bons pères^

— Que Dieu t^ bénisse^ enfant, dit le premier des moines d'une voix lente e^ triste ; que Dieu te bénisse, si tu es dans le gi9ôa=*de ki sainte Église ; qu^il te bénisse encore, si tu es huguenot ; car il nous est ordonné de rendre te bien pour le mal.

— Je suis catholique, répondit Noël, et me rends à Quimper potd* faire tenir un message à Halestroit, mon seignejor.

Le premier religieux n'avait point arrêté sa mule ; les autres passèrent en silence, se bornant à figurer au-dessus de Noël le signe de la bénédiction.

Il en fut ainsi jusqu'au dernier, qui était un frère convers chargé d'infirmités et de vieillesse. Celui-ci était plus triste encore que ses supérieurs. Sa tête chenue se courbait jusque sur l'encolure de sa mule; il poussait de gros soupirs, et une larme se suspendait aux cils blanchis de sa paupière.

— Mon fils, dit-il à Noël, tourne le dos à Quimper, sf tu es un serviteur de l'Église. Depuis deux jours les hérétiques sont maîtres de la ville, et nous voilà, nous, chassés de notre retraite et courant au hasard sans savoir où nous reposerons, la nuit venue, nos membres fatigués.

— Et M. de Guer?... et le sire de Malestroît? demanda Noël, dont le cœur se remplit d'angoisse.

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