‹ Les Dernières lettres de Jacques OrtisChapitre 8 sur 33 · QUELQUES MOTS SUR L AUTEUR XV · texte numérisé non relu

QUELQUES MOTS SUR L AUTEUR XV

celle des plus grands artistes. Mais c'est dans les Dernières Lettres, l'œuvre de sa jeunesse, qu'on aimait à le trouver tout entier, lui, le cher Ugo, le séducteur, auquel chacun, dans le secret de son cœur, pensait ressembler un peu. Mazzini raconte qu'étant étudiant il savait Ortis par cœur, et en était fanatique au point que sa mère put craindre qu'il n'imitât son héros jusqu'au suicide. D'autres allèrent jusque-là, dont on est sûr qu'ils se crurent de nouveaux Ortis, c'est-àdire de nouveaux Foscolo.

Inutile de dire que pour avoir fait du héros des Dernières Lettres le plus pathétique et le plus entraînant des suicides, Ugo lui-même, en des crises semblables à celle qu'il dépeint ici, trouva pour lui-même d'autres solutions. Du moins sa vie intérieure fut extrêmement passionnée et dramatique, et c'est justement cela qu'on aima de lui, peut-être autant qu'un talent littéraire extraordinaire, et extraordinairement précoce. Il a écrit les Dernières Lettres avant ses vingt-cinq ans : le lecteur devra s'en souvenir de temps en

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temps. Mais, dès cet âge, il avait traversé toutes sortes d'agitations.

Des îles Ioniennes, où il était né vingt ans avant le début du xixe siècle, venu à Venise très jeune, il s'y était pris, dès le premier contact, des deux passions dont avaient vécu les gens intelligents, en Italie, en ce dix-huitième paisible, qui allait finir par une singulière bourrasque : passion de la littérature, passion des idées philosophiques. Ajoutez une troisième, fort répandue en Italie de tout temps : celle de l'amour. La nature de Foscolo, ardent, imaginatif, intelligent, éloquent, — et mettez toutes ces épithètes au plus fort superlatif, fit de ces passions le plus virulent mélange. Survient la vogue immense d'Alfieri, éclate la Révolution française : deux autres éléments s'ajoutent, et redoublent l'effervescence : démocratisme et patriotisme. Avec cela, notre Foscolo est à peu près complet, sauf que les catastrophes qui vont venir coloreront le tout d'une noire désespérance. Il n'a guère plus de dix-huit ans, et n'a encore rieii produit que

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