‹ Les dernières leçons de Marcel Schwob sur François VillonChapitre 8 sur 27 · I. Le Parnasse satyrique, p · texte numérisé non relu

I. Le Parnasse satyrique, p

mule,.., c'est qu'elle seule nous permet de donner quelque sens au huitain LXXXVII du Grand Testament:

Item, et pource que la femme De maistre Pierre Saint-Amant — Combien, se coulpe y a à Tame, Dieu luy pardonne doulcement ! — Me mit au renc de caymant, Pour le Cheval blanc qui ne bouge, Luy changeray une jument, Et la Mulle à ung Asne Rouge.

En effet, dans ces quatre derniers vers que nous ne sommes pas assurés de parfaitement comprendre, les hypothèses licites reposent toutes sur cette assimilation des hommes et de leurs compagnes avec les étalons et les juments.

Car si l'on admet avec les philologues que ^^jj^m<35;z/ veut dire vieillard (ce vieux rhinocéros, dit-on encore), et que luy changeray se rapporte à maître Saint- Amant lui-même, on peut émettre cette hypothèse que la femme de Saint-Amant ayant dédaigné quelques avances de Villon, l'appelant même caymant (vieux coureur de filles^ refroidi, r amolli... ), ce dit Villon procurera à Saint-Amant une belle jeune femme (une jument), et sans doute une rouquine (ung Asne Rouge) aux lieu et place de ce vieux tru-

meau (le cheval blanc qui ne bouge), cette mégère (la Mulle).

De même si luy changer ay se rapporte à la femme de Saint-Amant (dans ce cas la plaisanterie manque de sel) il flmt comprendre que Villon remplacera Saint-Amant, vieux mari un peu hète (le cheval blanc qui ne bouge^ la Miille), par quelque gaillard pétulant et rétif et malcommode à vivre (une jtwienty ungAsne Rouge) (i).

Et enfin au cas où l'on conserverait l'image, cayw^«/ voulant dire animal, endurci (2), brute, butor, ceci veut encor dire que la femme de Saint-Amant ayant asséné à Villon quelques vocables zoologiques et péjoratifs, Villon donnera une autre femme à ce pauvre mari ou un plus mauvais mari à cette laide femme).

C'était d'ailleurs une habitude constante au xv siècle que de désigner les sexes divers par des vocables chevalins, témoin toute la série de VEscuyrie des Dames (3), témoin plusieurs pièces publiées par Schwob (4), et dont je citerai seulement ces vers :

Alors qu'on me despucela Je le fis sans bat et sans selle.

Tant qu'il suffist.

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