‹ Les dernières persécutions du troisème siècle (Gallus, Valérien, Aurélien) (volume 2)Chapitre 23 sur 63 · IL · texte numérisé non relu

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que devint Otacilia Severa. Avant la fin d'octobre 2i9, Décie, comme on disait au temps de Corneille, Dèce, comme disent les modernes, était maître delEmpire. Telle fut la fin tragique du premier empereur chrétien. Les historiens lui consacrent ordinairement quelques lignes dédaigneuses. Il mérite mieux que cela : c'est un chrétien bien imparfait, arrivé au pouvoir par l'intrigue et le meurtre, et demi-païen sur le trône ; mais à part le crime qui lui valut l'empire, et pour lequel il s'hum.ilia sous la main de saint Babylas, on ne voit pas qu'il se soit rendu coupable de cruautés. Tout montre en lui un souverain énergique, appliqué, sachant la guerre, aimant la paix, capable de magnificence, soucieux des grands intérêts moraux. Il a droit, sinon aux respects, du moins à la pitié de l'histoire. Faut-il aller plus loin, et, avec Pierre des Noëls (1), faire de PhiUppe une sorte de martyr de la religion chrétienne? La haine que les païens nourrissaient contre lui ne resta peut-être pas étrangère à la révolte qui mit fin à son règne ; Orose semble dire que le christianisme professé par les Philippes fut pour quelque chose dans leur mort (2) ; mais, en

(1) Petrus de Natalibus, Ca/alogus sanclorum, Lyon, 1543, p. 218, col. 3.

(2) Orose, Hist., VII, 21. — Il y eut peut-être de la haine religieuse dans l'acharnement avec lequel les noms des deux Philippes et d'Otacilia Severa furent martelés sur des inscriptions : voir un marbre trouvé en juillet 1886, en Ombrie, près de Furlo ; Rendiconti délia reale Accademia dei Lincei, 1886, p. 56 ; cf. une photographie de ce marbre, dans Actes de l'Académie des sciences de Turin, t. XXII, 19 déc. 1880 (communication d'Ermann Ferrero).

bonne critique, on ne saurait conclure autrement que ne fait Tillemont. « La fin de Philippe — dit-il avec son éloquence austère — fut malheureuse devant les hommes et heureuse devant Dieu, si elle a été comme le supplément de sa pénitence, et si elle lui a servi à expier les fautes qu'il avait faites depuis. Il était juste que le crime de son entrée si violente fût puni par la violence de sa mort, et qu'il vérifiât la parole de Jésus-Christ, que quiconque prendra l'épée périra aussi par l'épée. Car on voit par divers exemples de l'histoire que, souvent, même la pénitence la plus sincère n'exempte point delà justice de cette sentence. C'est ce que la foi dont nous croyons que Philippe a fait profession nous donne lieu d'espérer pour lui (1). »

(1) Tillemont, Histoire des Empereurs, I. III, [>. 312.

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